L’Afrique et la crise de l’eau: La goutte d'eau qui fait «vider» le vase

Le continent reste confronté à une crise de l'eau
Pénurie d'eau en Afrique

* Le nombre de ceux et celles qui ne peuvent assurer leurs besoins de ce liquide magique, est en hausse… Aussi bien pour les besoins domestiques, que l’agriculture et l’industrie, sans oublier le rôle des lacs, dans le sauvegarde de l’équilibre environnemental…

* La société de consommation a fortement modifié les habitudes alimentaires, privilégiant la viande, mais aussi celles de produits dont la fabrication demande beaucoup d’eau.

* Certains pays du tiers-monde surtout, ont procédé à la privatisation des opérateurs actifs dans le domaine de l’eau, sous prétexte que la gestion qu’apporte le secteur privé est meilleure que celle opérée depuis la vague d’indépendance….

* Sur le plan international, spécialement dans les pays «avancés» la situation est nettement meilleure au niveau de l’infrastructure, mais le problème est autre. La «marchandisation» de l’eau, déjà entamée, a placé ce «produit (plus que) stratégique» au cœur des machines de spéculation…

* Tout laisse croire que si rien n'est fait, la situation ira de mal en pis, en raison de la pression démographique, de l'urbanisation rapide et d'activités industrielles polluantes.

Parmi les images qui collent à l’Afrique, et même s’incrustent pour devenir une représentation du continent noir, vient en premier celle de la sècheresse omniprésente, récurrente, et surtout ouverte sur une famine, qui a toujours engendré toujours de pertes humaines, mais aussi une malnutrition qui a marqué plusieurs générations… Les sécheresses chroniques et à répétition, posent la question de l’eau, ou pour plus de précision son manque, sa gestion, et en plus général les défis ainsi que les conséquences qui commencent à se formuler d’une manière très lisible…

La question de l’eau est de plus en plus complexe…. Le nombre de ceux et celles qui ne peuvent assurer leurs besoins de ce liquide magique, est en hausse… Aussi bien pour les besoins domestiques, que l’agriculture et l’industrie, sans oublier le rôle des lacs, dans le sauvegarde de l’équilibre environnemental…

Un rapport l'ONU, considère que «la situation n'est pas rassurante», notamment, car «deux personnes sur cinq dans le monde vivent dans des régions où l'eau est rare».

L’absence de l’eau… L’avènement de la sécheresse…

Selon cette même source, seulement 30% de la population d'Afrique subsaharienne a un accès à une source d'eau potable. Ce sont donc des centaines de millions de personnes qui boivent, se lavent et cultivent avec de l'eau de mauvaise qualité, et pourtant l'Afrique ne manque pas d'eau. Quel impact dans votre vie quotidienne ? Comment améliorer l'accès à l'eau ? 

L'UNESCO vient de publier un rapport mettant en exergue le potentiel des eaux souterraines susceptibles de générer des bénéfices sociaux, économiques et environnementaux, à condition qu'elles soient gérées de façon durable. Mais aussi pour avertir les ressources en eaux souterraines «passent trop souvent inaperçues ou sont ignorées» et les réserves mondiales sont souvent mal gérées, sous-évaluées et exposées à des risques de pollution.

 

Au-delà des frontières…

Il va sans dire qu’aucun pays ne peut résoudre l’épineuse question de l’eau toute seule, car les racines de cette crise, dépassent toujours les frontières politiques. Mais aussi, aucun pays ne dispose de moyens qui lui offrent cette résolution….

Sans oublier que toute quête d’un pays à s’assurer sa propre solution, va entrainer des réactions hostiles de la part des voisins, et même au-delà… Comme est le cas, entre l’Ethiopie d’une part, et l’Egypte et le Soudan d’autre part…

De ce fait, poser la question de l’eau en Afrique, revient à analyser les rapports entre les pays africains en premier….

De même, investir dans toute infrastructure aquatique, revient à dresser des plans qui s’étalent sur plusieurs décennies en premier. Aussi, et non moindre, disposer de financements forts colossaux, en ce temps de crises, aussi bien sanitaires (Covid-19), que politiques (la guerre en Ukraine), sans oublier les problèmes d’ordre structural, qui gangrènent l’économie mondiale…

Selon les estimations, la population devrait augmenter de 33% en 2050, entraînant une augmentation de 70% de la demande alimentaire.

Le fil des bidons s’allongera encore et encore…

La société de consommation a fortement modifié les habitudes alimentaires, privilégiant la viande, mais aussi celles de produits dont la fabrication demande beaucoup d’eau.

Selon l’OMS, le minimum vital est de 20 litres d’eau par jour et par personne, alors qu’en moyenne un Indien consomme 25 litres d’eau par jour, un Français 143 litres, et un Américain près de 300 litres.

Si la tendance actuelle à l'augmentation des prélèvements en eau se poursuit, entre la moitié et les deux tiers de l'humanité seront en situation de stress hydrique en 2025. De plus en plus de personnes risquent d'être touchées par le manque d’eau. Aujourd’hui, c’est le cas d’environ 50 % de la population, en 2050, ce sera 66 %.

 

L’eau est un droit ou une marchandise ???

La réponse à cette question dépasse le cadre purement «aquatique», pour se poser en un des sujets de divergences, aussi bien aux niveaux politiques qu’économiques. Certains pays du tiers-monde surtout, ont procédé à la privatisation des opérateurs actifs dans le domaine de l’eau, sous prétexte que la gestion qu’apporte le secteur privé est meilleure que celle opérée depuis la vague d’indépendance….

