Crise politique en Libye : Le flou persiste sur la tenue des élections

Seif El Islam Kaddafi prépare son retour politique.

*Une possible candidature de Seif el Islam Kadhafi brouille les cartes.

*Les divergences entre les deux camps rivaux éclatent au grand jour.

*Ce ne serait pas le premier rendez-vous manqué. Plusieurs accords sur la tenue de scrutins avaient été conclus ces dernières années mais ils sont restés lettre morte.

 

Tunis: Les élections présidentielle et législatives en Libye devraient avoir lieu le 24 décembre. Ces élections ont été convenues dans le cadre d'une feuille de route politique découlant du cessez-le-feu historique d'octobre 2020 entre les autorités rivales de la Libye et de la mise en place d'un gouvernement d'unité nationale (GNU) plus tôt cette année. Mais les divergences entre les deux camps rivaux éclatent au grand jour. Ce ne serait pas le premier rendez-vous manqué. Plusieurs accords sur la tenue de scrutins avaient été conclus ces dernières années mais ils sont restés lettre morte.

Mais ceux qui ont cru à un nouveau départ en Libye vont devoir s’armer de patience. Les élections législatives et présidentielle fixées au 24 décembre prochain semblent compromises en raison de nouvelles divisions entre camps rivaux.

En effet, le Parlement libyen a voté le 21 septembre 2021 une motion de censure contre le gouvernement de transition du Premier ministre Abdel Hamid Dbeibah, replongeant le pays dans une nouvelle crise politique à trois mois d'élections censées mettre fin à une décennie de chaos.

Le ministre des Affaires étrangères tunisien participant à la réunion africaine sur la Libye à New York.

Rebondissement

En effet, le vote de confiance accordé au gouvernement d’Abdel Hamid Dbeibah, en mars dernier est tombé à l’eau quand Aguila Saleh qui dirige le Parlement, semble déterminé à se désengager du processus politique en cours. Il se veut soudain plus regardant sur l’action du gouvernement dans l’expédition des affaires courantes du pays, ses nominations, ses dépenses et va jusqu’ à voter une motion de censure. Ce rebondissement intervient quelques jours après la ratification d’une loi électorale en prévision du double scrutin présidentiel et législatif fixé au 24 décembre.

La loi controversée, à l’origine de cette crise, semble taillée sur mesure pour le maréchal Khalifa Haftar. Elle permet à un militaire de se présenter à la présidentielle, à condition d'abandonner «ses fonctions trois mois avant le scrutin». En somme, l’homme fort de l’Est qui n’a pas pu s’emparer de Tripoli a désormais la voie grande ouverte pour arriver à la tête du pays d’une manière démocratique.

Le président du Parlement Libyen serait dans la course.

Une loi controversée

La méfiance du Parlement vis-à-vis du Premier ministre et du gouvernement est peut-être légitime et le pouvoir législatif a tout à fait le droit de contrôler le pouvoir exécutif.

Pour sa part, Abdel Hamid Dbeibah, le chef du gouvernement de transition a fait l’objet d’enquêtes pour des malversations tant en Libye qu'à l'étranger. C’était néanmoins l’homme-clé de la transition, validé par tous en Libye pour préparer les élections.

Ces nouvelles divisions qui éclatent au grand jour risquent de saper le processus mis en place par l’ONU pour ouvrir une nouvelle page en Libye.

De ce fait, le flou persiste quant à leur tenu bien que la Chambre des représentants libyenne ait adopté une loi sur l'élection présidentielle, tandis que la législation pour les élections législatives est en cours de finalisation et pourrait être examinée et approuvée dans les semaines à venir. Bien que la Haute Commission électorale nationale ait reçu la loi sur les élections présidentielles, un autre organe, le Haut Conseil d'État, s'est plaint qu'elle avait été adoptée sans consultation.

En effet, le président de la Haute Commission électorale a déclaré qu'il serait prêt à commencer la mise en œuvre une fois les lois reçues et qu'il ferait tout son possible pour respecter l'échéance du 24 décembre.

« Il appartient à la Haute Commission électorale nationale d'établir un calendrier électoral clair pour conduire le pays aux élections, avec le soutien de la communauté internationale. Il appartient au Gouvernement d'unité nationale et à toutes les autorités et institutions de faire en sorte que les élections soient aussi libres, justes, inclusives et crédibles que possible dans des conditions et des contraintes exigeantes et difficiles », a déclaré M. Kubiš, l’émissaire spécial de l’ONU en Libye.

Jusqu'à présent, plus de 2,8 millions de Libyens se sont inscrits sur les listes électorales, dont 40% de femmes. De plus, plus d'un demi-million de nouveaux électeurs voteront également.« La plupart des nouveaux inscrits ont moins de 30 ans, ce qui témoigne clairement de l'empressement de la jeune génération à participer à la détermination du sort de son pays par le biais d'un processus démocratique. Les autorités et les dirigeants libyens ne doivent pas les laisser tomber », a déclaré M. Kubiš.

Et d’ajouter que « Ne pas organiser d'élections pourrait gravement détériorer la situation dans le pays, pourrait entraîner des divisions et des conflits », a-t-il averti. « J'exhorte les acteurs libyens à unir leurs forces et à garantir des élections parlementaires et présidentielles inclusives, libres et équitables, qui doivent être considérées comme une étape essentielle pour stabiliser et unir davantage la Libye», a-t-il asséné.

Haftar prépare sa candidature à la présidentielle.

Dans candidats dans la course ?

