L'arrogance du tsar et la fragilité de l'Occident

Les peuples européens ont peut-être laissé tomber leur envie de faire la guerre et ne soutiennent donc aucune guerre qui pourrait affecter leur bien-être et leur mode de consommation, et réalisent également que la seule guerre dont ils peuvent convaincre leur opinion publique sans rejet absolu serait la guerre menée par des avions contre des groupes ou des pays sous-développés et non pas celle qui pourrait générer un conflit entre deux grandes puissances comme la Russie et l'OTAN.

 

La crise ukrainienne a révélé la fragilité de l'Union européenne face à l'arrogance de Vladimir Poutine. Elle a également révélé une fois de plus la fragilité des Occidentaux et leur faiblesse à soutenir leurs alliés face à la capacité de Poutine à déclarer sa victoire sans avoir à déclarer la guerre.

L'adhésion de l'Ukraine à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) a été reportée et Poutine a ajouté un nouveau succès à sa série de victoires.

Il est à noter que les victoires de Poutine ne sont pas dues à sa force, mais à la faiblesse de ses adversaires. La Russie, qui souffre économiquement et est soumise aux sanctions américaines et occidentales, n'est pas plus forte que l'Union européenne ou les États-Unis, mais Vladimir Poutine a la faculté de saisir les moments opportuns pour remporter des victoires au moindre coût, même si ces victoires sont formelles et renvoient à l'époque de la guerre froide qu'au XXIe siècle.

Sa photo rencontrant le président français Emmanuel Macron, séparés par une table de 4 mètres pour évoquer la crise ukrainienne, a suscité une large polémique et a été considérée comme un message diplomatique. Il s'est retrouvé devant deux options, soit accepter le prélèvement PCR effectué par les autorités russes, et lui permettre d'approcher Poutine, ou de refuser, ce qui l'obligerait à respecter des règles strictes de séparation, justifiant le refus des autorités françaises par la crainte de voir les russes obtenir l'ADN de Macron.

Non seulement la réunion a mis en exergue la violation du protocole et a démontré la fragilité de Macron face à l'arrogance de Poutine, mais a aussi été perçue comme un avertissement du président russe que si l'Ukraine, après être devenue membre de l'OTAN, cherchait à reprendre militairement la Crimée, Moscou répondrait avec force. Poutine, qui a déclaré qu'en cas de guerre conventionnelle avec l'Otan, la Russie ne serait pas en mesure de faire face aux forces des 30 pays de l'Otan, dont les États-Unis, mais aussi a rappelé à tous qu'il dispose « d’armes nucléaires ». Macron, qui n'a pas su cacher sa réaction, a répondu aux propos choquants de Poutine que la France est autorisée à mener ces négociations avec la Russie car c'est aussi un pays«capable», en référence à sa possession d'armes nucléaires.

La scène de la table a été reproduite avec le chancelier allemand Olaf Schultz, et la justification de la distanciation sociale et de la préservation de la couronne a été répétée avec lui. C’est ainsi que l'affaire a ramené à la mémoire des images de la rencontre de Poutine avec l'ancienne chancelière allemande Angela Merkel, qui souffrait de la phobie des chiens. Une rencontre au cours de laquelle Poutine est apparu avec ses chiens, l'a fait paniquer, pour se montrer confiant, fort et maître de la situation.

Et si l'on ajoute à toutes ces images la succession d'avertissements occidentaux d'une intention russe d'envahir l'Ukraine après que la Russie a mobilisé plus de cent mille soldats aux frontières de l'Ukraine, et l'appel de Washington, Londres et d'autres capitales occidentales à leurs citoyens à quitter les terres ukrainiennes avant qu'il ne soit trop tard, il devient compréhensible que certains s'attendent à ce que la guerre est imminente.

Bien que certains pensent que Poutine se venge des pratiques de l'Occident, notamment des États-Unis, après l'effondrement de l'Union soviétique, l'hypothèse selon laquelle la Russie tente d’entrainer l'Occident dans son terrain de jeu pour des négociations, ne peut être écartée. Quoi qu'il en soit, Poutine semble victorieux, il a mis l'Occident en état d’alerte et, au moins temporairement, a freiné l'idée d'une possible adhésion de l'Ukraine à l'OTAN.

Tout cela rappelle l'intervention militaire russe en Syrie aux côtés du régime de Bachar al-Assad quand Poutine a fait de la Syrie une terre brûlée et a contribué à la propagation des milices iraniennes et à leur expansion sur l'ensemble du territoire syrien, contrairement à ce qui avait été promis le jour où son intervention militaire directe a commencé. Il a exercé son droit de veto au Conseil de sécurité à plusieurs reprises, et à de nombreuses reprises sans que le monde n'essaie de trouver un moyen de le dissuader, tout comme le monde n'a pas tenté de dissuader Bachar al -Assad, le jour où il a commis des dizaines d'assassinats au Liban, ni le jour où il a perpétré ses crimes à l'intérieur de la Syrie et a tué, fait migrer et arrêté plus de la moitié du peuple syrien. Aujourd'hui, la situation ne semble pas différente, bien que l'Ukraine soit plus importante stratégiquement que la Syrie pour certains. Cependant, l'impunité est la norme et il ne semble pas y avoir d'intention sérieuse de s'opposer à l'arrogance de Vladimir Poutine.

Les peuples européens ont peut-être laissé tomber leur envie de faire la guerre et ne soutiennent donc aucune guerre qui pourrait affecter leur bien-être et leur mode de consommation, et réalisent également que la seule guerre dont ils peuvent convaincre leur opinion publique sans rejet absolu serait la guerre menée par des avions contre des groupes ou des pays sous-développés et non pas celle qui pourrait générer un conflit entre deux grandes puissances comme la Russie et l'OTAN.Toutes ces considérations contribuent à faire de la Russie un empire militaire plus fort en termes de volonté de guerre là où il n'y a pas d'opinion publique capable de renverser le gouvernement et où le peuple est gouverné par ce que veut le tsar.

Le monde a connu les résultats désastreux du fascisme avec plus de cinquante millions de victimes, et des villes entières détruites, l’on se demande où peut mener une nouvelle phase du fascisme, d'autant plus qu'il n'y a aucun signe de résistance ?