Résultats des élections marocaines : l'Islam politique de l’éclat à l'éclipse

 

* Y a-t-il une tendance à pousser les extrémistes à occuper le devant de la représentation de l'islam politique sunnite, après l'échec des mouvements islamistes lights ? Il est trop tôt pour le dire avec certitude.

La défaite du Parti islamiste «Justice et du Développement», aux élections tridimensionnelles qui ont eu lieu au Maroc le 8 septembre, était attendue. Même sa direction s'attendait à une régression des résultats, malgré des déclarations contraires, visant uniquement à rassurer les membres et les sympathisants. Aussi, à essayer de gonfler le pourcentage de l'abstention, dans le but de réduire les résultats des concurrents.

Pourtant, personne ne s'attendait à ce que la défaite soit une chute retentissante lors des trois élections. Bien que le renouvellement des conseils communaux et villageois, et l'élection de nouveaux conseils pour les régions (12 régions) soient de nature locale, liés à des conseils ayant des pouvoirs de services accordés aux citoyens, limités à un espace géographique spécifique (ville, village ou région), la perte en elle-même fut grave. Elle concerne la mairie de grandes villes comme Casablanca, Rabat, Fès et Marrakech, en plus de l'impossibilité d'en présider une. Cela revient à priver le parti, de faire usage des services publics destinés à la population, pour attirer de nouveaux partisans et adeptes.

Bien entendu, l'échec qui a retenu l'attention des observateurs locaux et internationaux, et qui fait couler beaucoup d'encre dans l'analyse de ses causes, et de ses répercussions internes et externes, fut ce que ce parti a récolté lors de l'élection de la nouvelle Chambre des représentants, composée de 395 membres. Après avoir été la première force politique pendant dix ans avec un total de 125 sièges lors de la dernière session (2016/2021), il n'a remporté que 13 sièges lors de ces élections. La plupart grâce au nouveau quotient électoral pour calculer les plus gros votes, par rapport au nombre d'inscrits et non d'électeurs. Paradoxalement, le Parti de la «Justice et du Développement» fut le seul à refuser ce procédé

En quête de raisons objectives pouvant expliquer ce terrible échec, beaucoup ont évoqué un vote de sanction contre ledit parti, à la suite d'un ensemble de politiques menées par les gouvernements successifs qu'il a présidés. Ces politiques ont réduit économiquement et financièrement un certain nombre d'acquis sociaux citoyens, en particulier la classe moyenne. Au niveau des droits, une régression a été constitué, au lieu d'un élargissement des marges des liberté et de la démocratie.

Malgré les raisons de cette défaite cuisante, elle n'est pas due à un vote sanction, concernant la politique adoptée par le parti et les décisions qu'il a prises, uniquement, car une telle punition était censée avoir lieu en 2016. Ce type de politique a commencé avec le gouvernement de M. Benkirane (2012/2016). Mais à cette époque, le parti a pu faire passer ses sièges parlementaires de 107 à 125. La sanction devait également inclure les alliés du parti au sein du gouvernement, dont le premier est le Rassemblement national des indépendants, qui au contraire a réussi à remporter la première place, faisant passer ses sièges de 37 en 2016 à 102 actuellement.

Pour cette raison, on pense que le parti «Justice et du Développement» a subi des sanctions de deux côtés opposés, et de deux manières différentes :

Le premier aspect est populaire et spontané, à savoir, une large participation aux votes, des couches sociales insatisfaites du parti, réticentes au vote auparavant. Ce qui a porté le taux de participation cette fois à 50,18 %, sachant qu'il ait été de 42,29 % lors de la session précédente.

Quant au deuxième, il concerne des forces organisées, sous couvert religieux, en particulier le groupe Justice et Charité, qui a adressé un message négatif au parti. Car il le considérait comme étant une branche de la mouvance islamiste marocaine, la plus proche sur les plans, politiques, idéologiques, et même de classe.

Il est vrai que la position de ce groupe sur le principe même des élections n'a pas changé, car il s'est toujours interrogé sur l’utilité d’une telle pratique, doutant qu’elle puisse refléter la volonté populaire. Sauf cette fois, il a d’une manière implicite, appelé sa base au boycott, de la bouche de l’un de ses leaders, qui a déclaré : «D’une élection à une autre, le taux de boycott ne fait que grandir, car à chaque occasion, une frange du peuple est porteuse de bons espoirs. Mais à chaque fois, le désespoir ne fait que grandir, au gré de la faillite des slogans brandis...».

L'observateur des mouvements politiques religieux au Maroc, ne peut considérer cette position extrémiste, sous un angle local uniquement, sans se demander et, rechercher les extensions qu'elle pourrait avoir, et les connexions externes, d'autant plus que la chute du Parti de la «Justice et du Développement» coïncide avec ce que connaît le mouvement Ennahdha en Tunisie, parti islamiste, lui aussi, de tentatives pour l'éloigner du pouvoir, et de la chute du nombre de ses partisans. Sachant qu'ensemble, ils représentent les derniers partis islamistes au pouvoir. Hormis le Hamas qui gère les affaires de la bande de Gaza.

Au cours d'une longue discussion, avec un spécialiste Occidental de l'islam politique, au sujet du déclin des mouvements islamistes modérés populaires, il a attiré mon attention sur le fait qu'en contrepartie de ce recul, l'Afghanistan était remis sur un plateau d'or aux talibans, qui représentent une vision dure et violente de la religion, tout comme les extrémistes, et plus lourdement armés, qui se sont emparés de l'islam politique dans sa version chiite, à savoir les Houthis au Yémen et le Hezbollah au Liban, sans omettre les milices chiites actives en Irak et en Syrie.

Y a-t-il une tendance à pousser les extrémistes à occuper le devant de la représentation de l'islam politique sunnite, après l'échec de ce que cet expert a appelé les mouvements islamistes lights ? Il est trop tôt pour le dire avec certitude. Pour l'instant, il est certain qu'il existe une volonté quelque part de maintenir la région arabe et islamique dans une tension forte et continue, et dans un état d'instabilité continue.