Si à ce jour, aucune candidature n'a encore été officialisée, Les Kadhafistes, expriment également leur volonté de revenir sur la scène politique, et Saif al-Islam Kadhafi, le fils de l’ancien dirigent, n’a pas caché non plus son désir à se porter candidat à la magistrature suprême. Cette annonce par Seïf al-Islam Kadhafi de sa candidature à la présidence, lors de l'anniversaire du « Fatah de septembre », notamment après plusieurs déclarations de plusieurs partis, dont le porte-parole du parlement, et le gouvernement Dabaiba sur l'éligibilité de Kadhafi à se présenter aux élections si les conditions étaient remplies brouille les cartes.  Car, l'évocation de cette intention, annoncée par des proches de Seïf al-Islam à un moment charnière, peut être liée à l'annonce de négociations secrètes en cours entre Seïf et les États-Unis d'Amérique concernant l'annulation de la décision du Cour pénale internationale et faciliter sa candidature en échange de permettre aux États-Unis d'Amérique de rétablir la plupart de leurs intérêts en Libye, qui ont été annulés à l’issue de la révolution de septembre, et si ces négociations ont eu lieu et ont abouti, de grandes concessions sur les droits libyens en faveur de l'Amérique serait le prix de cet accord... Il faut noter ici que nous sommes toujours devant un exemple similaire, celui des États-Unis d'Amérique expulsant Al-Afghani (Mollah Abd Al-GhaniBaradar), qui a été détenu dans les prisons pakistanaises pour de multiples accusations graves, et son installation à la tête de l'Afghanistan aujourd'hui, en récompense de ses efforts pour pousser les talibans à accepter les conditions américaines qui ont abouti au retrait de l'armée américaine et des forces de la coalition d'Afghanistan, compte tenu compte des intérêts américains dans la région, s'engageant à ne pas les attaquer et acceptant la coordination du renseignement entre les deux parties.

Négociations américaines

Il semble que les négociations américainessous formede pression exercée sur Seïf al-Islam en raison de sa réticence à faire certaines concessions à l'Amérique en Libye, en plus d'accorder aux USA le droit de transférer le centre de commandement des forces d'AFRICOM de Stuttgart en Libye et d'obtenir une base militaire dans le sud. Et ce sont deux outils que la stratégie américaine à moyen et long terme envisage pour conditionner son soutien à tout candidat aux élections libyennes, afin de les utiliser pour contrecarrer la pénétration chinoise sur le continent africain et entraver la route de la soie.

Cependant, le vrai problème de Seif al-Islam n'est pas dans la taille de ses chances de gagner, mais plutôt dans l'étendue de son succès à persuader les parties concernées au Conseil de sécurité de desserrer les chaînes de la Cour pénale internationale de ses poignets. Car, si Seif réussissait à supprimer cette restriction avec l'aide de l'Amérique en collaboration avec la Grande-Bretagne, les chances de son succès aux élections deviendraient inévitables puisqueces deux pays seront prêts à profiter des circonstances libyennes pour saboter mille fois les élections... jusqu'à la victoire de leur candidat, en plus des méthodes sournoises qu'on connaît d'eux.

Quant à l'homme fort de l'est libyen, le maréchal Khalifa Haftar, il a déjà troqué sa tenue militaire pour un costume civil depuis quelques semaines et redouble d'activités publiques.  Ses proches affirment qu'il se prépare à annoncer sa candidature, après s'être mis en retrait pour trois mois de ses fonctions militaires en tant que dirigeant de l’arme nationale libyenne.Pour sa part, le président du Parlement Aguila Saleh, figure également parmi les noms qui circulent pour briguer la présidence... ou devenir vice-président, voire le chef du prochain gouvernement élu.

Réunion interministérielle africaine sur la Libye

Il est à noter que le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l'étranger Othman Jerandi a pris part, vendredi, à la réunion interministérielle africaine sur la Libye, organisée à l'invitation du président du Conseil présidentiel libyen Mohamed el-Menfi.

La réunion a enregistré la participation des ministres des Affaires étrangères des pays Africains membres du Conseil de sécurité, des pays membres de la commission africaine de haut niveau sur la Libye et de la représentante de l'Union africaine à l'ONU et entre dans le cadre des travaux de haut niveau de l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies (ONU) qui se tient du 21 au 27 septembre à New-York.

 Dans une déclaration à Majalla, Othman Jerandi a expliqué que « l'accent a été mis sur le processus politique en Libye et les échéances à venir, notamment les élections présidentielle et législatives de décembre 2021 ». Jerandi a réaffirmé à Majalla « le souci de la Tunisie de poursuivre son adhésion constructive aux efforts onusiens, internationaux et régionaux pour soutenir le processus pacifique en Libye de manière à réaliser la paix et la stabilité dans ce pays frère ».
Il a mis l'accent sur le rôle important de l'Union africaine et des pays du voisinage dans l'appui du processus de réconciliation nationale et du dialogue inter-libyen, dans le respect de la souveraineté, de l'unité et de l'intégrité territoriale de la Libye.
El-Menfi a, pour sa part, insisté sur l'impératif de poursuivre toutes les étapes pour renforcer l'unité libyenne et les fondements de la paix et de la stabilité.
Il a également souligné l'importance du rôle des pays voisins et de l'Union africaine pour soutenir le processus politique global.

Les délégations participantes ont abordé la question du départ impératif et sans délai des combattants étrangers et des mercenaires ainsi que du renforcement de la coopération et de la coordination entre les pays du voisinage pour faire face aux défis régionaux communs.