Vieux Farka Touré a le blues du Mali

Il aurait pu se contenter de faire fructifier l’héritage paternel. Mais grâce à son talent, Vieux Farka Touré s’est fait un prénom. Le fils d’Ali Farka Touré publie son sixième album solo, Les Racines. A l’inverse des précédents, le disque contient peu de collaborations extérieures. Pour le plus éminent des guitaristes maliens, il s’agit cette fois de sublimer le blues, typique de son père… sans cacher son inquiétude pour l’avenir du Mali.

Le téléphone sonne dans le lointain. Vieux Farka Touré décroche. «J’espère que vous m’entendez bien parce que je suis un peu loin, plaisante le musicien malien. Je suis à New York présentement».

Même si, effectivement, ce jour-là, Vieux Farka Touré est «un peu loin», c’est bien d’un retour aux sources qu’il s’agit pour le guitariste de 41 ans. Son nouvel album, Les Racines, le premier depuis cinq ans, redonne ses lettres de noblesse au blues de la région de Tombouctou.

«Quoi que tu fasses, quel que soit l’endroit où tu pars, quel que soit le domaine où tu évolues, à un moment, tu dois retourner chez toi, analyse le fils d’Ali Farka Touré. Il faut savoir regarder en arrière, vers nos ancêtres» . Le «désert blues», typique de la musique songhaï du Nord Mali, est omniprésent sur les 10 titres du disque. « Ça, c’est vraiment la musique que je dois faire, affirme Vieux Farka Touré. C’est la musique de chez moi, de là où je suis né, de là où j’ai grandi».

La guitare règne en majesté, aux côtés du ngoni, de la kora et de la flûte. Vieux Farka Touré réussit l’union du traditionnel et de l’intemporel, loin des futilités qui envahissent, selon lui, la scène malienne actuelle… et qui lui font dire qu’«on est très mal. Aujourd’hui, argumente-t-il, seulement 10% de la musique du Mali est faite en live avec de vrais instruments ! Le reste, 90%, c’est de la musique sur ordinateur ! En une nuit, on te fait un CD ! Pour moi, ce n’est pas çà la musique du Mali !».

Sur le fond des paroles, Vieux Farka Touré ne mâche pas ses mots non plus : «De nos jours, si tu ne parles pas d’amour et de tes propres sentiments, ça ne marche pas, s’indigne «le Jimi Hendrix du Sahara». C’est aussi ça qui met notre jeunesse en déroute, parce qu’elle n’écoute que ça ! Ça met les jeunes sur un mauvais chemin».

À 41 ans, le guitariste et chanteur préfère envisager la musique comme un moyen de faire passer des idées. Plusieurs chansons de l’album Les Racines plaident pour la tolérance et l’unité d’un Mali soumis à rude épreuve : coups d’État militaire, raids terroristes, exactions attribuées aux mercenaires russes, etc.

Le titre Ngala kaourene résume le propos de Vieux Farka Touré : «C’est un morceau qui parle de tout le Mali, de Kayes à Kidal. La chanson s’adresse à toutes les ethnies pour leur dire : il faut qu’on arrête la guerre ! On ne connaissait pas ça avant ! La musique, c’est un moyen pour moi de dire aux Maliens qu’on doit s’unir… comme avant».

Vieux Farka Touré conclut en faisant référence à son père, qui fût aussi maire de Niafunké, son village natal dans la région de Tombouctou : «Mon père s’est battu pour la paix. Les artistes doivent guider les gens vers la raison».