L'Amérique et l'ordre mondial : contenir l'insurrection pour maintenir la domination

* Consciente que Washington est incapable à elle seule de contenir la férocité du dragon chinois, elle a cherché à s'entourer d'alliances qu'elle a récemment conclues, dont la première est la coalition QUAD avec l'Inde, le Japon et l'Australie.

Depuis la fin des années 90 du siècle dernier, les États-Unis d'Amérique ont ressenti un agacement international résultant des effets de leur suprématie au niveau mondial et la manifestation des signes de rébellion contre leur gestion et leur traitement des questions politiques, économiques, sécuritaires et environnementales dans le monde ainsi qu’à travers certaines opérations militaires entreprises par Washington dans un nombre de régions, tels que les frappes aériennes contre l'hôpital Chifa au Soudan et les bases d'Al-Qaïda en Afghanistan en 1998 ou l'opération Desert Fox contre l'Irak la même année.

Ce qui donne l’impression que Washington saisit toute occasion pour afficher sa puissance et étendre son influence afin de dissuader ou de mater toute contestation ou rébellion qui s’élèverait contre sa domination unipolaire.

Mais la meilleure occasion pour réaliser une  grande démonstration de force, quantitativement et qualitativement, qui puisse être admise et non critiquée du moins à première vue, viendra d’une Amérique baignant du sang de ses citoyens, après avoir été exposée pour la première fois, en 1941, à l’attaque de Pearl Harbor ou encore l'attentat du World Trade Center à New York le 11 septembre 2001 au cœur de sa cité.

Washington considérait ces attentats comme un ciblage terroriste des symboles de la puissance son empire financier et une révélation des failles de son système de sécurité qui nécessitait une réaction majeure à travers laquelle le pays affiche l'énormité de sa puissance et les nouveautés de ses usines de guerre. C'est ce qu'elle a fait en Afghanistan pour renverser le régime des Talibans qu'elle tenait pour responsable de la protection et de l'hébergement des cerveaux des attentats de New York, puis en Irak, en renversant le régime de Saddam Hussein et en occupant le pays et en remodelant son système politique selon les désidératas américaines.

Malgré l'horreur des massacres et l'énormité des pertes humaines et matérielles qu'il a laissé derrière lui, Washington n'a pas atteint la dissuasion requise, mais a plutôt transformé la «vague de sympathie spontanée et sans réserve au lendemain du 11 septembre 2011 en une vague d’hostilité envers l'Amérique », comme le soulignent Stephen Halper et Jonathan Clark dans leur livre « Exclusivité américaine : Le néo conservatisme et le nouvel ordre mondial ».

D'où l'étincelle de la contestation contre l'arrogance américaine, qui s'est manifestée à deux niveaux :

* Un niveau régional limité qui s’est cristallisé au Moyen-Orient, où les capacités iraniennes de brouillage des projets américains et des alliés de Washington dans la région se sont intensifiées grâce aux bras terroristes locaux dans plus d'un pays et les tentatives répétées de la Turquie de rompre avec le cordon occidental et atlantique dans le but d'étendre son influence et de maximiser ses acquis.

*Un niveau universel plus large et plus complet représenté dans :

-Une Russie qui cherche à se relever afin de restaurer son prestige international qu'elle a perdu en grande partie après sa dislocation suite à la dissolution de l'Union soviétique, en étendant à nouveau son hégémonie dans son environnement géographique quitte à utiliser son énorme arsenal militaire si nécessaire, ainsi que d'utiliser ses sources d'énergie disponibles pour faire chanter les puissances d'Europe occidentale, profitant de sa quête d'énergie.

- Une ascension remarquable de la Chine sur la scène internationale s'est poursuivie, profitant de son leadership dans les domaines de la technologie moderne et de sa grande croissance économique, qui lui ont permis de briser l'hégémonie occidentale sur les économies de nombreuses régions du monde, notamment en Afrique, sans oublier le développement de ses capacités militaires, sa volonté de parfaire son intégrité territoriale en incluant Taïwan et la consolidation de sa domination en mer de Chine méridionale.

Cependant, les administrations américaines successives depuis l'ère du président George W. Bush sont parvenues, grâce à la politique de la carotte et du bâton, à contenir des défis régionaux limités dans leur zone géographique et à ne pas les laisser éclater. Elles ont également largement réussi à contenir et à adapter la plupart des défis russes avant la crise ukrainienne et ce, quels que soient les efforts de Moscou pour regagner son influence dans des domaines qu'il considère comme faisant partie de son domaine vital, comme cela s'est produit en Géorgie, et plus tard en Syrie, où il respectait à son tour les règles du jeu tracées au Moyen-Orient, principalement en ne mettant pas en danger la sécurité d'Israël, et en non interceptant pas ses frappes aériennes préventives sur le sol syrien.

Pour cette raison, les défis chinois de nature mondiale multidisciplinaire sont restés la seule préoccupation majeure qui hante Washington, qui a été contraint de réorganiser ses priorités mondiales en dirigeant la boussole de son attention et en déplaçant la plupart de ses capacités militaires vers l'Extrême-Orient en vue de contenir la rébellion chinoise et freiner ses ambitions. Car, selon les néo-conservateurs qui ont dominé la politique étrangère américaine au début du nouveau millénaire,  il s’agit d’un «adversaire avec qui il n'y a pas d'autre choix que la confrontation, l'affrontement et le défi », soulignant en même temps que les ambitions chinoises vont au-delà de la volonté d'assujettir la plupart des pays du  continent asiatique, comme on le croyait en 2001 ; Il cherche plutôt à changer le système international afin d'imposer son hégémonie, un objectif qu'il espère atteindre, comme ils le prétendent, en 2049 à l’occasion de la célébration du centenaire de l'accession au pouvoir du Parti communiste au pouvoir à Pékin.

Consciente que Washington est incapable à elle seule de contenir la férocité du dragon chinois, elle a cherché à s'entourer d'alliances qu'elle a récemment conclues, dont la première est la coalition QUAD avec l'Inde, le Japon et l'Australie, dont le premier sommet à Washington en septembre 2021 a confirmé que son objectif est la défense des valeurs démocratiques et du respect de la souveraineté des États, et de la liberté de navigation maritime et aérienne dans l'océan Pacifique. Tandis que le second, appelé AUKUS, établi avec la Grande-Bretagne et l'Australie, était considéré comme le noyau d'une force navale tripartite qui couvrirait ensemble des océans du Pacifique et Indien pour contrecarrer ce que Washington prétend comme ambitions chinoises dans les états des petites îles qui y existent. Cela ne fait aucun doute que ces alliances ont irrité la Chine, qui semble déterminée à évincer l'Amérique et même à l'éloigner du leadership mondial, mais il est peu probable que la concurrence entre eux se transforme dans un avenir proche en friction militaire en raison du lien mutuel fort entre leurs économies. En effet, les plus grandes entreprises étrangères installées en Chine sont américaines, et les plus gros investissements en Amérique sont chinois. C’est pourquoi, il est difficile de rompre rapidement ce lien.