Le budget égyptien fait face à la crise financière mondiale

Un énorme déficit de financement dans le plus gros budget égyptien de l'histoire
Ministère égyptien des Finances

* Malgré les discours du gouvernement sur l'augmentation du nombre de fonctionnaires de l'État, il a été décidé de nommer 60.000 enseignants, médecins et pharmaciens.

* Le gouvernement a fourni le financement nécessaire pour mener à bien des projets nationaux, notamment : l'initiative présidentielle «Une vie digne», qui vise à réaliser un développement global.

* L'escalade des prix du pétrole et des denrées alimentaires à l'échelle mondiale et l'évolution des politiques des pays en matière d'exportation augmentent les difficultés.

Le Caire: La Chambre des représentants égyptienne tient des sessions intensives pour examiner le projet de budget général égyptien pour le nouvel exercice 2022/2023, qui est le plus important de l'histoire du pays, en termes de dépenses, et le plus complexe dans ses détails et ses estimations. Ceci est dû aux évolutions successives de la crise économique mondiale et à la hausse des prix mondiaux du pétrole et des céréales.

Le ministère égyptien des Finances avait des choix difficiles à entreprendre : Soit une approche d'austérité en réduisant les dépenses de soutien, et des dépenses publiques, en limitant les investissements et en augmentant les impôts, soit une approche expansionniste, qui opte pour un choix exactement inverse, en réduisant les impôts et en augmentant les dépenses publiques. En final, une combinaison des deux options, fût adoptée.

Le projet de budget prévoit d'augmenter les dotations d'aide et de protection sociale à 356 milliards de livres dans le projet de budget pour l'exercice qui commence le 1er juillet 2022 et jusqu'au 30 juin 2023, contre 351 milliards pour l'exercice 2021/2022 en cours, pour soutenir les secteurs et les groupes les plus touchés par les répercussions de la crise économique mondiale et ses effets négatifs.

Recrutement des fonctionnaires malgré la crise

Au niveau des salaires et des indemnisations des fonctionnaires, l'un des principaux postes de dépenses, le gouvernement a décidé d'y allouer 400 milliards de livres dans le nouveau projet de budget, soit une augmentation de près de 43 milliards de livres, par rapport aux estimations actualisées pour l'exercice en cours. Cette énorme augmentation est liée au financement de l'amélioration des revenus de 4,5 millions fonctionnaires de l'État, selon les instructions du Président Abdelfattah Es-Sissi, et comprend une augmentation des primes périodiques et spéciales, une incitation supplémentaire d'un coût annuel de 26 milliards de livres, et un décaissement anticipé avec les salaires d'avril dernier, à un coût supplémentaire de plus de 7 milliards de livres pour la période d'avril à juin 2022, et une augmentation du plafond d'exonération fiscale personnelle de 9 mille livres à 15 000 livres, et un total de 24 000 livres à 30 000 livres. Une augmentation de 25% avec un coût annuel de 7 milliards de livres.

Malgré les discours du gouvernement sur l'augmentation du nombre de fonctionnaires de l'État, il a été décidé de nommer 60.000 enseignants, médecins et pharmaciens et de répondre à d'autres besoins dans divers secteurs de l'État pour un montant de 5 milliards de livres, en plus d'un milliard de livres pour mener à bien le mouvement de promotions pour les fonctionnaires de l'État, en plus d'augmenter l'incitation à la qualité pour les membres du corps professoral et leurs assistants dans les universités, centres, instituts et organismes de recherche.

Aussi, 191 milliards de livres ont été alloués aux fonds de pension, permettant de financer leurs augmentations du capital, avec un coût annuel de 38 milliards de livres, et un surcoût de 8 milliards de livres pour la période d'avril à juin 2022, de sorte à faire bénéficier 10 millions de retraités et leurs bénéficiaires.

Fluctuation du prix de la livre par rapport au dollar américain.

Renforcer la subvention

La subvention aux produits alimentaires a été l'un des défis auxquels a été confrontée la préparation du nouveau projet de budget, compte tenu des prix élevés des produits de base, au niveau international, et de l'incapacité de déterminer leurs prix à l'avenir, d'autant plus que la ration mensuelle comprend du pain et de l'huile. Tous deux confrontés à une pénurie en raison de la guerre entre l’Ukraine et la Russe, et des changements climatiques, qui ont plongé la production dans plusieurs pays.

