Saida AGREBI à «La Majalla»: Les Droits des Femmes sont les Droits Humains

Les femmes privées de leur liberté doivent se battre

*La Tunisie est l'un des premiers pays Afro-arabo- musulmans à promulguer des lois pour la promotion des droits des femmes et de la famille.

* D'autre part, certaines pratiques barbares telles que l’excision féminine, le harcèlement sexuel, les femmes battues, freinent les efforts de tout.

* Les femmes privées de liberté d'expression ou de liberté de vote doivent se battre pour leurs droits et savoir que les États-Unis se tiennent à leurs côtés.

 

 

Madame Saida AGREBI présidente de l’OISAT/WASAT, ONG internationale reconnue par l’ONU, qui a pour objectifs la Solidarité, l'Amitié et la Tolérance pour la Paix, qu’elle a créée il y a une dizaine d’années à Paris, affiliée à une vingtaine d’organisations onusiennes à travers le monde. Elle est une militante hors pair des droits Humains des femmes et de l’égalité des sexes. Première lauréate des universités américaines des années soixante-dix, elle s’est consacrée pour faire prévaloir l’émancipation des femmes d’abord par le lancement des caravanes de santé et de solidarité qui ont sillonné la République Tunisienne pour instaurer des plans de communication et d’actions au profit de la santé reproductive et du planning familial, ensuite en créant la 1ère ONG Nationale ATM Association Tunisienne des Mères reconnue par l’ONU et servant les Mères Magrébines OMMA. Elle est également pionnière dans le renforcement du tissu associatif pour la construction de la Société Civile à travers l’Afrique en les initiant à obtenir le Statut Consultatif auprès de l’ECOSOC/ONU. Journaliste Trilingue, Ecrivain et auteur de plusieurs publications, Saida AGREBI reconnue par ses compétences associatives et citoyennes au niveau des droits des femmes et qui a coordonné la participation des ONG féminines africaines aux Sommets de l’ONU des femmes à Pékin 1995. Profitant des trois événements phares de cette année 2021. Le Forum Egalité des générations de Paris le 29 juin, la fête des femmes Tunisiennes le 13 août et la publication du livre de son livre «Destin d'une Mère, Légende Vivante», qui relate son parcours de combattante de 75 ans de vie militante et citoyenne (ayant l'âge des Nations unies) publié le 9 avril 2021. À cette occasion et dans ce même contexte, nous avons eu l'honneur de la rencontrer à Paris, capitale des lumières Hôte du Forum Égalité des Générations des Nations Unies, dans le cadre du suivi des résolutions du Sommet Onusien Beiging+25  et de l’application de la CEDAW/CEDEF Convention sur l'Élimination de toutes formes de Discrimination à l'égard des Femmes .C'est précisément à cette occasion particulière que la Majalla a interviewé cette légende vivante d'origine tunisienne de résidence française et d'appartenance citoyenne du monde.

 

 

SAIDA AGREBI AVEC PAOLA SANDOVAL PRESIDENTE DE L’ASSOCIATION DE LA PRESSE INTERNATIONALE ET KHALED SAAD ZAGHLOUL ET DES MEMBRES DE L’APE.SAIDA AGREBI AVEC PAOLA SANDOVAL PRESIDENTE DE L’ASSOCIATION DE LA PRESSE INTERNATIONALE ET KHALED SAAD ZAGHLOUL ET DES MEMBRES DE L’APE.

 

La Majalla : L’ONU célèbre la journée internationale des femmes le 8 mars de chaque année, pourquoi la Tunisie célèbre deux fois la fête des femmes ?

Saida AGREBI : La Tunisie est l'un des premiers pays Afro-arabo- musulmans à promulguer des lois pour la promotion des droits des femmes et de la famille. C'est à l'aube de l'indépendance de 1956 que le combattant suprême Habib BOURGUIBA a décrété des lois régissant le développement humain durable de la société Tunisienne. C'est ainsi que le 13 août 1956 date historique de la promulgation du CPS, le Code du Statut Personnel qui légifère les droits  fondamentaux de la femme tunisienne dont notamment le droit à l'éducation,  le droit à la santé reproductive, droit à la formation professionnelle et à l'emploi, l’accès aux postes de décision ainsi qu'aux droits civiques, économiques, culturels et sociaux en respectant l’égalité des sexes et l’autonomie des femmes.

Photo prise le 13 août 1956 au Palais de Carthage.

 

Depuis cette date, la Tunisie célèbre la fête nationale de la femme tous les 13 août de chaque année, cette date historique qui marque l’émancipation de la femme tunisienne à tous les niveaux de la vie.

