Un livre américain : «Feuilles d’Afghanistan»

Washington : Un mois avant la publication de ce livre le 31 août, le Washington Post en a publié des extraits, car l'auteur, Craig Whitlock, est l'un de ses éminents journalistes. La publication des extraits a précédé la chute de Kaboul aux mains des talibans. Il va de soi, après la chute, la demande des extraits a augmenté. Idem concernant le livre.

Les lecteurs n’ont pas manqué de comparer entre cette chute et une autre :

Premièrement, le titre du livre est «Feuilles d’Afghanistan», par analogie à «Feuilles du Pentagone», à savoir «Histoire secrète » d'une autre guerre : la guerre du Viêtnam (1965 – 1975).

Deuxièmement, le livre traite de la guerre du Viêtnam, parce qu'elle a coûté lourdement, en vies humaines et en argent, et parce qu'elle a duré des années, et parce qu'elle s'est soldée par un échec.

Avant que le journaliste Whitlock ne publie ce livre, il avait couvert la guerre mondiale contre le terrorisme que l'ancien président George W. Bush ait déclarée en 2001, après les attentats du 11 Septembre. Avant trois ans, il a reçu plusieurs prix, dont : «Le prix Robert Kennedy pour le reportage international».

Lorsqu'il publie dans le Washington Post les documents de l'inspecteur américain pour la reconstruction de l'Afghanistan. Il s'agissait de documents classifiés, mais les avocats du journal ont déposé une plainte pour avoir accès à ces documents, conformément à la loi sur la liberté d'information.

Les documents ont révélé que de hauts responsables américains, civils et militaires, en Afghanistan, étaient convaincus, il y a près de dix ans, que la guerre en Afghanistan ne pouvait être gagnée.

Dans son livre, l'auteur détaille des documents et des entretiens avec des hauts fonctionnaires. Il compare ces documents avec les «Feuilles du Pentagone» vietnamiennes, et est arrivé à la conclusion de l’existence «d'un effort franc et continu du gouvernement des États-Unis (sous trois présidents, George W. Bush, Barack Obama et Donald Trump) pour tromper délibérément les Américains citoyens».

Contrairement aux guerres au Vietnam et en Irak, l'invasion américaine de l'Afghanistan en 2001 a recueilli un soutien populaire quasi-unanime.

Au début, les objectifs de la guerre en Afghanistan étaient simples : Vaincre al-Qaïda et empêcher une répétition des attentats du 11 septembre.

Cependant, peu de temps après la victoire des États-Unis et de leurs alliés sur les talibans et leur expulsion de la capitale Kaboul, «la mission a déraillé. Les responsables américains ont déraillé de leurs objectifs initiaux».

Les entretiens de l'auteur ont été variés : Des hauts responsables de la Maison Blanche, aux généraux et soldats du Pentagone, en passant par les travailleurs humanitaires internationaux, les civils et lesmilitaires, afghans.

L'auteur a conclu : «Les stratégies du gouvernement des États-Unis ont été chaotiques. Le projet d'édification de la nation a lamentablement échoué. La drogue et la corruption ont pris le contrôle total de leurs alliés au sein du gouvernement afghan».

 

Voici quelques-unes des révélations du livre :

1. L'ancien président Bush a parfois refusé de rencontrer les généraux du Pentagone qui menaient la guerre en Afghanistan, car il savait qu'ils demanderaient plus d'argent et plus de troupes.

2. Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a admis qu'il «ne sait pas qui sont les méchants, et qui ne sont pas les méchants (en Afghanistan)».

3. Robert Gates, un autre secrétaire à la Défense, a déclaré : «Nous ne savions rien d'Al-Qaïda » (il a utilisé un juron).

4. En 2007, un kamikaze a failli tuer le vice-président Dick Cheney sur la base aérienne de Bagram. Toutefois, la Maison Blanche a menti, affirmant que le kamikaze était loin de Cheney.

5. En 2014, le président Obama a menti en déclarant la fin de la guerre. Aussi, en disant que les forces américaines n'entreraient plus en conflit direct avec leurs ennemis.

6. La responsabilité des institutions américaines d'aide, anti-drogue, de lutte contre la corruption, et de l’édification des institutions, ont transité d'un ministère à un autre, de peur d'être tenus pour responsables d'un échec.

Le personnage le plus controversé du livre est peut-être Rumsfeld, secrétaire à la Défense pendant les guerres en Afghanistan et en Irak :

  • Premièrement : il a convenu avec le président Bush que les talibans et Al-Qaïda, ne sont pas différents les uns des autres, en tant qu'organisations islamistes, extrémistes et violentes.
  • Deuxièmement : Cependant, d'un autre côté, Rumsfeld était plus préoccupé que Bush par les coûts de la guerre, et son étendue.
  • Troisièmement: lors de la guerre en Irak, Rumsfeld a encouragé Bush à envahir ce pays. Mais il est devenu préoccupé par les coûts et l'étendue de la guerre.
  • Quatrièmement : Rumsfeld était polémiste, sans être sûr de tout ce qu'il disait.

Par exemple : sa fameuse réponse à une question d'un journaliste sur les preuves d'une alliance entre al-Qaïda et l'Irak (principale raison de l'invasion de l'Irak). Il a dit:

«Jene me sens pas toujours à l’aise, devant les informations selon lesquelles rien ne s'est passé ; Premièrement, il y a des choses dont nous savions l’existence. Deuxièmement, il y a des choses, dont nous ne savions pas l’existence. Troisièmement : Il y a des choses, dont nous ne savions pas, si elles existeraient même. Et si vous parcourez l'histoire des États-Unis, vous constaterez que le troisième type (Ne pas savoir si la chose pouvait exister même), est le plus difficile à connaître.

 

 

Livre : «Papiers de l'Afghanistan : L’histoire secrète de la guerre».

Auteur: Craig Whitlock

Editeur: New Press, New York.

Nombre de pages ; version papier : 346

Prix: Version papier : 30 dollars. Version électronique : 15 dollars.