L’Afrique entre coups d’Etat et démocratie :Sirocco et blizzard

* Est-il si facile pour à militaire, de renverser le président en exercice ?

* Le «putschiste» estime avoir renversé un pouvoir corrompu, et venu mettre de l’ordre dans une sphère politique, complètement désordonnée.

* La démocratisation de l’Afrique de l’Ouest, est totalement en panne à l’heure actuelle, à savoir, nous vivons vraiment des situations, où nous avons des fraudes électorales.

* On a parfois l'impression que seul un putsch peut libérer les populations de la prison qu'est leur pays enserré dans la mauvaise gouvernance.

* Traditionnellement, les coups d’état n’ont conduit qu’à une appropriation privée (famille, clan, ethnie, parti unique) et rentière du pouvoir. Les promesses révolutionnaires de transformation et de rupture ayant motivé l’action initiale s’effondrent rapidement.

 

TUNIS: Après le vent de démocraties, qui a soufflé sur l’Afrique, les années quatre-vingt-dix, les observateurs ont pensé que les pays du continent, ont rompu avec ces renversements, qui se sont déroulés rarement sans effusion de sang… Mais certainement avec le même lot de répression.

Depuis, les putschs et les coups d’Etats se suivent et ne se ressemble pas. Mieux (ou pire) encore, la définition de cet acte est sujet à des polémiques sas fins.

 

Des militaires… Et des putschs…

Le Guinée Conakry vient de défier la chronique. Un nième putsch qui vient renverser un président. Des questions à posteriori se posent et s’imposent : Est-il si facile pour le cas guinéen, à quiconque, le Lieutenant-colonel Mamady Doumbouya plus précisément, de renverser le 5 septembre dernier, le président Alpha Condé, qui semblaient tenir le pays, non pas d’une main de fer, mais plutôt d’acier. Et ce, suite à des élections présidentielles plus que contestées.

De même pour le colonel AssimiGoïta au Mali. Il a renversé Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), le18 août 2020 avec une aisance pareille. Même si la rue était plus active contre le président.

Une analogie entre les deux cas plus que frappante : Les des deux «putschistes» estiment chacun, avoir renversé un pouvoir corrompu, et venus mettre de l’ordre dans unesphère politique, complétement désordonnée. Mieux encore, chacun se présente toujours en défendeur des Droits de l’Homme. Encore plus frappant, il exprime la ferme intention d’instaurer la démocratie pour le bien du peuple. Avec une différence de taille : Pour le Mali, le colonel Assimi a rassuré rendre le pouvoir aux civils, en ce qui concerne le Lieutenant-colonelMamady, rien n'est encore décidé.

Chose plus étrange encore : Le colonel Assimi, en plus du putsch opéré contre IBK, a récidivéen renversant (bis) Bah N'Daw et Moctar Ouane, respectivement Président et Premier ministre de transition du 28 septembre 2020 au 24 mai 2021, date du (second) coup d’État militaire.

Reste le cas tchadien, où le litige divise encore : Le Maréchal Idriss DébyItno, qui est resté 30 de pouvoir dans un pays qui compte 60 ans d’indépendance, est mort le 20 avril 2021, à 69 ans au combat, a laissé la place à son fils, à savoir Mahamat Idriss DébyItno. Unique bémol, la Constitution du pays, prévoyait autrement.

Un coup d’Etat certes, mais «constitutionnel». Aucun coup de feu, et surtout aucun président n’a été destitué.

Alexe Kitio Kenfack, chercheur à l’Institut des sciences sociales, université de Gazi.

 

Genèse et Causes… Et conséquences

L’Afrique est-elle impropre à la démocratie. Les putschs à répétition, sont-ils une fatalité que le continent, ne peut dépasser ?

Alioune Tine, Sénégalais, fondateur du centre de réflexion Afrikajom Center, et spécialiste des organisations et les institutions en Afrique, considère que «la démocratisation de l’Afrique de l’Ouest, est totalement en panne à l’heure actuelle, à savoir, nous vivons vraiment des situations, où nous avons des fraudes électorales. Ce sont des formes, également, de coups d’État dont on parle très peu, sur lesquelles, effectivement, ni l’Union africaine ni la Cédéao ni également la communauté internationale ne disent mot. Nous avons également des formes de coups d’État constitutionnels, on change la Constitution pour rester au pouvoir et maintenant, nous avons des coups d’État militaires», avant d’ajouter que «les coups d’État militaires, c’est bruyant, c’est les galons, ça se voit tout de suite. Maintenant, un coup d’État militaire, c’est le symptôme des dysfonctionnements démocratiques, ce sont les symptômes des pathologies démocratiques. Les gens les prennent comme des remèdes, mais ce ne sont pas les bonnes réponses ! Il faut qu’on fasse attention, pour qu’on ait des institutions qui soient des institutions fortes, parce que nous avons un hyper présidentialisme, des pouvoirs absolus, des pouvoirs qu’absolument rien ne limite. C’était le cas effectivement en Guinée et résultat, c’est ce qu’on vient de voir».

Le Maréchal Idriss DébyItno.

