Iran... Les crises au quotidien, et violations des droits de l'Homme, sans limites

Un discours religieux qui excite les sentiments… Un gouvernement qui provoque la rue
Des Iraniens protestant contre la hausse des prix du carburant (AFP).

* Ainsi est la réalité de la situation iranienne : Un gouvernement qui ne remplit pas ses tâches et ses mandats, une organisation des Gardiens de la Révolution, qui pratique le plus grand opportunisme, au niveau local, et l'agression à l'étranger, et un peuple qui gémit.

* Le changement que vit la rue iranienne de nos jours, représente un avertissement à ceux qui ne se rendent pas compte de la difficulté de la situation et de la gravité de ses répercussions.

Bakou: Dans les moments de déclin et de crises, les avertissements de la part de loyalistes, devancent en nombre ceux de l'opposition, exprimant le souci de perdre le contrôle, l’aggravation de la situation, et aussi l'effondrement de l'État. L’Iran vit cette situation, avec accentuation de la crise au quotidien, du citoyen iranien, qui subit les contraintes de la vie, d’une part, mais aussi une mauvaise exploitation des ressources et des richesses de l'État d'autre part. L’avertissement est venu de l'intérieur de l'élite dirigeante, plus précisément de l'ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad, lors d’un discours dans la ville de Bushehr, et a été cité par le site officiel «Dawlat Bahar», ce qu'il considère : «le déluge de mécontentement public», pour décrire l'état du ressentiment général qui prévaut dans le pays en raison des échecs successifs des gouvernements iraniens, à résoudre les crises de la vie courante, comme il l'a déclaré: «Des torrents humains se dégagent dans le monde entier, et en Iran en particulier, et la première manifestation émanera de la rancœur publique». Cet avertissement sur la gravité et l'aggravation de la situation est conforme à ce qu’a dit le député Muhammad Hassan Asfari, membre de la commission des affaires intérieures du Parlement iranien, qui a également mis en garde dans une interview à la presse, critiquant la décision du gouvernement de suspendre les subventions à l'importation de denrées alimentaires, comme il pense : «Vouloir résoudre les problèmes économiques, en puisant dans les poches des gens, ne peut éradiquer les racines de la pauvreté. Au contraire, il ne fait qu’aggraver la situation de jour en jour», soulignant que les politiques menées par le gouvernement iranien pour résoudre les crises économiques, ne peuvent engendrer des résultats, car «les paroles vaines ne peuvent apporter du concret», selon ses dires. De même, il considère toute tentative vaine, même celle d’augmenter les salaires des fonctionnaires du secteur étatique de 75%. Cette action ne peut résoudre la crise de pauvreté, dont souffre la société iranienne, sachant que pas moins de «neuf millions de familles iraniennes vivent sous le seuil de pauvreté... Et que la majorité de ces familles attendent de recevoir l'aide du Comité de l’Imam, et autres organismes d'aide sociale». Ces organismes prennent en charge les personnes aux revenus limités dans le pays.

 

Escalade des protestations ouvrières, salaires impayés, conditions de travail dangereuses, arrestations arbitraires et procès.

Dans le même contexte, le prédicateur de Téhéran, Muhammad Hassan Abu Turabi, a averti dans son prêche de vendredi dernier (6 mai 2022) que «les problèmes économiques du pays, résultent d’une manière certaine, des politiques économiques des dernières décennies. Aussi, il ne fallait pas adopter des décisions non-rationnelles, pour résoudre les problèmes économiques». Le site Internet Islahat News a également rapporté ce contre quoi Taqi Fadel Mebdi, membre de l'Autorité des enseignants du séminaire de Qom, avait mis en garde dans une lettre qu'il a adressée au président iranien Ibrahim Raisi, dans laquelle il déclare : «Si les conditions économiques du pays ne s'améliorent pas, et on ne freine pas la hausse des prix, il faut attendre à une rébellion des affamés, et cette rébellion est plus dangereuse que la révolution».

