Artistes Africains et Covid-19 : Le virtuel, réellement amer

Les métiers artistiques ont déjà souffert d’Internet
Stand Together

* Les métiers artistiques ont déjà souffert d’Internet. La piraterie sans limites, surtout dans des pays, où la notion de «droits d’auteurs» ne fait pas bonne figure.

* Le Covid-19 a été brusque, brutal, et surtout général, à savoir, qu’il a touché les artistes dans leurs modes de communiquer leurs productions, mais la société entière, économiquement en premier, mais surtout, et non-moindre psychologiquement.

* Les artistes, rêveurs par nature peuvent espérer, mais la réponse des experts, assure que le Covid-19 laissera des séquelles.

* L’inspiration est revenue et c’est tout ça qui va se retrouver, en tout cas personnellement, dans mon prochain album.

Si les dirigeants du monde entier, sans aucune exception, les pays riches comme les pays pauvres, les grandes puissances comme les petits Etats, ont adopté les rencontres à distance pour décider de l’avenir du monde. Eux, qui ont toujours converti les rencontres et les sommets, en occasions pour une communication tous azimuts. Que peuvent trouver les autres catégories de raisons pour refuser cette nouvelle «mode» qui s’est imposée à force des choses, aussi bien pour ceux et celles qui ont adopté, bon gré mal gré, le télétravail.

Les métiers artistiques ont déjà souffert d’Internet. La piraterie sans limites, surtout dans des pays, où la notion de «droits d’auteurs» ne fait pas bonne figure. Le confinement, et même la période post-confinement, n’ont pas rendu à la vie artistique son auréole.

Ici et là, partout dans le monde, les formes artistiques, qui se basent sur le spectacle, à savoir, théâtre, cinéma, danse et chant, de toute forme, ont souffert partout dans le monde. Nuances, dirait plus d’un artiste, surtout vivant dans un pays, où l’art ne jouissait de tous les titres de nobles, qu’on lui attribue, essentiellement sur le continent noir.

Didier Awadi, musicien et rappeur sénégalais.

Nager en eaux troubles…

Si Internet avec le piratage qui spolie les artistes, s’est installé petit à petit, de quoi laisser du temps, aux intéressés d’avaler la pilule, le Covid-19 a été brusque, brutal, et surtout général, à savoir, qu’il a touché les artistes dans leurs modes de communiquer leurs productions, mais la société entière, économiquement en premier, mais surtout, et non-moindre psychologiquement. De quoi, influer triplement sur tous les secteurs artistiques.

Sous ces cieux sombres, un soleil commence à dégager l’horizon, les restrictions ne sont plus les mêmes, à des degrés différents d’un pays africain à un autre. Mais l’espoir existe, de quoi poser une question plus que cruciale : «peut-on faire du Covid-19 une parenthèse qu’on ferme à jamais ?»

Les artistes, rêveurs par nature peuvent espérer, mais la réponse des experts, assure que le Covid-19 laissera des séquelles. Alors, qui souffrir plus que les autres, ou en plus optimiste : Qui arriveront à tirer leurs épingles du jeu ?

Les plus optimistes et/ou les moins pessimistes diront que le tableau n’est guère aussi triste. Des inconnus (dans le vrai sens du terme) du grand public, ont pris la peine de créer, et mettre leurs œuvres sur le net, avec un succès foudroyant pour certains. Certes, ces exemples ne courent pas les rues (ou plutôt Internet), mais néanmoins, tout est possible. A savoir convertir la catastrophe en opportunité.

A ce niveau Didier Awadi, musicien et rappeur sénégalais avoue qu’«il a dû trouver des moyens détournés pour exercer son art dans des conditions inédites», avant de préciser : «On a créé pour notre part une émission télé, où on jouait de la musique, on créait, mais ce n’est pas facile parce qu’il y a eu beaucoup de dates qu’on a perdues, un peu partout des tournées, on n’a pas gagné autant, mais on a pris du plaisir».

Cet artiste évoque à la fois, l’obligation de reconnaitre la nouvelle réalité, le génie de créer, l’amertume suite à l’annulation des concerts programmés surtout. Sans oublier l’éternel plaisir de créer.