En ce jour du 13 Août 2021, date commémorative de la fête nationale de la femme tunisienne, j’ai le plaisir de mémoriser quelques événements historiques de 1956 à 2011 concernant l’avancement des droits des femmes Tunisiennes, grâce à l’initiateur du Code du Statut Personnel CSP promulgué par le président Habib Bourguiba et qui ont été renforcés par les réformes du Président Zine El Abidine Ben Ali du 13 Août 1993. Ayant l’âge des Nations Unies, je suis fière d’avoir milité pendant les ères de prospérité de liberté et de sécurité et de la laïcité des présidents Bourguiba et Ben Ali.

Extrait de la presse tunisienne, Palais de Carthage, le 13 août 1997.

 

La Majalla : Quel bilan tirez-vous de votre longue et exceptionnel parcours dans le domaine les droits des femmes pour qui vous avez tant milité durant toute votre vie?

 

SAIDA AGREBI: Je dois reconnaître que le rôle des Nations unies a été remarquable depuis la décision d'organiser des Sommets onusiens pour les droits des femmes par continent, à savoir,  pour le continent américain le Sommet de l’ONU des femmes au Mexique en 1975 qui fut déclaré Année Mondiale de la Femme. Pour l'Europe, le Sommet des femmes a eu lieu à Copenhague en 1980, pour l’Afrique à Nairobi en 1985 présidé par la première dame de l'Égypte madame Suzanne Moubarak. Et pour l'Asie, c'était à Pékin en 1995 qui a abouti par la plate-forme d'actions et la ratification de la fameuse déclaration du CEDAW-CEDEF. Des progrès réalisés au profit de l'avancement des droits des femmes à travers la planète. Il est évident qu'il reste beaucoup à faire à tous les niveaux du développement durable. C'est ainsi qu'au Sommet des Chefs d'Etats tenu au siège de l’ONU en 2015 les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD), devraient être appliquées en 15 ans (2015- 2030) l'objectif numéro 5 concerne l'égalité du genre et des droits des femmes et consacre la lutte contre la violence à l’égard des femmes.

 

La Majalla: sachant votre participation effective pour contribuer à l’avancement des droits des femmes notamment dans les pays arabo africains, de par vos responsabilités à la ligue des Etats Arabes et à l'Union Africaine en tant que Parlementaire Tunisienne, Maghrébine, Arabe et Panafricaine, ainsi qu’activiste au niveau de la société civile,  comment expliquez-vous les faibles résultats enregistrés?

 

SAIDA AGREBI: Comme vous le savez, la volonté politique des leaders de chaque pays est primordiale  pour faire avancer l'application des législations et des conventions,  comme vous le savez aussi, il faut une année pour ratifier une convention et 10 ans pour l’appliquer mais hélas, dans plusieurs pays la ratification prend plus de 10 ans.

 

La Majalla : Pourquoi d'après vous?

Saida AGREBI : d'après mon expérience sur le terrain, le rôle des acteurs de la société civile a beaucoup contribué à l’amélioration du processus de ratification et d'application des conventions.  Certaines mentalités et pratiques se basant sur des traditions, des confessions ou d'autres freinent fortement le déroulement de la vie égalitaire entre hommes et femmes. Prenons par exemple, la Violence Basée sur le Genre, (VBG :Campagne Orangez Vous contre les violences) nous constatons avec tristesse que le taux de féminicide augmente d'une manière drastique d'année en année partout dans le monde.

D'autre part certaines pratiques barbares telles que l’excision féminine, le harcèlement sexuel, les femmes battues, la polygamie, la violence sur toutes ses formes à l'égard des femmes freinent les efforts de tout et chacun influençant les résultats du bilan actuel.

Je voudrai rendre un vibrant Hommage aux Femmes et aux Mères qui militent pour le bien être des membres de leur famille malgré les conditions difficiles de leur existence telles que les femmes rurales, les ouvrières, les infirmières, les aides à domicile, les mères d'enfants porteurs d'handicap, les femmes aux besoins spécifiques qui réussissent malgré tout à éduquer et protéger les membres de leur famille.  Je citerai également leur rôle préventif important durant la crise sanitaire de la pandémie du Covid-19, le rôle encadrant leurs personnes âgées et leurs enfants en prévenant l'accentuation de la pandémie et encourageant le respect des mesures barrières et la vaccination collective pour un mieux vivre en meilleure santé.

