Crise politique en Tunisie.. C’est quoi après la Dissolution de l’Assemblée des Représentants du Peuple

Clap de fin pour Ennahdha et ses alliés
Kaïs Saied présidant le Conseil de sécurité nationale après avoir annoncé la dissolution du Parlement.

*Le Président tunisien a annoncé la dissolution de l'Assemblée des représentants du peuple, considérant que ce que ce Parlement suspendu avait fait une « tentative de coup d'État ratée ».

*Le parquet près du Tribunal de première instance de Tunis a ouvert une enquête contre les députés du Parlement dissous concernés par l'affaire du complot contre la sûreté de l'Etat, a fait savoir le service d'information du Tribunal.

Tunis: Mercredi 30 mars, 121 députés dont les activités ont été gelé le 25 juillet 2021 par le président Kais Saied, ont organisé une plénière virtuelle du parlement et ont voté une « loi annulant les mesures d'exception du président Saïed. Cette plénière a connu la participation principalement de trois groupes  parlementaires, Ennahdha, Qalb Tounes et Al Karama, en plus de certains députés d’Attayar et du bloc de la réforme, soit un total d’environ 121 députés, tous opposés aux mesures édictées par le président tunisien le 25 juillet 2021. Cette manœuvre politique qui visait à troubler les institutions de l’Etat et à semer la zizanie dans les forces militaires et sécuritaires avait pour but de faire vaciller le régime en place. Dans la soirée même, le chef de l’Etat tunisien a réuni le Conseil national de sécurité pour dénoncer « un coup d’Etat avorté » et a promis de poursuivre tous ceux qui ont monté ce stratagème visant à « troubler l’ordre public et à s’emparer du pouvoir ». 

Le Parlement est dissout

Le président tunisien a, à cet effet, annoncé la dissolution de l'Assemblée des représentants du peuple, considérant que ce Parlement suspendu avait fait une « tentative de coup d'État ratée». Cette dissolution avait pour but « de préserver l'État et ses institutions», a-t-il expliqué. Dénonçant la question, il a déclaré: «Ils manipulent les institutions de l'État et dénigrent le peuple après l'avoir affamé et maltraité. Saïed a souligné que « toutes les mesures requises par la responsabilité historique de préserver la patrie seront prises, et nous nous conformerons aux lois et respecterons les libertés».

Rached Ghannouchi s’apprêtant  à entrer au siège de la brigade nationale antiterroriste où il sera entendu.

Il est à noter que conscients de la gravité de ce processus et de voir deux parties se disputer la légitimité, plusieurs partis et personnalités politiques se sont opposés à la tenue de cette plénière. A commencer par le Parti Destourien Libre (PDL) qui a averti le président de la République contre les risques de voir «la Tunisie perdre son indépendance et sa souveraineté » en passant par le Mouvement du Peuple qui a mis en garde contre une intention de Rached Ghannouchi de diviser les Tunisiens et de mettre en place «un scénario libyen».Dans le même sillage, Afek Tounes a exprimé «son refus catégorique de tout retour au système ayant été en place avant le 25 juillet», appelant Rached Ghannouchi à « respecter la volonté du peuple tunisien et d’arrêter immédiatement ses tentatives de disloquer l’unité de l’Etat ».

Pour sa part, le député du Courant Démocratique, Hichem Ajbouni a considéré que la présence de Rached Ghannouchi sur la scène politique compliquait la situation. Il a estimé que l’ordre du jour de la plénière devait inclure la démission de Rached Ghannouchi de la présidence du parlement, comme une issue à cette crise.

Quant à l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), elle a exprimé son refus de tout retour à l’avant 25 juillet, mettant en garde contre les tentatives de division des Tunisiens.

Une enquête

Suite à la décision de dissoudre le Parlement, le parquet près du Tribunal de première instance de Tunis a ouvert une enquête contre les députés du Parlement dissous concernés par l'affaire du complot contre la sûreté de l'Etat, a fait savoir le service d'information du Tribunal.

Dans un communiqué publié, le service d'information a ajouté que le doyen des juges d'instruction au parquet a été chargé de cette affaire.