A l’inverse, de nombreux dirigeants africains s'accrochent au pouvoir désespérément, on a parfois l'impression que seul un putsch peut libérer les populations de la prison qu'est leur pays enserré dans la mauvaise gouvernance. Alexe Kitio Kenfack, chercheur à l’Institut des sciences sociales, université de Gazi, explique que «les putschistes sont très rarement animés d'une mission en faveur du bien commun. Le pouvoir arraché, ils en font ce que les prédécesseurs en avaient fait, et souvent pire». Aussi, propose d'«ouvrir la voie à une parlementarisation de la vie politique africaine à même de construire «le minimum de consensus social» qui manque souvent aux sociétés africaines. La dernière tentative de coup d'état en date du 7 janvier 2019 au Gabon a ressuscité le débat sur une pratique qui pendant toute la seconde moitié du XXe siècle s'était presque imposée comme «mode normal» d'accession au pouvoir en Afrique», avant d’que «l que «l'Afrique serait-elle toujours en proie à la «putsch-thérapie» ? Entendue l'illusion même du putsch comme forme de thérapie et donc de solution au blocage des institutions dans un environnement africain où la démocratie et l'alternance peinent encore à s'imposer comme règles indiscutables du jeu politique. La présente réflexion vise à revisiter et à questionner cette posture pour s'en distancer en ouvrant sur des transformations politiques vertueuses à même de construire le minimum de consensus entre acteurs, seul gage de la pacification de la vie politique en Afrique. Le putsch comme arbitre institutionnel du jeu politique africain De manière générale le coup d'état ou putsch s'entend de l'usage de la force dans l'accession au pouvoir politique au sein d'un Etat, soit par action militaire, soit par une action populaire civile, entrainant le renversement illégal des dirigeants en place».

Selon ce même chercheur, «les études des auteurs Jonathan Powell et Clayton Thyne recensent 475 coups d'état dans le monde, dont un plus grand nombre en Afrique. Depuis 1950, l'Afrique aura été le théâtre d'un total de 204 putschs, dont 104 échoués, 100 réussis, et 139 complots en vue de coup d'état. Déjà, entre 1960 et 1982 près de 90% des 45 Etats indépendants d'Afrique noire avait connu l'expérience d'un coup d'Etat, faisant pratiquement de celui-ci un véritable mécanisme institutionnel d'alternance politique. De 1960 à 1999, il y a eu entre 39 et 42 coups d'état par décennie. Tandis que la décennie 2000 est seulement marquée par 22 putschs en Afrique, et que pour la décade 2010 seuls 16 sont enregistrés. La dernière tentative au Gabon au même titre que ses devancières dans la même décennie, rappelle donc au bon vieux souvenir des velléités tapies dans l'ombre».

Mahamat Idriss DébyItno

 

Quelle(s) démocratie(s)…

A la question de savoir, si l’équation entre «putschs» et «démocraties», permette de résumer la situation, Alioune Tine répond : «Exactement ! Parce qu’aujourd’hui, quand je parle du Mali, parce que je suis expert indépendant, je dis que le Mali, c’est le miroir de tous les pays, pratiquement, de l’Afrique de l’Ouest, mais c’est un miroir déformant. En réalité, ce sont des degrés totalement différents dans la crise. Il y en a qui sont très exacerbés, les autres moins… Et des crises, à la fois de la démocratie, de la sécurité, ce sont des crises régionales, qui appellent des réponses régionales qui ne sont pas encore là. Maintenant, dans le domaine de la gouvernance, franchement, les problèmes et les crises sont partout, avec la corruption qui est là, dans tous les pays, avec également une faiblesse de l’ensemble des institutions, les institutions judiciaires qui sont sur le contrôle également du pouvoir exécutif et les institutions législatives qui sont de plus en plus faibles».

 

Action contraire… Effet identique ?

Pourquoi les coups d’Etat, malgré les discours louables des putschistes, n’arrivent pas à concrétiser leurs promesses ? Alexe Kitio Kenfack considère que : «traditionnellement, les coups d’état n’ont conduit qu’à une appropriation privée (famille, clan, ethnie, parti unique) et rentière du pouvoir. Les promesses révolutionnaires de transformation et de rupture ayant motivé l’action initiale s’effondrent rapidement. C’est la théorisation de « l’Etat butin de guerre » dont l’avenir s’articule entre dépeçage et déliquescence», avant d’ajouter que «de manière générale, le sous-développement de l’Afrique, l’absence de diversification des économies, sont dus aux coups d’Etat. La spécialisation rentière dans les matières premières ou les ressources extractives a rapidement été érigé en modèle entre les mains de seigneurs de guerre au Libéria, en Sierra Leone, au Nigeria sous Sani Abacha, au Burkina Faso, en Guinée, en Libye, en Somalie et en RDC».

Le Lieutenant-colonel Mamady

Comment éviter un coup d’Etat ?

Partout en Afrique, et surtout dans les pays à «tradition putschiste», une seule et unique question, intéresse la classe politique, le pouvoir essentiellement, la société civile, les intellectuels : Comment mettre fin aux coups d’Etat.

Il faut remarquer, que même la même question est posée partout, elle n’exprime guère la même volonté. Car les pouvoirs veulent mettre fin à cette pratique pour pouvoir jouir des richesses du pays sans concurrence. Et de ce fait, la nécessité de «contre-putsch » est nécessaire, à savoir éliminer tout responsable qui semblerait «douteux»…

Tandis d’autres partent du principe que seule un élargissement du champ de la concertation dans le pays.