Nikanor, le fils du Bénin

Après dix ans de carrière, jalonnée de tubes, Nikanor sort enfin son premier album. Le Fils du pays, clin d’œil au surnom donné par ses fans, déroule généreusement 17 titres fidèles à l’artiste béninois.

Arrivé pile à l’heure du rendez-vous, seul, Nikanor retire ses lunettes de soleil pour l’interview. «Je ne veux pas faire artiste», annonce-t-il en riant. Faire artiste : comprenez «faire la star». Il en est l’antithèse. Sa musique, sa voix, sa simplicité et sa sincérité en ont fait un des chanteurs les plus populaires au Bénin.

Dans ce premier opus, Le Fils du pays, Nikanor compile ses succès, comme le classique Yinkô Tché, et des nouveautés qui mixent morceaux d’inspiration traditionnelle dans les rythmes et les percussions, musiques urbaines aux beats imparables, et paroles en français, en fon, mina ou yoruba, des langues nationales, le tout sur des mélodies entraînantes qu’on garde en tête après les avoir entendues.

10 ans pour un album, c’est long... «On a pris le temps d’apprendre, d’avoir une maturité musicale, explique le trentenaire. Aujourd’hui, on a les moyens de défendre un album parce qu’il y a eu beaucoup de travail sur le plan artistique, scénique et parce qu’on a les moyens de diffuser les titres sur des plateformes internationales. Ce n’est pas juste pour le quartier !».

Il y a d’autres raisons : Nikanor reconnaît avoir vécu sur ses singles. Il a aussi connu les aléas des maisons de production locales et plusieurs contrats avant de rejoindre Assouka Music, créée en France par un compatriote, où on voit plus grand pour lui.

Pourtant Nikanor ne rêvait pas d’une telle carrière. «J’aimais la musique, je chantais petit avec ma maman, mais ce n’était pas une ambition», confie Hervé Ahehehinnou à l’état civil. Né dans une famille modeste, aîné de 6 enfants, il débute dans la chorale enfantine de son église, où, plus grand, il apprend les percussions et la batterie pour rythmer les messes. Le responsable de section remarque son grain de voix. Le parcours classique des musiciens béninois.

Chez lui, on écoute beaucoup de traditionnel et la religion chrétienne cohabite avec les pratiques vaudou. C’est à l’université que tout bascule. «J’étais étudiant en biologie, j’avais un groupe, on interprétait mes propres chansons. J’ai envoyé un enregistrement à Steev Berchet Chabi, l’animateur vedette de la radio du campus. Il a trouvé que j’avais quelque chose de nouveau. Et c’est parti de cette rencontre. La musique m’a arraché à l’école !», raconte celui qui se voyait bien exercer dans un laboratoire. Steev Berchet est toujours à ses côtés pour l’accompagner avec ce «bébé».

Le mot n’est pas choisi au hasard. La pochette illustrée montre une cérémonie de présentation d’un nouveau-né au village : une femme lève vers le ciel un enfant avec, déjà, des lunettes de soleil ! Un choix «symbolique, confie Nikanor. C’est en fait mon album que je présente au public».

Un choix qui reflète aussi son attachement à sa culture. «Je suis un jeune connecté, de son temps, et j’ai le respect des aînés. Je ne tourne pas le dos à mes racines. Comme on dit ici, c’est à l’ancienne corde qu’on tresse la nouvelle !»