Crise migratoire : La France réduira le nombre de visas accordés aux maghrébins

Le président français, Emmanuel Macron.

* La crise migratoire est avant tout une crise humanitaire.

*La France réduira le nombre de visas délivrés aux pays du Maghreb.

La migration africaine vers l'Europe est généralement considérée comme un raz-de-marée de personnes désespérées fuyant la pauvreté et la guerre dans leur pays et essayant d'entrer dans l'insaisissable eldorado européen. Les « solutions » typiques proposées par les politiciens incluent l'augmentation des contrôles aux frontières. Cependant, de telles mesures sont basées sur des hypothèses fondamentalement erronées sur l'ampleur (limitée), l'historicité, la nature et les causes de cette migration. La migration africaine vers l'Europe est alimentée par une demande structurelle de main-d'œuvre migrante, bon marché dans les secteurs informels. Cela explique pourquoi les politiques d'immigration restrictives n'ont invariablement pas réussi à arrêter la migration. Il est également peu probable que le développement de l'Afrique freine la migration car il permettra et inspirera davantage de personnes à migrer. Bien qu'il s'agisse de « lutte contre la migration illégale » pour des raisons politiques et diplomatiques, ni les États européens ni les États africains n'ont vraiment intérêt à arrêter la migration.

Selon les autorités italiennes, la nationalité la plus représentée dans les arrivées clandestines en février 2021 est la tunisienne avec 334 personnes, soit 14% des migrants comptabilisés depuis le début de cette année.

Les autres nationalités se repartissent comme suit : les Guinéens au nombre de 254 (11%), les Ivoiriens au nombre de 249 (11%), les Erythréens 217 (9%), les Maliens 129 (5%), les Algériens 125 (5%), les Soudanais 94 (4%), les Bengalis 83 (4%), les Afghans 76 (3%) et les Camerounais 64 (3%).

Pour toutes ces raisons, plusieurs pays européens ont décidé de faire face à cette crise. La France a décidé de réduire le nombre de visas délivrés aux pays du Maghreb parce que les gouvernements refusent d’accueillir les migrants expulsés de France.

La décision annoncée, mardi 28 septembre 2021, intervient alors que des politiciens d'extrême droite exercent des pressions sur le président centriste Emmanuel Macron, qui devrait annoncer une candidature à la réélection, pour qu'il mette en œuvre des règles d'immigration plus strictes, ce qui a engendré de nouvelles tensions entre la France et ses voisins nord-africains.

Dans quelques semaines, le gouvernement français prévoit de réduire de moitié le nombre de visas accordés aux Algériens et aux Marocains et de 30% aux Tunisiens, selon des responsables gouvernementaux.

Les trois pays faisaient partie de l'empire colonial français, et de nombreux migrants à destination de l'Europe et visiteurs en provenance de ces pays d'Afrique du Nord ont des liens familiaux ou autres en France.

Le porte-parole français Gabriel Attal a déclaré aux médias que la France avait décidé d'agir parce que l'Algérie, le Maroc et la Tunisie ont récemment refusé de fournir des documents consulaires à leurs citoyens expulsés de France après leur arrivée illégale. Les restrictions de voyage liées au Coronavirus ont également compliqué ces efforts de retour.

Un haut responsable de la présidence française a déclaré que la France souhaitait notamment que les pays d'Afrique du Nord reprennent les personnes signalées pour extrémisme, et a exprimé l'espoir qu'une solution puisse être trouvée rapidement.

La France réduit le nombre de visas

Attal a déclaré que la France tentait de trouver une solution diplomatique depuis qu'elle avait adopté une loi sur l'immigration en 2018. Entre janvier et juillet, les autorités judiciaires françaises ont ordonné à 7 731 Algériens de quitter le territoire français parce qu'ils n'avaient pas d'autorisation de séjour, mais seulement 22 sont partis.

La candidate d'extrême droite à la présidentielle, Marine Le Pen, a apporté un soutien nuancé à la réduction du nombre de visas, mais a estimé que le gouvernement d’Emmanuel Macron avait attendu trop longtemps avant d'agir. Le Pen était la principale rivale de Macron aux élections de 2017 et sera considérée comme son principale adversaire s'il se présente à nouveau.

«Depuis longtemps, très longtemps, très longtemps, je demande que des mesures soient prises pour obliger certains pays à respecter le droit international», a-t-elle déclaré, citant l'Algérie et la Tunisie.

Le Pen s’est exprimée lors d'une conférence de presse sur ses projets, et de la «réduction drastique» de l'immigration, une fois élue présidente de la République.

«Ma première décision sera de maîtriser l’immigration par la reprise en main de nos frontières, de notre politique de visas », a déclaré la présidente du Rassemblement national. « J’irai voir les pays dont sont issus les immigrés pour leur dire qu’ils doivent reprendre leurs compatriotes lorsque ceux-ci sont en situation irrégulière », a ajouté la dirigeante.

 

Les pays concernés par ces mesures réagissent…

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a qualifié la décision d'«injustifiée». Il a déclaré que son pays avait délivré 400 documents consulaires aux Marocains expulsés de France, mais le nombre était limité car beaucoup d'entre eux ont refusé de passer un test de dépistage du virus SARS-CoV-2, qui est nécessaire pour rentrer au Maroc.

C'est «le problème de la France, qui doit y faire face», a déclaré Bourita lors d'une conférence de presse tenue à Rabat.

« Le Maroc a toujours géré la question migratoire et le flux des personnes, avec une logique de responsabilité et d'équilibre entre la facilitation des déplacements des personnes (...) et la lutte contre la migration clandestine», a souligné le diplomate.

De son côté, la Tunisie a adopté une position publique plus conciliante. « Nous faisons partie des pays qui coopèrent dans ce domaine et nous avons d'excellentes relations avec la France», a déclaré le bureau du président tunisien Kais Saied.