Le Conseil de Coopération du Golfe : Mêmes défis, et mêmes menaces…

* Les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe ont vite compris que la désintégration de leur conseil aggraverait l'énormité des défis, et la gravité des menaces auxquelles ils sont tous confrontés. Par conséquent, ils ont répondu sans réserve à l'initiative saoudienne de combler le fossé lors du sommet d'Al-Ula, qui a stoppé le saignement, mais la plaie n'est pas encore totalement cicatrisée.

Dès que la révolution de Khomeiny en Iran avait annoncé sa volonté de soutenir ceux qu'elle appelait les opprimés, en référence aux adeptes de la secte chiite Jaafari dans un certain nombre de pays arabes et islamiques, les États arabes du Golfe ont senti le danger, qui guette leur tissu social, et la coexistence entre leurs différentes composantes sectaires. Ce sentiment s'est confirmé immédiatement, dans les capitales du Golfe, suite aux événements de la Sainte Mecque en 1979, soulevés par des pèlerins iraniens, ainsi que les exigences outrancières de l'opposition Bahreïnite, qui sur une base sectaire, a exigé la restauration de la Constitution de 1973, avec une remise en cause radicale des fondements de l'État et de la nature de son système politique. Sans omettre le rejet du premier gouvernement Khomeini, et même ceux qui ont suivi, de l'appel d'Abu Dhabi à résoudre, le problème des îles émiraties occupées, par des voies pacifiques.

L'ampleur des menaces potentielles à la sécurité et à la stabilité des États du Golfe, et à leur essor économique et humain, va encore doubler après le déclenchement de la guerre Irak-Iran en 1980, et la férocité qui l'a caractérisée dès ses premiers jours, ainsi que ses répercussions négatives immédiates, à savoir l'obstruction fréquente de la circulation des cargos pétroliers dans les eaux du Golfe. Action qui a affecté fortement, les revenus de ces pays, qui à l'époque dépendaient de la rente pétrolière, pour financer leurs budgets. De ce fait, ils ne peuvent investir dans les programmes de développement, et dans la croissance de leurs capacités sécuritaires et militaires.

Afin de faire face à ces graves menaces, les dirigeants du Golfe ont créé un conseil de coopération, qui a vu le jour à Abu Dhabi en 1981. Un mécanisme collectif répondant aux besoins sécuritaires et militaires des membres, et une plate-forme commune pour œuvrer à une unification progressive de leurs politiques publiques dans plusieurs domaines, fondée sur la similitude de leurs systèmes politiques et économiques, et sur l'imbrication de leurs structures sociales et tribales.

Bien que la coopération militaire au sein du Conseil de coopération du Golfe, n’ait pas atteint un niveau élevé, à savoir les Forces du «Bouclier de la Péninsule», qui relevait plus d’un caractère symbolique, à savoir un effectif réduit, et des moyens limités, ce cadre collectif a pu se prouver politiquement et diplomatiquement comme un mécanisme efficace pour épargner aux pays de la région de nombreuses répercussions du conflit irako-iranien, qui a duré plus de huit ans.

La diplomatique du Conseil de coopération du Golfe, fera valoir son efficacité, lors de la plus grande épreuve que la région du Golfe ait subie, suite à l'invasion du Koweït par l'Irak : la formation d'une coalition internationale, menée par les États-Unis, qui a pu infliger à l’agresseur une défaite.

Après la libération du Koweït, les États du Golfe ont eu la certitude, que les défis et les menaces à la sécurité auxquels ils devaient faire face, doit les pousser à s’unir. Leurs immenses richesses, leurs tailles minuscules, ainsi que leurs démographies réduites, ne font qu’attiser les convoitises, aussi bien des grandes puissances, que des puissances régionales. De ce fait, on s’attendait à l'intensification des efforts de coordination et d'interdépendance, afin d'atteindre l'unité souhaitée, stipulée à l'article 4 de la Charte du Conseil de coopération.

La réalité fût autre : Chaque pays s'étant mis à chercher comment développer ses capacités sécuritaires et militaires en concluant des traités, et des alliances militaires avec les grandes puissances internationales, et en accordant à ces dernières des bases aériennes et navales sur son territoire. Avec des facilités souvent alléchantes.

La précipitation de certains pays du Golfe en quête d'une police d'assurance globale, pour leur futur, dans le but de sauvegarder leurs prospérités économiques. Les choix individuels, et l’absence de toute concertation avec les autres pays, ont instauré un climat de concurrence, qui a pris la place de la confiance qui s’est estampée. Situation qui a contribué à accroître la méfiance, à instaurer un climat de tension, et fait éclater des rixes, entretenues par des campagnes médiatiques sans précédent, auxquelles certains pays y ont eu recours pour défendre ce qu'ils jugent pertinent à leurs yeux, pour attaquer les détracteurs de leurs orientations politiques, et pour répondre à ce qu'ils considèrent comme un outrage à leur encontre.

Sans aucun doute, cette activité médiatique a constitué pour certains pays de la région un outil efficace de leur soft power sur la scène internationale, mais elle a été un facteur influent pour transformer certaines escarmouches en conflits que le cadre du CCG n'est plus en mesure de contenir et limiter les répercussions sur la région. Surtout que ce clivage a été approfondi par des attitudes différentes envers les Révolutions et les manifestations du Printemps arabe.

Bien que les menaces et les défis graves et tangibles auxquels sont confrontés tous les pays du Golfe sans exception se soient à nouveau manifestés à travers l'expansion iranienne en Syrie et au Yémen, qui a placé la région du Golfe et la Jordanie entre le marteau des milices sectaires, au nord dirigées par les Libanais Hezbollah, et l'enclume des milices houthistes au sud, ces pays n'ont pas pu surmonter leurs querelles qui ont éclaté en 2017, avec une rupture diplomatique et de mesures de représailles réciproques entre l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn, en plus de l'Égypte d'une part, et le Qatar d'autre part.

Comme prévu, les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe ont vite compris que la désintégration de leur conseil aggraverait l'énormité des défis, et la gravité des menaces auxquelles ils sont tous confrontés. Par conséquent, ils ont répondu sans réserve à l'initiative saoudienne de combler le fossé lors du sommet d'Al-Ula en janvier 2021 ; C'est le sommet qui a stoppé le saignement, mais la plaie n'est pas encore totalement cicatrisée.