Les finances égyptiennes ont fixé un crédit de 90 milliards de livres pour soutenir les produits alimentaires et le pain, contre 87,8 milliards de livres, soit une augmentation de 2,7 milliards de livres, pour assurer le pain pour environ 71 millions de citoyens, tandis que l'approvisionnement en produits de consommation concerne 63,3 millions de citoyens.

Avec des niveaux d'inflation intérieure, de 12% sur une base annuelle en avril, et les attentes du ministère des Finances selon lesquelles elle enregistrera 9% jusqu'en juillet de l'année prochaine, le ministère a alloué 22 milliards de livres pour augmenter les bénéficiaires de programmes «Solidarité et Dignité» et «Sécurité sociale», à 4 millions de familles. Ainsi que 7,8 milliards de livres pour financer des initiatives des logements sociaux, et 10,9 milliards de livres pour l'assurance-maladie et les soins des personnes démunies, aux frais de l'État.

Le projet de budget vise à fournir 8,5 millions de tonnes de blé, dont 7,5 millions pour la production de pain traditionnel, et le reste pour la farine. A la lumière de la crise ukrainienne, le gouvernement a augmenté le prix d'achat du blé local de 165 livres par les 150 kg, dans le but d’encourager les agriculteurs locaux à produire, ce qui a coûté au budget 5 milliards de livres supplémentaires.

L'Égypte a également augmenté les subventions aux produits pétroliers, d'environ 10 milliards de livres, à 28 milliards de livres, dans le nouveau projet de budget, pour faire face à la hausse des prix du Brent et à la variation du taux de change du dollar par rapport à la livre, depuis le dernier mouvement des prix, d'autant plus que les  Finances égyptiennes vendent encore certaines matières premières à des prix inférieurs par rapport au coût réel, comme les bonbonnes du butane, et le diesel pour les boulangeries, en plus d'allouer 3,5 milliards de livres pour livrer du gaz naturel à environ 1,2 million de foyers.

 

310 milliards pour la santé

Le gouvernement a maintenu les engagements constitutionnels envers les secteurs de la santé, de l'éducation et de la recherche scientifique, qui exigent une augmentation des dépenses publiques, d'un total de 10 % du produit national brut, répartis entre 3 % pour la santé, 4 % pour l'éducation, 2 % pour l'enseignement universitaire et 1 % pour la recherche scientifique.

Le nouveau budget a consacré 310 milliards de livres à la santé, contre 275,6 pour l'année en cours. 476,3 milliards de livres pour l'enseignement universitaire et préuniversitaire, contre 388 milliards de livres pour la période comparative. 79,3 milliards de livres pour la recherche scientifique, au prorata des droits constitutionnels, et d'une manière qui contribue à renforcer les dépenses du développement humain.

Le gouvernement a également fourni les financements nécessaires pour mener à bien des projets nationaux, notamment : l'initiative présidentielle «Une vie décente» qui vise à réaliser un développement global dans tous les villages ruraux, dans le but d’améliorer la qualité des services et le niveau de vie de plus de la moitié de la population égyptienne, en plus du projet de revêtement des canaux et du développement du système d'irrigation.

 

Déficit de financement

Le nouveau budget souffre d'un énorme déficit de financement. Bien que les recettes totales ciblées soient de 1 518 milliards de livres, les dépenses totales attendues sont de 2 071 milliards de livres, mais si les prêts et leurs intérêts sont remboursés, les besoins de financement vont bondir de près de 1 500 milliards de livres.

Le projet du budget égyptien comprend le remboursement d'emprunts d'une valeur de 965,4 milliards de livres, contre 593 milliards de livres dans le budget actuel, soit une augmentation de 62,8%, dont 84 milliards de livres d'emprunts extérieurs, tandis que les intérêts sur les emprunts à payer s'élève à 690 milliards de livres, contre 579,5 milliards de livres pour l'exercice budgétaire actuel, ce qui équivaut à 33,3 % des dépenses budgétaires totales.

Du côté des investissements, le nouveau projet de budget a prévu d'allouer 376 milliards de livres aux investissements publics, avec un taux de croissance annuel de 9,6 %, pour améliorer les services fournis aux citoyens et créer davantage d'opportunités d'emploi, en particulier pour les jeunes, tout en portant à 50% le nombre de projets respectueux de l'environnement.