Organisation de manifestations et de protestations

Nul besoin de préciser le fondement de ces avertissements. On constate aussi, plusieurs indicateurs dans certaines villes iraniennes, qui prouvent une certaine ébullition, à l'instar de ce qui s'est passé à l'occasion de la Journée internationale des travailleurs (le 1er mai 2022), qui coïncide avec la Journée des enseignants iraniens, où des rassemblements de protestation conjoints ont été organisés entre ouvriers et employés du ministère de l'Éducation, pour protester contre les répercussions de l'inflation qui a dépassé les 40%, sur leurs salaires dans un contexte économique difficile. Situation qui a poussé les forces de sécurité à lancer une campagne d’arrestations parmi ces manifestants, comme l'a annoncé le Comité de coordination des enseignants et des syndicats. Human Rights Watch a appelé les autorités iraniennes à libérer ces enseignants. Il est à noter que ces manifestations n'étaient pas les premières du genre. La période précédente a connu des manifestations similaires au cours desquelles des arrestations ont également été effectuées contre les manifestants, comme l'a révélé Human Rights Watch/ A la mi-avril, l'enseignant et syndicaliste Rasoul Badaghi a été condamné à cinq ans de prison pour avoir participé à des manifestations, ce qui est conforme à ce qu'avait annoncé le ministre iranien de l'Éducation, Yousef Nouri, à savoir que «non seulement l'affaire ne se limitera pas à ces décisions, mais les enseignants qui ont participé, seront radiés, tant ces rassemblements de protestation sont illégaux», comme il l'a décrit.

Le président iranien Ibrahim Raisi, lors d'une allocution devant la précédente session du Parlement (AFP).

Ce ne sont pas seulement les enseignants. Certaines villes iraniennes de la région du Khûzistân, dans le sud du pays, ont été témoins de manifestations et de protestations au cours de la semaine écoulée (7-8 mai 2022) sur fond de mauvaises conditions économiques et de vie, ce qui a incité les forces armées Iraniennes à envoyer des renforts militaires, des véhicules blindés et des forces anti-émeutes pour réprimer toute manifestation, et arrêter des dizaines de citoyens, comme le mentionnent les rapports publiés par l'organisation iranienne de défense des droits de l'Homme «Harana».

La tension qui précède l’explosion

Cependant, un point attire l'attention : Malgré toutes ces mises en garde de la part des loyalistes à l'État iranien, qui représentent une partie de son élite dirigeante, consciente de la gravité de la situation et de ses répercussions sur la stabilité interne, existe une crainte que de telles protestations que traverse l'Iran, à certains moments, ne fassent définitivement partie de son quotidien, et entrainerait une dislocation de l’Etat, à l’instar de ce qu’on constate dans son voisinage arabe, comme est le cas en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen. Mais ce qui aggrave la situation iranienne par rapport aux tensions et aux manifestations, que vivent les pays arabes, réside dans les causes de ces manifestations, à savoir, pour une partie, la défaillance des gouvernements de ces pays, autant qu'à l'ampleur des interventions extérieures et aux tentatives d'imposer leur agenda aux autres parties. Alors que la situation à Téhéran résulte des échecs des politiques de tous les gouvernements iraniens. Aussi bien les précédents, que l’actuel. Situation qui rend plus complexe le traitement des causes de ces manifestations dans le cas iranien, plus que dans les cas arabes voisins. S'il est vrai que le gouvernement iranien, qui est un outil entre les mains de son Guide Suprême, a réussi à chaque fois à contenir ces troubles et manifestations, par la force des armes et des arrestations, il est également vrai que la reprise de ces manifestations et les protestations, puis les répressions par la force des armes, augmente l’amplitude de la tension interne. Situation qui ouvre la voie à une explosion, à tout moment où la crise s'intensifie et où les moyens d'atténuer sa gravité, se compliquent par l'action des sédatifs que le gouvernement iranien essaie de fournir à ses citoyens, que ce soit en augmentant les salaires, en faillant à des devoirs similaires, ou même à enflammer les sentiments, par le biais d’un discours religieux, qui occulte la raison.