Par exemple, dans plusieurs quartiers de la capitale sénégalaise Dakar, des enfants et même des femmes, portent des seaux et des bassines en quête d’eau. Il faut rappeler que le réseau de distribution de l’eau, dans cette ville, est vétuste. Situation qui entraine des pertes considérables, mais surtout un relâchement quasi-interrompu, de la pression. Les plus fortunés ont investi dans des réservoirs et des surpresseurs…. Ainsi, les plus pauvres peuvent rester, même dix jours sans recevoir une seule goutte d’eau….

Il suffit de changer le nom de la ville, pour constater grosso modo, les mêmes images. Avec des variables qui ne peuvent en aucun cas, remettre en cause l’équation dans sa totalité….

Seule vérité : Des décennies de mauvaise gestion, négligence, et surtout de sous-investissement, ont causé une dégradation des réseaux existants…

Sur le plan international, spécialement dans les pays «avancés» la situation est nettement meilleure au niveau de l’infrastructure, mais le problème est autre. La «marchandisation» de l’eau, déjà entamée, a placé ce «produit (plus que) stratégique» au cœur des machines de spéculation…

Bernard Barraqué, directeur de recherche émérite en politique publique de l’eau au CNRS.

La Bourse de Chicago, a été le lieu de naissance le 7 décembre 2020, de ce que restera dans les annales des matières premières, à savoir, le premier marché à terme de l’eau…. Un marché qui fixe le prix de l’eau à l’horizon de plusieurs mois ou années. Le prix varie peu depuis septembre dernier et tourne autour de 500 dollars par acre-pied, soit un volume de 1,2 million de litres.

Il faut rappeler que cette question, à savoir la marchandisation de l’eau taraude depuis au moins 20 ans les esprits des «experts», qui planchent sur l’avenir de l’eau sur les marchés financiers.

La Coalition Eau et les 250 Ongs qui la composent, dénoncent «un glissement dangereux vers la financiarisation de la nature». Ces organisations ont peur qu’une «spéculation massive, et une augmentation rapide des prix de l’eau», au détriment du droit le plus fondamental, celui d’un accès à l’eau pour tous.

Pour Bernard Barraqué, directeur de recherche émérite en politique publique de l’eau au CNRS (France) : «L’eau ne sera jamais une matière première comme les autres. De fait, elle représente aujourd’hui seulement une infime partie de la ressource qui fait l’objet de marchés. Il s’agit d’un marché très régional aux États-Unis», avant de préciser que : «C’est un garde-fou, destiné à mettre un terme aux ventes d’eau sauvage qui existaient à cause des sécheresses. Autrement dit, un moyen d’encadrer les prix et éviter qu’ils ne montent en cas d’incendie par exemple».

Le 9ème Forum mondial de l'eau.

 

L’action internationale : Mythe et mirage…

Le 9ème Forum mondial de l'eau, qui s’est tenu entre le 21 et le 26 mars 2022, à Diamniadio, proche de Dakar, la capitale sénégalaise, est l’archétype de l’action internationale en matière de l’eau…

Cette manifestation internationale, qui se tient tous les trois ans, a vu le jour en 1997 à Marrakech (Maroc). 25 ans après, elle revient en Afrique. Plus précisément dans la capitale d’un pays de l'Afrique subsaharienne, sous le thème : «La sécurité de l'eau pour la paix et le développement».

A quoi peuvent s’attendre, de ce Forum, des centaines de millions de personnes à travers le monde, et plus précisément en Afrique, et surtout ceux qui n’habitent qu’à quelques kilomètres du lieu de la tenue de cette manifestation, à qui manque l’eau d’une manière cruciale ???

Certes, un mois après la tenue, personne ne peut demander des comptes, ou exiger un bilan, mais peut à la lumière des promesses annoncées, comparées au réalisations réelles des huit autres rendez-vous, dresser une image assez claire, qui dépasse le cadre de ce Forum, pour constater, par exemple que la corvée d'eau dans les foyers, est «mal répartie également (…) Les femmes et les filles passent plus de 200 millions d’heures par jour, à chercher de l’eau», selon les propos même du chef de l'État Sénégalais, MackySall, prononcés lors de la cérémonie d’inauguration de ce 9ème rendez-vous. Ce même président ajoute que «2,1 milliards de personnes sont contraintes de consommer de l’eau polluée et 80 % des eaux sont rejetées dans la nature sans aucun traitement, mettant en péril la santé et la vie de 4,5 milliards d’individus», et il a conclu par une mise en garde : «Tout laisse croire que si rien n'est fait, la situation ira de mal en pis, en raison de la pression démographique, de l'urbanisation rapide et d'activités industrielles polluantes».

Par contre, l’espoir est grand, selon le président du Conseil mondial de l’eau, Loïc Fauchon, pour qui «l’événement [Le 9ème Forum mondial de l'eau] mettra l’accent sur quatre priorités, notamment la sécurité de l’eau et de l’assainissement, l’eau pour le développement, la coopération, les outils et moyens incluant les questions cruciales du financement, de la gouvernance, de la gestion des connaissances et des innovations», avant d’ajouter que «l'eau est l'élément le plus précieux et le plus essentiel de la nature, et pourtant le plus fragile. Notre planète est pleine d’eau et pourtant beaucoup de ses habitants ont soif. Cela est particulièrement vrai en Afrique. Un continent riche en ressources et surtout en compétences, en passion et en énergie pour les enfants, les femmes et les hommes qui y vivent, mais qui souffrent de la pénurie d’eau».Pénurie d'eau en Afrique