Orchestra Baobab, nouvelle génération

Fondé au début des années 1970, le mythique Orchestra Baobab survit au temps et à la disparition de ses illustres membres. Les anciens, gardiens de l’identité, ont commencé à transmettre l’héritage aux jeunes ces dernières années afin que le Baobab reste éternel.

La légende ne dit pas si Adrien Senghor, neveu du président-poète Léopold Sédar Senghor, s’était inspiré de son oncle pour baptiser son club le Baobab, mais la trouvaille reste éternelle. Car le groupe de musique, qu’il recruta pour animer les soirées dakaroises des grandes personnalités, après avoir été sommairement appelé l’orchestre du Baobab, deviendra pour l’éternité l’Orchestra Baobab. Aujourd’hui, à l’image de cet arbre majestueux et séculaire, un des symboles du Sénégal, le groupe de musique défie le temps et ne plie pas sous le poids des âges.

Plus de 50 ans que cela dure et à part une «pause» forcée d’une dizaine d’années, le groupe reste fringant, porté par l’âme de disparus, l’énergie des anciens et l’enthousiasme des nouveaux.

«Nous avons appris de nos erreurs du passé lorsque le groupe s’était disloqué, confie Mountaga Koité, 69 ans, percussionniste du groupe depuis 1974. Aujourd’hui, on veut pérenniser Baobab, parce que c’est notre famille, notre patrimoine et celui des Sénégalais».

Créé dans les années 70, l’Orchestra Baobab a marqué les nuits dakaroises et a été l’un des groupes musicaux les plus courus jusqu’au début des années 80. Formation au style façonné dans un mélange de rythmes cubains, de sonorités et de mélodies sénégalaises, avec un soupçon d'influences soul ou jazz, le groupe est resté fidèle à lui-même malgré les révolutions qui ont rythmé le monde musical ces dernières années.

Pourtant, l’Orchestra Baobab faillit disparaitre quand le groupe a commencé à «se disloquer» face à la «dictature» du mbalax dans les années 80. En 1991, il plonge même dans une sorte de mort cérébrale et est maintenu en vie par la fibre et l’espoir de l’ancien chef d’orchestre Balla Sidibé disparu en 2020.

C’est ce dernier qui va orchestrer la résurrection du groupe au début des années 2000. Baobab revient avec son style et ses standards pour aller à la conquête du monde. «On nous croyait morts, mais un baobab, ça ne meurt jamais. Même desséché, il refait de jeunes pousses et renaît», lancera un des membres du groupe.

Comme l’arbre, l’orchestre continue de défier le temps, malgré la disparition des légendes qui l’ont enraciné dans le paysage musical sénégalais. Les décès successifs de Ndiouga Dieng, Issa Cissokho, Balla Sidibé, Barthélémy Attisso ou très récemment de Rudy Gomis, auraient pu sonner le glas du groupe, mais les anciens ont très tôt compris qu’il «fallait faire en sorte de transmettre le flambeau. Et surtout l’esprit du Baobab aux plus jeunes pour que le groupe continue d’exister quand on ne sera plus là», explique le guitariste de 72 ans Yakhya Fall.