 

La Majalla : A l’occasion de la semaine de l’égalité en France, Emmanuel Macron, Président de la République française, s’est entretenu avec Phumzile Mlambo-Ngcuka, directrice exécutive de l’ONU Femmes. Cette réunion a permis de faire le point sur les progrès réalisés dans la préparation du Forum Génération Egalité, le principal rendez-vous international pour l’égalité entre les femmes et les hommes de l’année. Organisé par ONU Femmes et coprésidé par la France et le Mexique, en partenariat de la société civile, il a été lancé les 7 et 8 mai 2021 à Mexico, culminé à Paris juillet 2021.

Saida AGREBI : En donnant le coup d’envoi du Forum Égalité des Générations  le 29 Juin à Paris, le Président français Emmanuel Macron a souligné la pleine mobilisation de la France pour assurer le succès de ce rassemblement, qui s’inscrit dans son engagement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes dont il a fait la grande cause nationale et mondiale de son quinquennat, cet engagement se traduit au quotidien par la diplomatie féministe que porte la France auprès de tous ses partenaires et toutes les enceintes multilatérales.

Macron a ainsi annoncé que la France souhaitait porter la coalition d’actions sur les droits humains de santé reproductive. Les coalitions d’actions sont des partenariats multi-acteurs rassemblant gouvernements, société civile, organisations internationales et secteur privé et menées par des « champions » qui initieront des actions concrètes, à grande échelle et mesurables, destinées à faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes partout dans le monde. La France poursuivra également dans le cadre du Forum ses efforts en faveur de l’éducation des jeunes filles, dans la continuité de son investissement pour le Partenariat mondial pour l’éducation.

La Majalla : Quelle est votre conclusion de ce Forum Onusien de Paris dans lequel vous avez participé avec des milliers des femmes militantes féministes du monde entier en présence et à distance?

Saida AGREBI : En conclusion, tel que présenté officiellement le Forum Génération Egalité a offert une opportunité unique de montrer un soutien fort aux mouvements féministes, de les développer et d’approfondir leur action. L'inclusion de toutes les parties prenantes qui se sont réunies, notamment les gouvernements, la société civile, les entreprises, les institutions internationales, les médias, ainsi que tous les autres acteurs, était essentielle pour démontrer le soutien de l'ensemble de la société à l'égalité entre les femmes et les hommes. Je salue le leadership de la France dans l'effort mondial pour atteindre cet objectif. Nous sommes tous fiers de compter sur la France, comme a soulevé le président Macron lors de l’ouverture du Sommet d'Egalité les Droits des Femmes sont les Droits Humains et la participation effective de madame Kamala Harris, Première Femme Vice-Présidente des États- Unis  d’Amérique dans son message en visio-conférence a rappelé «Tant que les droits humains sont respectés à la base , la femme pourrait accéder et réussir dans toutes les positions sociales économiques, politiques, sportives, culturelles, et même spéciales».

 

Elle a déclaré que «Les femmes privées de liberté d'expression ou de liberté de vote doivent se battre pour leurs droits et savoir que les États-Unis se tiennent à leurs côtés.» J’ai surtout apprécié son message adressé aux femmes : « Utilisez les outils de la démocratie, qu'il s'agisse de liberté d'expression ou de liberté de vote. Et si vous n'avez pas encore ces libertés, battez-vous pour elles et sachez que nous nous battrons à vos côtés», et «Si nous voulons renforcer la démocratie, nous devons lutter pour l'égalité des sexes. Car voici la vérité : la démocratie est plus forte lorsque tout le monde participe et elle est plus faible lorsque les gens en sont exclus».

Le dernier livre de Saida Agrebi.

La Majalla : êtes-vous optimiste ?

Saida AGREBI : Tout à fait, je suis optimiste quant à l'avenir  prometteur de nos jeunes générations qui prendront la relève pour assurer une meilleure vie dans un monde meilleur sans crises ni guerres ,ni pandémie, ni injustice, ni racisme, ni sexisme, ni  analphabétisme et sans terrorisme… parce que je suis convaincue que l'égalité des chances du genre humain ne peut se réaliser qu'avec le respect mutuel des femmes et des hommes en complémentarité et en partenariat assurant la place de chacun  en toute tolérance et solidarité, tout en regardant dans le même direction en toute sérénité, avec amour et entente mutuelle. C'est avec tristesse que je me rappelle ces belles qualités chez mon défunt et regretté fils unique Ahmed arraché très tôt à la vie, la manière dont il traitait sa mère, son épouse, ses petites filles, ses collègues et ses amies, en fait il vénérait toutes celles qui l’entouraient avec respect et tendresse. Paix à son âme !