Le député Abdeslam Nssaïa : Audition du gouvernement libyen, 1ère étape avant la décision de retrait de confiance

Le député Abdeslam Nssaïa

Tunis: Le Parlement libyen a décidé de convoquer le Gouvernement d’Union Nationale, suite à la demande d'un certain nombre de députés, pour discuter de la performance du gouvernement.

Il a décidé de convoquer le gouvernement pour une séance d'interrogation lundi après-midi à son siège à Tobrouk.

Dabaiba a reçu une convocation officielle pour assister à la session.

Ces développements sont intervenus après que 11 députés ont demandé, il y a quelques jours à la présidence du Parlement libyen, le retrait de la confiance du Gouvernement d'Union Nationale, dirigé par Abdelhamid Dabaiba, pour cause de dilapidation de l’argent public à l'étranger, l'incapacité à tenir ses engagements concernant l’amélioration des services publics en Libye, en plus d'outrepasser ses pouvoirs et de s'ingérer dans des questions militaires, selon ces députés.

Ces sujets ont été débattus lors de l’interview qui nous a accordé le député Abdeslam Nssaïa :

 

* Le président du parlement libyen convoque Dabaiba à assister à la séance de questionnement du Gouvernement. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à prendre cette décision ?

- Convoquer le gouvernement, le questionner, et l'interroger constituent une procédure normale, qui vise l’évaluation, de temps à l’autre, de son rendement. Cependant, les raisons s'inscrivent dans le cadre d'une demande formulée par un groupe de parlementaires, qui ont évoqué un rendement médiocre, au niveau des tâches qui lui sont confiées.

On sait parfaitement que les Accords de Genève ont confié au Gouvernement d'Union Nationale certains dossiers : Celui de l'électricité, de la pandémie Coronavirus, l’unification des institutions, ainsi que la préparation des élections. Ce sont les dossiers les plus importants.

Quatre ou cinq mois sont passés, et le Gouvernement n'a pas obtenu de résultats dans aucun de ces dossiers. L'électricité est encore coupée pendant de longues heures. Sachant que de nombreux contrats, dans ce secteur ont été sujets à de nombreuses critiques. Une opacité totale. Sans oublier la propagation de la pandémie, et les centres de soins qui souffrent de nombreux problèmes, et d'une grave carence d'oxygène.

 

On évoque aussi des affaires de corruptions financières…

- Bien sûr, on en parle beaucoup. De ce fait, il est nécessaire de convoquer le Gouvernement, et de le questionner concernant ces dossiers et ces responsabilités. Car ces dossiers sont d’une importance cruciale.

Malheureusement, le gouvernement s’est chargé d'autres tâches qui ne sont pas de son ressort. On a vu le Chef du Gouvernement, se comporter tel un maire, adoptant aussi un discours populiste, et prenant des décisions, sans nul lien avec les dossiers en charge de son gouvernement. Tout ceci a éveillé les soupçons des députés, et a entrainé une tension de la rue. Il faut bien remettre les choses à leurs places, et de ce fait questionner le Gouvernement, concernant ces importants dossiers, qui n’ont vu aucune réalisation.

Le député Abdeslam Nssaïa

 

* Attendons-nous à d'autres procédures, suite à cette session ?

- Effectivement, lors du questionnement, si le Gouvernement, à travers ses réponses, prouve son échec concernant certains dossiers, d’autres procédures sont prévues. De nombreux députés demandent le retrait de la confiance du Gouvernement. C'est une mesure possible. En premier, il faut bien passer par le questionnement.

Si le Gouvernement peut porter des réponses convaincantes, nous serons heureux de le constater. Mais, si au contraire, nous constations des lacunes, le retrait de la confiance serait inévitable.

 

* Il y a ceux qui prétendent que «le questionnement n’est autre qu’une manœuvre de la part du Président du Parlement Aguila Saleh pour faire obstacle à la publication et à la discussion de la règle constitutionnelle et du Code électoral en raison du différend au sujet des conditions de candidature à la présidence». Votre commentaire là-dessus ?

- Non, celui qui évoque ces dires, n’est nullement au courant de la réalité libyenne. Au contraire, nous avons conclu le mode d’élection du Président, lors de la séance écoulée. Dans une étape sans précédent et très avancée, le Parlement a pu se mettre d'accord concernant ce point. Une étape qui a été accomplie et nous sommes en train de promulguer cette loi.

Toutefois, je crains que certains viennent perturber l’application de cette loi, sans lien avec la question électorale. Nous sommes maintenant en train d'activer la loi de l'autorité législative du prochain Parlement.

 

* Ne considériez-vous pas que cette décision est porteuse de solutions, vers un consensus entre la plupart des parties politiques et les partis politiques, au pouvoir sur des bases constitutionnelles, dans le but d’avancer vers un consensus qui permettra au pays de réaliser ses élections en décembre prochain ?

- Bien sûr, la décision de questionner le Gouvernement porte le pays vers le bon sens. Les questions porteront sur des dossiers qui concernent le citoyen, dans un but d’évaluation. Cette question se fera sous le regard du peuple libyen. Ce comportement est légitime, et le fait de ne pas questionner est inacceptable. Cette inertie, est sans aucun lien avec tout autre différent politique dans le pays. La confrontation concerne la question des armes. Le questionnement peut enraciner une certaine confiance entre les différentes parties, rassurera toutes les parties libyennes, et empêchera également les sentiments d'injustice et de marginalisation. Le questionnement dissipera les doutes, concernant toute impartialité probable du Gouvernement. Cette action empêchera également le sentiment d'injustice, car certains pensent que le Gouvernement est impartial. De ce fait, le questionnement élucidera la situation, et dévoilera si le Gouvernement est impliqué dans une quelconque corruption. Dans le cas contraire, les Libyens se sentiront plus proches, l’un de l’autre.