Les développements et l'escalade des événements, ainsi que l'entrelacement et la complexité des crises, rendent difficile pour l'État de relier les fils des événements et de les contrôler, ce qui oblige les responsables iraniens à prendre conscience de la difficulté du danger du moment, et que manipuler le dossier des droits et libertés, notamment les fondamentaux pour les citoyens (alimentation, habillement, logement, éducation et santé…) alors que certaines organisations iraniennes de défense des droits de l'homme ont averti que le gouvernement pourrait tenter d'exploiter la visite du rapporteur spécial Alina Dohan sur les effets négatifs des mesures coercitives unilatérales, dans le but d'échapper à l'obligation de rendre des comptes pour les violations des droits de l'homme. Les responsables iraniens ont cherché à exploiter cette visite, au cours de laquelle Dohan doit rencontrer des représentants d'organisations internationales et régionales, des institutions financières, des organisations non-gouvernementales, ainsi que des associations civiques, en plus des responsables gouvernementaux, à condition que les résultats et les recommandations de la visite soient présentées dans un rapport à la 51e session du Conseil des droits de l'Homme en septembre. Cette appréhension de la part de l'opposition vient du fait qu'accepter l'accueil de Dohan ne doit pas se substituer à la visite du rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l'homme, que Téhéran refuse de recevoir depuis plusieurs années. Alors que Téhéran ait salué la visite du rapporteur spécial sur les effets négatifs des mesures coercitives, selon Kazem Gharibabadi, adjoint du responsable du pouvoir judiciaire et secrétaire du Comité iranien des droits de l'homme, qui a déclaré : «Cette visite constitue une excellente occasion pour vous familiariser avec les effets négatifs de l'embargo unilatéral sur les droits du peuple iranien».

Il est nécessaire de préciser que le dossier iranien des droits de l'Homme est plein de distorsions et de graves violations des droits du citoyen. Ce qui se passe avec certains étrangers résidant et visitant l'Iran confirme que les violations de ces droits ne sont pas l’œuvre d’une quelconque direction, autant qu'ils représentent une approche de gouvernance, ainsi qu’une politique d'un État qui voit dans les violations des droits fondamentaux du citoyen une manière pour couvrir ses échecs répétés, pour cause de son interférence dans des dossiers extérieurs, et ses programmes d’armement, au détriment de la satisfaction des besoins fondamentaux du citoyen qui vit la souffrance. Et ce, depuis plus de quarante ans, du moment où les mollahs ont dominé le pouvoir et plongé l'État dans un cycle de conflits, de guerres et de complots, que le citoyen paye, sous de faux arguments et des slogans vides, qui ne peuvent nourrir les affamés. Aussi, sans fournir les traitements requis, plutôt ont plongé le citoyen dans un cycle de crises dans lequel il est incapable de subvenir à ses besoins de base.

Ainsi est la réalité de la situation iranienne : Un discours religieux qui excite les sentiments, un gouvernement qui ne remplit pas ses tâches et ses mandats, un organisation des Gardiens de la Révolution, qui pratique le plus grand opportunisme, au niveau local, et l'agression à l'étranger, et un peuple qui gémit et sacrifie sa vie et sa liberté, pour exiger une rupture avec cette boucle infernale dans laquelle, le peuple tourne sans espoir pour un avenir qui reconstruit l'État iranien, en faveur des générations à venir. Il ne voit plus les turbans que comme des outils de domination et des mécanismes pour contrôler les capacités des peuples opprimés, et à les tromper sous les slogans de défense de la religion. Chose qui devient inadmissible, mais représente plutôt le changement que vit la rue iranienne de nos jours, et a vécu dans le passé, représente un avertissement à ceux qui ne se rendent pas compte de la difficulté de la situation et de la gravité de ses répercussions, en cas d’explosion, et de détérioration des conditions, le peuple iranien n'aura d'autres choix que de recourir à la rue pour évacuer son effervescence croissante.