Mort de Jean-Louis Trintignant

Décédé hier vendredi, à l’âge de 91 ans, Jean-Louis Trintignant laisse l’image d’un acteur sobre et subtil qui a traversé avec grâce six décennies du cinéma français. Marqué par deux tragédies familiales, il était revenu à l'écran un peu à contrecœur pour triompher dans Amour de Michael Haneke, film unanimement célébré.

«Un jour, j’ai dit à Margaret Ménégoz : «Je ne peux pas faire ce film. Je n’ai pas l’esprit à cela ; je pense plutôt à me suicider». Et Margaret m’a répondu : «faites ce film, et vous vous suiciderez après»». Ainsi s’exprimait, entre tristesse et dérision, Jean-Louis Trintignant dans Du Côtés d’Uzès, un livre d’entretiens accordés au journaliste André Asséo paru en mai 2012. Le film en question, c’était Amour, le chef-d'œuvre Michael Haneke dont Margaret Ménégoz était la productrice, œuvre qui marquait le retour de l’acteur français au cinéma après dix ans d’absence, une longue parenthèse due à la disparition de sa fille Marie, tuée par son compagnon, le chanteur du groupe Noir Désir, Bertrand Cantat, lors d’une violente dispute en juillet 2003.

Que peut faire un acteur lorsque le destin lui inflige, à 72 ans, l’horreur d’un drame mille fois plus douloureux que tous ceux qu’il a jamais eu à interpréter sur scène ou à l’écran ? Que faire après la mort d’une fille adorée, d’une fille complice, la deuxième disparition d’une enfant de surcroît, le couple qu’il formait avec Nadine Trintignant ayant déjà eu la douleur de perdre une fille en bas âge, Pauline, en 1970 ? Se donner la mort ? Venger Marie ? Se laisser gagner par la folie ? À tout cela, Jean-Louis Trintignant a pensé bien sûr. Et puis, après être resté littéralement prostré pendant deux mois après la mort de Marie, l’acteur s’était réfugié dans la poésie, lui qui déclarait dans ce même ouvrage de 2012 connaître par cœur «plus de mille-cinq-cents poèmes». «Au bout de ce long temps, confiait-il à André Asséo, j’ai décidé de vivre. De revivre. La poésie est venue à mon secours».