Malgré l’amertume, l’espoir reste de mise, cet artiste revient avec un nouvel album prochainement, comme il espère : «Là, on espère que les affaires vont reprendre, que les tournées justement avec un nouvel album, ça va ouvrir des portes et en tout cas on espère que le nouvel album sera disponible d’ici le mois de mai, on y travaille ! C’était tellement dur qu’on a même eu le syndrome de la feuille blanche, c’était compliqué… Aujourd’hui, l’inspiration est revenue et c’est tout ça qui va se retrouver, en tout cas personnellement, dans mon prochain album».

Pas de désert, mais des oasis…

Certains artistes, et même beaucoup pour certains, parmi eux des Stars, n’ont pas chômé, et surtout n’ont pas oublié les rendez-vous incontournables, à l’instar de la journée du 18 juillet dédiée à la célébration de l’icône de la lutte anti-apartheid, Nelson Mandela, la chanson «Stand Together» co-enregistrée par 10 artistes africains, qui sont parmi les plus suivis : TuBaba (Nigeria), Ben Pol (Tanzanie), Teni (Nigeria), YemiAlade (Nigeria), Amanda Black (Afrique du Sud), Stanley Enow (Cameroun), Gigi la Mayne (Afrique du Sud), Prodigio (Angola), Betty G. (Ethiopie) et Ahmed Soultan (Maroc). Ils chantent «Stand Together» qui se veut un puissant appel à la mobilisation face à la pandémie.

Fredy Massamba, chanteur congolais.

L’art, outil de sensibilisation…

Dix artistes urbains sénégalais, en association avec l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) et la délégation de l'Union Européenne, ont peint le monde après la pandémie sur les murs de Dakar, la capitale du Sénégal, afin de sensibiliser la population, y compris les jeunes, à la COVID-19 et à la solidarité qui doit être démontrée au milieu de la crise.

Sur les murs de l'hôpital Dalal Jamm à Guédiawaye et de l'université Cheikh Anta Diop à Fann, deux des quartiers les plus fréquentés de la ville, des graffitis fraîchement peints rappellent les valeurs de solidarité, de paix et de résilience qui devraient prévaloir au milieu de la pandémie. Les artistes urbains ont décidé de s'associer à la lutte contre le Coronavirus avec une approche différente.

Un des graphistes du projet Dieynaba Sidibé, également connu sous le nom de Zeinixx, considère : «Mon message aux jeunes est de rester fermes, nous ne devons pas relâcher nos efforts pour respecter les mesures de barrières et nous devons dire que c'est dans notre propre intérêt. Battons-nous jusqu'au bout pour que nous puissions tous nous en sortir ensemble».

Plusieurs artistes ont prêté leurs voix pour sensibiliser sur les mesures barrières. C’est le cas par exemple de Fredy Massamba. L’artiste d’afro-soul de renommée internationale, d’origine congolaise, a repoussé la date de sortie de son 3e album pour revisiter son répertoire afin d‘être en phase avec le contexte difficile de Covid-19. Il a participé par ailleurs à une journée de rencontres et de débats sur les réseaux sociaux organisée dans le cadre de la Journée mondiale de l’Afrique parrainée par l’artiste sénégalais Youssou N’Dour.

Fredy Massamba considère : «A cause, du confinement plusieurs spectacles ont été annulés. J’ai dû par exemple repousser une centaine de dates, en rapport avec la sortie de mon troisième album qui d’ailleurs a subi quelques modifications vu le contexte actuel de Coronavirus. Un artiste se doit de faire l‘écho du monde qui l’entoure, et donc c‘était aussi le moment de se remettre en question. Mais un mal pour un bien comme on dit, le confinement a aussi servi à quelque chose, parce que j’ai pu me réinventer, faire des choses que je n’avais pas le temps de faire, écouter de nouvelles révélations musicales africaines, comme se rapprocher encore plus des membres de ma famille. Et même profiter de l’environnement qui s’améliore vu la réduction du taux de gaz à effet de serre dans le monde. Mais, je suis également impatient de retrouver mon public au Congo pourquoi pas pour un spectacle de grande envergure».

Une voix du Tchad, à savoir, qu'Aché Ahmat Moustapha (également connu sous le nom d’AchéCoelo) a prêté sa voix à une vidéo sur la prévention contre le coronavirus. Pour cette femme énergique de 34 ans engagée pour les droits de femmes en Afrique, le Covid-19 «n’est pas un petit virus». «Mes frères et sœurs, le monde est à l’arrêt à cause du coronavirus».