Selon la même source, les enquêtes sur l'affaire du complot contre la sûreté de l'Etat, ouvertes sur ordre de la ministre de la justice, ont été achevées et l'affaire a été soumise à la brigade nationale antiterroriste.

Il est à noter dans ce cadre que le 1er avril courant, la brigade antiterroriste a convoqué sept députés dans le cadre de cette affaire, dont le président et du Mouvement Ennahdha et du Parlement dissous Rached Ghannouchi mais qui sont restés en état de liberté.

Etant donné que cette mesure n’était pas à la hauteur des chefs d’inculpation graves, le président de la République Kais Saied a convoqué la ministre de la justice, Laila Jaffal, au Palais de Carthage. Au cours de cette rencontre, le président de la République a critiqué l'inaction du parquet concernant ce qu'il a qualifié de « tentative de coup d'Etat ».
Le président a déclaré que « des individus ont perpétré une tentative de coup d'Etat, sans qu'ils soient arrêtés », estimant que le ministère public devrait prendre les mesures nécessaires suite à l'annonce de la création d'un parlement et d'un gouvernement de Salut national par des personnes résidant à l'étranger.

 

Tunis hausse le ton 

Suite à la décision de dissoudre le Parlement et de traduire en justice les députés accusés, la réaction de certaines capitales a été qualifiée d’ingérence par Tunis qui s’attache à sa souveraineté. En effet, l’Union Européenne, les Etats Unis et même la Turquie ont exprimé leur «préoccupation» par la dissolution du Parlement.

Pour contrecarrer ces pressions diplomatiques, Kais Saied a annoncé, il y a quelques jours, les contours de son projet politique qui sera validé, ou pas, par le biais d’un référendum le 25 juillet prochain. Il a annoncé que conformément aux résultats de la Consultation nationale, le scrutin uninominal majoritaire à deux tours sera adopté lors des prochaines élections législatives. En effet, changer le régime politique, modifier le système d’élection et donner lieu à un véritable parlement patriotique, tel est le principal projet politique de Kais Saied.

Un scrutin uninominal à deux tours

Suite à l’annonce présidentielle, plusieurs partis politiques ont réagi pour exprimer leurs positions quant à l’éventuelle adoption de ce type de scrutin.  Cependant, plusieurs partis politiques ont appelé le Chef de l’Etat tunisien à engager un dialogue nationale pour mettre fin à la crise. Ainsi, le Parti al-Joumhouri a estimé qu'il n'y a pas d'alternative à un dialogue national associant les différentes franges politiques et civiles pour parvenir à une issue à la crise qui ne cesse de s'empirer de jour en jour en l'absence d'une vision claire capable d'appréhender comme il se doit les problèmes du pays.
Pour sa part, le parti «Tunisie en Avant » a dénoncé le « recours du mouvement Ennahdha et ses alliés aux puissances étrangères», pointant une «violation flagrante de la souveraineté nationale et de l'indépendance de décision ».
Dans le même sillage,  le processus du 25 juillet ne peut réaliser ses promesses et répondre aux attentes des Tunisiens que s'il s'engage réellement dans un partenariat actif avec toutes les forces vives qui le soutiennent, estime le Mouvement Echaab.

 

Dans le même ordre d’idées, Leïla Chraïbi, présidente d’ATIDE (Association tunisienne pour l'intégrité et la démocratie des élections), a indiqué à La «Majalla» que « La société civile appelle à accélérer les concertations élargies sur les prochaines échéances électorales pour une préparation optimale aux législatives annoncées par le président de la République et qui auront lieu après l'organisation d'un référendum prévu le 25 juillet 2022».

Le secrétaire général de Mourakiboun, Seifeddine Abidi, a insisté pour sa part dans une déclaration à Majalla, sur « la nécessité de tenir compte des différentes propositions présentées par la société civile et les partis politiques relatives à l'amendement de la loi électorale et aux décrets-lois sur les prochaines échéances».

Mais quoi qu’il en soit,  le président de la république tunisienne continue à être à la tête des sondages avec 76% des intentions de vote selon les chiffres présentés par Emrhod Consulting, commandé par Business News et Attessia.