La fin de l’islam politique en Tunisie

Ennahdha s’écroule
Le Chef de l’Etat, Kaïs Saïed annonce des mesures exceptionnelles le 25 juillet à Carthage.

 Nul ne pensait que quelques mois après ce même parti allait connaître des déboires pouvant mettre un terme à l’expérience islamiste dans le pays.

*Sur fond d’une crise sociale et sanitaire grave où le pays déplore plus de vingt mille morts par Covid, les manifestants avaient pris à partie les locaux du parti islamiste et les ont incendiés.

*La colère populaire montait d’un cran et des affrontements ont eu lieu entre les sympathisants du parti islamiste et des citoyens.

 

Tunis: Au pouvoir depuis 2011, alors qu'il veut surtout continuer à être un parti pivot, Ennahdha a le seul parti islamiste du monde arabe est pour la première fois confronté à un désaveu politique et social houleux, qui a poussé le président Tunisien Kaïs Saïed à prendre des mesures draconiennes en vue d’écarter définitivement les islamistes des arcanes des pouvoirs, politiques, civils et économiques, dans un pays sous assistance internationale.

Au mois de février 2021, les sympathisants du Mouvement Ennahdha ont organisé une marche millionnaire sur l'avenue Mohamed V et sur les artères environnantes. Cette démonstration de force avait permis au parti islamiste de hausser le ton envers le président de la République et de leurs adversaires politiques.
Nul ne pensait que quelques mois après ce même parti allait connaître des déboires pouvant mettre un terme à l’expérience islamiste dans le pays.


Tout a commencé le 25 juillet dernier, lors de la fête de commémoration de la République. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre le gouvernement appuyé par Ennahdha. Sur fond d’une crise sociale et sanitaire grave où le pays déplore plus de vingt mille morts par Covid, les manifestants avaient pris à partie les locaux du parti islamiste et les ont incendiés. La colère populaire montait d’un cran et des affrontements ont eu lieu entre les sympathisants du parti islamiste et des citoyens.
Les manifestants ont scandé «Dégage» à l’encontre du gouvernement et du président de l’ARP, Rached Ghannouchi et appelé à la dissolution du Parlement.

Le président tunisien acclamé par la foule après l’annonce des mesures d’exception.


Anticipant une dégradation de la situation sécuritaire dans le pays, le chef de l’État, a, dans la soirée du 25 juillet annoncé le gel du Parlement et le limogeage du chef du gouvernement. Il a avait aussi pris des mesures exceptionnelles tels que la levée de l’immunité des députés et l’interdiction de voyage à l’encontre de plusieurs hommes politiques et d’affaires. 


Saïed a aussi pris les commandes de l’exécutif et des forces de l’ordre. Le soir même, Rached Ghannouchi se présente devant le parlement dont les portes ont été cadenassées par l’armée, revendiquant le droit d’entrer. Il avait qualifié les mesures prises par Saïed dans le cadre de l’article 80 de la Constitution, comme un « coup d’État » et a appelé les adhérents d’Ennahdha à protester dans la rue. Mais personne n’est venu à part quelques députés de sa propre coalition.
Vingt-quatre heures après, le président du mouvement Ennahdha et de l’Assemblée des représentants du peuple, Rached Ghannouchi, a indiqué, lors d’une interview accordée à l’Agence France Presse, que son parti est prêt à faire toutes les concessions pour restaurer la démocratie. «Pour nous, la Constitution est plus importante que le pouvoir», a-t-il indiqué.
Ghannouchi a estimé qu’un dialogue national permettra au pays de sortir de cette crise. «Si aucun accord n’est trouvé sur le prochain gouvernement, j’appellerai le peuple à défendre sa liberté et à rouvrir les portes du Parlement», a-t-il souligné.


Mais c’était sans compter sur la détermination de kaïs Saïed de mettre une croix sur ce parti en rouvrant les dossiers brûlants comme les assassinats politiques ou l’envoi au jihad en Syrie et en Libye de plusieurs milliers de jeunes Tunisiens grâce à l’appareil sécuritaire secret d’Ennahdha.
Pris de panique Ghannouchi cherche l’appui des pays étrangers pour faire pression sur Saïed pour permettre le retour du parlement et de la démocratie en Tunisie. Mais dans cette course à l’appui de la communauté internationale, Ennahdha s’enlise dans une autre affaire. En effet, le porte-parole du Tribunal de première instance de Tunis, Mohsen Deli, a indiqué, dans une déclaration accordée à la Majalla, que le Parquet a ordonné à une unité spécialisée d’entamer une enquête sur un document publié par le site du Département de la Justice des États-Unis sur un contrat de lobbying attribué au mouvement Ennahdha.