La hausse des prix mondiaux du pétrole a épuisé le budget égyptien

Un pari sur le secteur privé

Dr. Mohamed Maait, ministre égyptien des Finances, a affirmé devant la Chambre des représentants, la mise en œuvre de réformes structurelles sérieuses pour stimuler l'investissement et accroître les contributions du secteur privé à l'activité économique. D'une manière qui aide à diversifier les modèles de production et à localiser l'industrie pour augmenter le taux de croissance, offrir des opportunités d'emploi, et maximiser les exportations, d'une manière qui conduit à la préservation de la trajectoire économique du pays.

L'Égypte parie beaucoup sur le secteur privé l'année prochaine, après avoir annoncé un plan visant à augmenter sa contribution aux investissements à 65%, contre 30% actuellement, avec de vastes plans de relance qui incluent la fourniture de terrains aux investisseurs, au coût réel, des crédits d'impôts pour des périodes supérieures à 5 ans, et 5 milliards de livres pour supporter les charges financières résultant de la baisse des prix de l'électricité pour le secteur industriel, et environ 1,5 milliards de livres pour supporter le coût des taxes foncières pour le même secteur.

Le nouveau budget a également pris en compte la fourniture des allocations financières nécessaires pour répondre rapidement aux charges de l'exportation, puisque 6 milliards de livres ont été alloués pour continuer à financer le programme de soutien aux exportateurs. Action qui leur fournira les liquidités nécessaires pour poursuivre le cycle de production et stimuler les exportations.

Le ministère compte également maximiser les efforts d'intégration de l'économie informelle dans l'économie formelle afin d'élargir l'assiette fiscale et d'augmenter ses recettes d'environ 23,5% grâce à l'expansion des solutions technologiques pour améliorer la gouvernance, instaurer la justice, rendre compte plus précisément de la communauté fiscale, et collecter les cotisations auprès du trésor public de l'État. Ainsi que la poursuite la mise en œuvre des projets de facturation électronique, du reçu électronique, du système automatisé de procédures fiscales unifiées, de la collecte électronique des impôts, des déclarations fiscales électroniques et en automatisant le cycle de travail des commissions de recours fiscal pour accélérer la décision concernant les dossiers du recours fiscal.

Un moment difficile

Le Dr Salah El-DinFahmy, professeur d'économie à l'Université Al-Azhar, considère que le budget égyptien coïncide avec un moment très difficile et un état d'incertitude à l'échelle mondiale, compte tenu de l'incapacité d'estimer une date pour la fin de la guerre en Ukraine. Ainsi que l'incapacité de toute institution économique à développer une vision complète, voire une prévision de l'avenir de l'économie mondiale à court terme.

Il ajoute que l'escalade des prix du pétrole et des denrées alimentaires à l'échelle mondiale, et le changement des politiques des pays en matière d'exportation, augmentent les difficultés que le budget doit tenter de résoudre, en augmentant ses réserves, de manière à éviter toute dégradation des hypothèses, en plus de l'augmentation du soutien social, et des programmes de protection visant à atténuer le choc inflationniste, pour les secteurs les plus vulnérables de la société.

Il a expliqué que l'inflation en Égypte est importée en raison des répercussions de la guerre et de la hausse des prix du pétrole et du fret, qui augmentent le coût des biens importés, mais l'État essaie d'y faire face en installant une production locale, et en trouvant des alternatives aux biens importés.

Khaled El-Shafei, directeur du Centre «La capitale» d'études économiques, considère que le budget égyptien a tenu compte à la fois de la situation économique locale, de la situation internationale, et s'est engagé au renforcement de la plupart des postes avec plus de fonds, en particulier les salaires et la subvention, afin d'atténuer l'impact de la crise mondiale.

Il a ajouté que l'État peut générer plus de revenus en améliorant le système fiscal, car il vise à augmenter les recettes fiscales d'environ 23,5% en incluant l'économie parallèle, avec le passage vers un système numérique, la mise-en-place d’un nouveau système fiscal, et en offrant des opportunités à de nouveaux investisseurs. Aussi, une approche plus large qui vise les segments à revenu élevé.

Al-Shafei a souligné que le gouvernement égyptien est capable de faire face aux crises successives, et de maintenir sa bonne cote de crédit avec des perspectives positives et stables pour dans les années à venir, malgré la hausse folle des prix des matériaux et des matières premières, et le bond de l'inflation à ses plus hauts niveaux dans le monde, dont l'État tente de faire face à ses répercussions, et de la sorte, traiter avec lui le nouveau projet de budget.