La région du Moyen-Orient a-t-elle été attribuée à l'Iran ?

* L'Iran perse contrôle désormais toute la ligne de Téhéran à la Méditerranée et dispose d’un centre d'influence dans chaque ville et village face à une absence de toute stratégie ou plan arabe assimilé même à un repli complet des principaux dossiers du Moyen-Orient avec la bénédiction américaine.

 

Entre ce qui se passe en Irak et au Liban et ce qui se passe en Syrie, on peut voir des signes avant-coureurs de confier la région à l'Iran avant le retrait total américain de la région. Malgré l’échange d’accusations entre Washington et Téhéran de perturber les négociations de Vienne portant sur un retour à l'accord nucléaire, l'ambiance ne semble pas laisser penser qu'il existe des divergences entre les deux parties, notamment en ce qui concerne les dossiers de la région.  Au contraire, l'observateur peut voir que l'administration américaine est soucieuse de faciliter les négociations sur les dossiers bloqués par la précédente administration américaine dans le but de limiter l'expansion iranienne dans la région.

Au Liban, si certains ont tenté de suggérer que le troisième gouvernement du Premier ministre Najib Mikati est né après un accord franco-iranien et un contact entre le président iranien Ibrahim Raisi et le français Emmanuel Macron, la réalité est qu'un feu vert américain a été donné à la naissance du gouvernement libanais, aux termes des conditions du Hezbollah et de son allié, le Mouvement patriotique libre. Quelques jours après que Macron ait annoncé son initiative concernant la formation du gouvernement libanais, il y a environ 13 mois, peu après l'explosion du port de Beyrouth, la précédente administration a annoncé des sanctions contre des personnalités libanaises proches du Hezbollah pour tenter ce jour-là de mettre fin à la participation du parti au gouvernement, alors qu'aujourd'hui nous voyons le Hezbollah comme le partenaire le plus fort du gouvernement du Premier ministre Mikati, et il ne s'agit pas d'un nom ou deux, mais plutôt d’une voie aux différents partis participants qui accorde le tiers de blocage, et un « grain de musc » à l'allié du parti, Son Excellence le président Michel Aoun et son gendre, GebranBassil.

Quant à l'Irak, certains ont parié sur le Premier ministre Mustafa Al-Kazemi pour qu'il renvoie l'Irak dans son giron arabe, et plus d'un an après sa nomination à son poste, voici son rôle qui se précise de plus en plus, et au lieu de remettre l’Irak dans son périmètre arabe, il fait entrer l'Iran au cœur des pays arabes par la voie diplomatique sous prétexte du dialogue, de projets économiques et du gazoduc arabe, sans remarquer aucun changement, même un léger changement, dans le mauvais rôle joué par l'Iran dans les pays arabes voisins. En effet, les Houthis n'ont pas arrêté leurs attaques contre le Royaume d'Arabie saoudite, ni ne sont devenus de véritables partenaires pour résoudre la situation tragique dont souffre le Yémen. Certes, le Hezbollah n'est pas revenu au Liban et n’a même pas annoncé son intention de se retirer des combats hors du Liban en faveur de l'Iran et même les milices iraniennes légitimisées enIrak - c'est-à-dire les milices de la mobilisation populaire - ne se sont pas retirées de Syrie. Cependant, tout cela ne serait pas arrivé sans le soutien américain apporté à Al-Kazemi et à son gouvernement.

Quant à la Syrie, la tragédie en cours, dont Daraaen a été témoin récemment, n'est que la preuve la plus évidente du changement non seulement de la politique américaine mais aussi de la politique israélienne. Après des années, nous avons entendu parler des accords russo-israéliens interdisant l'Iran et ses milices d’approcher les frontières syro-israéliennes et l’échec de la Russie dans ses engagements de supprimant ces milices, l'Iran y est présent avec l'approbation de tous, y compris le Royaume hachémite de Jordanie, le premier pourtant à avoir mis en garde contre le croissant chiite, il y a plus de 20 ans.

Et là, on entend parler de l'intention des États-Unis de se retirer de l'est de l'Euphrate, et si cette information est correcte, le premier bénéficiaire ne sera autre que l'Iran, qui a construit et construit des bases et des centres depuis des années en vue de consolider son contrôle sur la Syrie et sur les frontières syro-irakiennes.

L'Iran perse a fini par dominer toute la ligne de Téhéran à la Méditerranée, et dans chaque ville et village, il a un centre d'influence, face à l'absence de toute stratégie ou plan arabe voire un repli arabe complet des dossiers du Moyen-Orient avec la bénédiction déclarée et non déclarée de l'Amérique comme si confier cette région à l'Iran devait arrêter son mal et le pousser à renoncer à son expansion aux confins de la Méditerranée.