La Syrie d'Assad criminalise la torture... Une comédie noire

* Al-Assad est devenu un expert, sinon le plus grand spécialiste, de l'impunité : attend-on vraiment de lui plus de décisions qui ne valent pas l'encre avec laquelle elles ont été écrites ? Pourquoi sera-t-il différent aujourd'hui de ce qui qu’il était après l'accord sur les armes chimiques ?

 «Ce n'est pas un poisson d'avril, la Syrie, où la torture est monnaie courante, a adopté une loi criminalisant la torture.» C'est ainsi que Human Rights Watch s'est moqué de la loi criminalisant la torture promulguée par le président syrien Bashar al-Assad.

Dans un acte qui a suscité l’ironie de nombreux Syriens qui l’ont considéré comme un déni de la réalité, Al-Assad a promulgué une loi condamnant d'une peine d'emprisonnement d'au moins de huit ans « toute personne qui a commis, participé ou incité à la torture, que ce soit pour obtenir des aveux ou pour réaliser des objectifs personnels, matériels ou politiques ou pour se venger ». Et est aussi « condamné d’une peine de dix ans celui qui pratique la torture contre un employé à cause de ses fonctions. »

Dans la Syrie d'Al Assad, entre 2011 et 2021 où plus de 14 537 personnes sont mortes sous la torture, et dont le régime est responsable à 98 % d'entre elles selon un rapport spécial du «Réseau syrien pour les droits de l'homme», un décret a été émis pour criminaliser la torture.

Dans cette Syrie, d’Al Assad, un militaire surnommé «César» qui a déserté, a fuité en août 2013, 53 275 photos de milliers de détenus morts sous la torture dans les prisons et les centres de détention d'Al-Assad.

Dans la Syrie d'Al-Assad, où des milliers de familles enquêtent encore sur le sort de leurs enfants disparus à travers ces images et où certains pères, qui, en examinant de près les photos des cadavres à la recherche des traits restants qui pourraient leur permettre d’identifier leurs fils, leurs cœurs ont lâché et ils sont morts sur le tas de photos car ils ne pouvaient pas supporter toute cette atrocité.

En Syrie où Bachar Al-Assad, qui, au début de la révolution, a refusé de passer en justice le général de brigade AtefNajib, chef de la sécurité politique à Daraa et cousin de Bachar Al-Assad, pour ses crimes de torture et son humiliation des vieux de Darra et de leurs enfants.

Dans la Syrie d'Al-Assad, qui commémore, après quelques semaines, l'anniversaire du massacre d'al-Bayda à Baniyas, où des enfants, des femmes et des hommes qui ont été massacrés à l'arme blanche par les forces du régime, ce n'est pas l’uniquemassacre dans lequel le régime a utilisé des armes blanches pour égorger des familles entières.

Dans la Syrie d'Al Assad, qui commémore aussi ces jours-ci le souvenir du massacre de Khan Sheikhoun, au cours duquel des dizaines de personnes, pour la plupart des enfants, ont été mortes asphyxiées par les gaz chimiques, après des années de livraison des armes chimiques.

Dans la Syrie d'Al Assad, qui a besoin de milliers de pages pour décrire les atrocités et les crimes commises par Al-Assad et ses forces ainsi que les milices étrangères auxquelles il a fait  appel pour participer au meurtre et à la torture des Syriens, personne, en particulier les Syriens, ne peut admettre la décision de criminaliser la torture qu’avec une ironie mêlée à de douleur.

Dans les prisons d'Assad, il y a encore des dizaines de milliers de détenus et de personnes disparues, dont le sort de la plupart d’entre eux demeure inconnu. On ne sait pas s'ils sont vivants ou morts. Bien que la loi qui a été promulguée ne prévoie pas de réparation pour les anciennes victimes de torture, personne ne se fait l'illusion que la loi en question mettra fin à la torture ou rendra justice aux victimes de la torture.

La Syrie d'Al-Assad a adhéré à la Convention contre la torture en 2004, mais l'adhésion à la convention et à ses dispositions n'a pas empêché le régime d'Al-Assad de continuer  de torturer à mort des dizaines de milliers de Syriens.

Et Al-Assad, qui a dit en 2017, en réponse à la question d'un journaliste :«Je suis au palais présidentiel, je ne vis pas en prison, et je ne sais pas ce qui s'y passe, mais je sais ce qui se passe en Syrie beaucoup plus qu'Amnesty International, qui fonde ses rapports sur des allégations», ne se soucie pas de ce que les Syriens subissent à l'extérieur et à l'intérieur des prisons, mais il est le premier responsable de leur tragédie. Et conclure des accords avec lui ne l'a pas arrêté, et l'exemple le plus clair est l'accord chimique que le président américain Barack Obama a conclu avec le régime d'Al-Assad par l'intermédiaire des Russes, après que ce dernier a utilisé des armes chimiques et tué des centaines de personnes, alors Obama a ignoré la ligne rouge qu'il a tracée lui-même, pourtant Assad n'a pas cessé d'utiliser des armes chimiques contre les Syriens pourtant internationalement interdit.

Aujourd'hui, bien que certains pensent qu'Al-Assad a pris la décision de criminaliser la torture pour des raisons extérieures, en particulier après que les Pays-Bas ont annoncé en 2020 qu'ils avaient informé le régime syrien de leur intention de le tenir responsable des graves violations des droits de l'homme, en particulier la torture, en vertu de la «Convention des Nations Unies contre la torture», à laquelle le Canada a adhéré en 2021 et que HumanRights Watch a décrit comme une étape importante qui pourrait conduire à ce que le régime soit poursuivi devant la Cour internationale de justice.

Pourtant, Al-Assad est devenu un expert, sinon le plus grand spécialiste, de l'impunité : attend-on vraiment de lui plus de décisions qui ne valent pas l'encre avec laquelle elles ont été écrites ? Pourquoi sera-t-il différent aujourd'hui de ce qui qu’il était après l'accord sur les armes chimiques ?

N'est-il pas le même BacharAl-Assad qui a justifié au début de la révolution le meurtre de manifestants en disant que la Syrie n'a pas de balles en caoutchouc, et donc les forces de sécurité sont obligées de tirer à balles réelles ? N'est-il pas le même BacharAl-Assad, toujours prêt à faire des concessions à tous les pays du monde, sauf au peuple syrien ? N'est-il pas le même qui n'a pas répondu aux appels des manifestants Syriens de libérer les enfants et qui a rendu l'enfant Hamza al-Khatib à sa famillele corps mutilé après avoir été torturé à mort? Mais un simple écrit du ministère néerlandais des Affaires étrangères l’a fait criminaliser la torture pour couvrir d’une nouvelle feuille de murier le toupet de son régime?

C'est une comédie noire, et nous n'avons qu'à imaginer un Hitler publiant un décret criminalisant l'antisémitisme.