D’autre part, il a ajouté que « Quatre personnes relevant du mouvement Ennahdha comparaissent, actuellement, devant le juge d'instruction auprès du Tribunal de première instance de Tunis 2, pour «tentative de violence» devant le Parlement, après l'annonce des mesures présidentielles, le 25 juillet au soir.
Parmi ces quatre personnes, figurent un membre du conseil de la Choura, un membre du protocole du président du parti et un ancien agent de la protection rapprochée de Rached Ghannouchi.
Par ailleurs, il a été décidé, de garder à vue l'ancien garde du corps de Ghannouchi ainsi que le membre du conseil de la Choura. Ils ont été interrogés par la brigade anticriminelle. Les deux autres comparaissent en état de liberté.


Leur interrogatoire se poursuit encore, a précisé la même source, qui a affirmé que des plaintes ont été déposées auprès de la brigade anticriminelle, selon lesquelles les quatre personnes en question «tentaient de mener des actes de violence».
«Ils cherchaient à s'assurer la complicité de certains habitants de la cité Ennour, un quartier populaire du Bardo, en leur demandant d'effectuer, munis de bâtons, des actes de violence devant le Parlement le lundi 26 et mardi 27 juillet», a ajouté la même source.


Dans le même sillage, des unités de la sécurité nationale ont réussi, en coordination avec la Garde et l’Armée nationales, à arrêter Ridha Radia, un dirigeant du bureau régional du mouvement Ennahdha et ce, pour avoir publié des vidéos «incitant à la violence et à la discorde» et contenant des «insultes contre le président de la République». Pour sa part, le secrétaire général régional du mouvement Ennahdha à Mahdia, Mohamed EzzeddineGhrad, a indiqué, lors d’une déclaration accordée à la Majalla, que Ridha Radia, qui a été arrêté, n’appartient pas à Ennahdha et que cette personne a même travaillé pour la campagne électorale d’un parti rival. Cependant, des sources sécuritaires ont confié à la Majalla que Ridha Radia appartient bel et bien à Ennahdha et qu’il a bénéficié de l’amnistie générale en 2011.


Certes, certains hommes politiques qui ont été des alliés à Ennahdha durant ces dix dernières années ont demandé au président de la République de mettre un terme aux mesures exceptionnelles qui forment une « dérive du processus démocratique ». Cependant, l’UGTT, cette centrale ouvrière l’organisation la plus forte du pays a publié, un communiqué, à l’issue d’une réunion d’urgence de son comité de direction où elle a exprimé son refus de toute ingérence étrangère dans les affaires de la Tunisie et a dénoncé le recours de certains dirigeants du mouvement Ennahdha à des parties étrangères pour les appeler à ne plus envoyer des doses de vaccins à notre pays, en cette conjoncture sanitaire marquée par la pandémie du coronavirus.

«Nous dénonçons, également, les menaces du chef d’Ennahdha qui représentent un danger pour les intérêts de la Tunisie. Dans ce contexte, nous soulignons l’indépendance des décisions nationales et affirmons notre confiance en la capacité des Tunisiens et des Tunisiennes à résoudre leurs problèmes sans dépendre d’aucune partie», lit-on dans le communiqué de l'UGTT.

 

L’armée nationale a fermé le Parlement.

Contacté par la Majalla, Hichem Ajbouni, dirigeant au Courant démocrate, a estimé, que les mesures exceptionnelles prises par le président de la République, le 25 juillet dernier, ont sauvé le mouvement Ennahdha d’une colère populaire.


«Le Courant démocrate a lancé auparavant des avertissements sur une chute imminente du système exploité par Ennahdha. Les citoyens attendaient un changement de la situation et l'application de l'article 80 a répondu à ce besoin. Le chef de l’État a sauvé Ennahdha d'une colère populaire. Il est maintenant temps pour ce parti de passer du côté de l'opposition, car il fait partie du problème», a-t-il appelé.
Le dirigeant au Courant démocrate a expliqué que les derniers efforts d'Ennahdha avaient pour but de préserver la place de Rached Ghannouchi, malgré les multiples appels à son départ.
«Ce dernier a choisi de sortir par la petite fenêtre. Il a fait un effort pour respecter la démocratie qu'il n’a jamais pratiquée au sein de son parti», a-t-il conclu.
 
Pour sa part, le dirigeant du Courant démocratique, Mohamed Abbou, a critiqué la situation à laquelle est arrivé le pays sous le parti islamiste. «Auparavant on disait que Ben Ali nous empêchait de devenir un pays développé, mais depuis la Révolution, on n’a pas évolué bien au contraire. Cela prouve qu’il y a quelque chose qui cloche», a-t-il déploré.
Abbou a, par ailleurs, critiqué le mouvement Ennahdha, accusant ses dirigeants d’enfreindre la Constitution et de ruiner le pays.
«Ennahdha est une catastrophe. Ce mouvement a suivi les pas de Ben Ali», a-t-il martelé, considérant que ce mouvement représente la pire partie politique en Tunisie.
Et d’ajouter que les jeunes Tunisiens se sont éloignés de la religion à cause de ce parti islamiste. «Le taux d’athéisme s’est élevé, depuis qu’Ennahdha gouverne», a encore dit Abbou.