La pieuvre iranienne et l'inévitable confrontation

* La poursuite de l'escalade de la guerre du renseignement entre l'Iran et Israël reste plus probable, ce qui augmentera la possibilité d'une coopération entre Israël et les pays du Golfe en matière de sécurité et de renseignement, d'autant plus que ces États du Golfe sont plus vulnérables à l'escalade iranienne qu'Israël.

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett a annoncé qu'Israël avait modifié sa tactique à l'égard de l'Iran et qu'il adopterait désormais la «stratégie de la pieuvre». Selon cette approche, Israël ciblerait la tête de la pieuvre, c'est-à-dire l'Iran, et non ses tentacules et bras armées dans la région.

Et si d’aucuns estiment que l'escalade israélienne contre l'Iran est une manœuvre pour contourner les crises internes auxquelles est confronté le gouvernement Bennett, l'ampleur des menaces iraniennes non seulement contre Israël mais aussi contre les pays de la région ne peut être ignorée, d'autant plus que plusieurs services de renseignement évoquent avec persistance la possession imminente de la bombe nucléaire par l'Iran, et ce en plus des menaces et des autres opérations lancées par ce pays dans plusieurs pays faisant totalement fi des lois internationales et des normes diplomatiques.

Depuis l’annonce par Téhéran de l’assassinat de deux scientifiques iraniens  en empoisonnant leur nourriture, fin mai, et qui viennent  rejoindre ainsi la liste des morts tombés dans la «guerre de l'ombre» irano-israélienne, selon les déclarations d'un responsable iranien qui a accusé Tel-Aviv d'être à l'origine du meurtre des deux hommes, au bombardement par Israël de l'aéroport international de Damas et  sa mise en hors service complète pour la première fois après que  sources israéliennes ont confirmé que l'aéroport est utilisé pour transférer la technologie et l'équipement militaires de l'Iran au Hezbollah, y compris par le biais des avions civiles, il semble que la riposte de Tel-Aviv aux menaces iraniennes est sérieuse dans un contexte marquée par une crise de confiance avec les partenaires internationaux, que ce soit la Russie ou les États-Unis, et leurs vaines promesses de mettre fin aux menaces iraniennes et garantir la sécurité d'Israël.

Au moment où les négociations sur le dossier nucléaire arrivent à leurs termes et seront couronnées soit par la signature d'un accord en quelques semaines, soit pas un non-accord, la région connaît une tension vive, à commencer par la condamnation par l'Agence internationale de l'énergie atomique de «l'inertie» de Téhéran, en passant par la grogne de la République islamique et son démantèlement de 27 caméras dans les installations nucléaires, à l'escalade israélienne dans toutes ses formes, ce qui accroît la gravité de la situation. Dans les deux cas, l'expérience a prouvé que rien ne garantit l'engagement de l'Iran à respecter la souveraineté et la sécurité des autres pays.

L'Iran, malgré toutes les agitations dans ses rues et la grave crise économique qu'il subit du fait des sanctions qui lui sont imposées, ne semble pas prêt à revenir à un quelconque accord sans obtenir une concession liée au dossier des Gardiens de la révolution, alors que l'administration Biden est incapable d’accorder une telle concession avec l'opposition des membres des deux partis au Congress, d'autant plus que le pays se prépare aux élections de mi-mandat.

Mais malgré l'état de tension et d'escalade, une confrontation directe entre Téhéran et Tel-Aviv semble peu probable. Certes, Israël peut paralyser ou affaiblir les capacités de l'Iran par des frappes chirurgicales et ciblées mais pour déclarer la guerre au sens conventionnel, il faut une couverture aérienne et politique américaine, ce qui est hors de question. De même que l'Iran qui, malgré toutes ses menaces et prétentions hostiles, n'entrera pas dans une confrontation militaire directe avec Israël mais sa réponse réelle viendra comme toujours, à partir du Liban, de la Syrie, d’Irak, du Yémen, de Gaza et même des États du Golfe à travers ses outils.

Par conséquent, la poursuite de l'escalade et de la guerre du renseignement entre les deux pays  demeure plus probable, ce qui favorisera une possible coopération entre Israël et le Golfe en matière de sécurité et de renseignement. D'autant plus que les États du Golfe sont plus vulnérables à l'escalade iranienne qu'Israël car la  République islamique a déjà ciblé des raffineries de pétrole en Arabie saoudite ou des pétroliers près des Emirats et du golfe d'Oman. Il est attendu que cette coopération soit l'une des résultats de la visite du président américain Joe Biden dans la région, même si elle n'atteint pas le seuil d'une normalisation complète, notamment entre l'Arabie saoudite et Israël, après que les responsables saoudiens ont souligné à plusieurs reprises que la question de l'établissement des relations entre le Royaume et Israël est liée au degré d'engagement d'Israël vis-à-vis de l’initiative arabe pour la paix et sa cessation des violations des droits palestiniens. Cependant, la question de la coordination sécuritaire face à la montée des menaces iraniennes peut être inévitable si un accord est conclu avec Téhéran ou non, surtout en l'absence de toute stratégie arabe unifiée pour faire face aux menaces et dangers posés par les ambitions de certains pays voisins, et l'état de faiblesse et de dépendance vécu par plusieurs pays.