Israël : Des élections anticipées pour éviter les échéances de la paix

* Il semble qu'Israël est devenu maître dans l'art de gagner du temps... Mais jusqu'à quand continuera-t-il à adopter la politique de  l'autruche notamment après la disposition d’une ouverture arabe à son égard, qui conditionne la volonté de coopération globale au succès du processus de paix avec la partie palestinienne.

Le Knesset (Parlement israélien) a récemment adopté une loi d’autodissolution, pour permettre la tenue de nouvelles élections législatives début novembre prochain, soit la cinquième en trois ans et demi. Comme d'habitude, les raisons du recours à la dissolution du Knesset et à l'appel à un scrutin anticipé sont toujours dues à la fragilité des coalitions gouvernementales, principalement causée par l’écart étroit des résultats de vote des partis qui perdure depuis 1977 lorsque le parti Likoud a pu mettre fin à la domination du parti travailliste israélien sur la vie politique israélienne depuis sa création.

Il est facile de constater que la situation actuelle ne fait pas exception à la règle, puisque le gouvernement a été contraint de dissoudre la Knesset après avoir perdu sa faible majorité (61 députés sur 120) et ce suite à la défection de deux députés du parti du premier ministre et d’un autre élu et leur refus de voter  les projets de loi soumis au Knesset.

Bien que les médias hébreux aient commencé à évoquer la férocité des élections à venir, les données actuelles qui émanent de l'arène politique israélienne ne laissent pas entendre l’avènement d'un changement majeur dans le paysage politique de la représentation de la société israélienne ou dans les propensions des électeurs, car on s'attend à ce que la domination des forces politiques d'extrême droite se poursuive avec des différences mineures dans la majorité de tel ou tel laissant envisager un possible retour du parti du Likoud sur le devant de la scène, mais toutefois être sûr de s’arroger la présidence du  gouvernement.

Ces prévisions données en faveur des forces de droite, tant laïques que religieuses, reposent sur le fait que les partis qui leur sont opposés demeurent encore dissociés et incapables de formuler un programme économique et social qui convaincrait et rassurerait l'opinion publique, sans oublier leur incapacité à formuler avec courage leurs idées sur l'avenir du processus de paix dans la région, qui, selon eux, n’évoluera jamais tant que la politique d'expansion des colonies se poursuivra.

Les partis affiliés à la gauche (Travail et Meretz), en raison de la vague d'extrémisme qui prévaut sur le plan interne, ne continueront de résister que pour atteindre le seuil de représentation minimum (3,25 %) qui leur permettrait de survivre d’autant plus que les partis arabes n'arrivent pas à surmonter leurs clivages et demeurent incapables de rallier leurs forces pour obtenir 15 sièges au lieu de 10 maintenant. D’ailleurs, les déclarations du leader du mouvement islamique apportent la preuve la plus frappante de la poursuite de ces divisions, puisqu'il a affirmé que son mouvement préfère participer aux coalitions gouvernementales, quelles que soient leurs orientations, afin d'obtenir des « résultats concrets» pour son électorat au lieu de se placer sur le banc des observateurs figurants.

Selon ces données, il est probable que l'état d'instabilité gouvernementale perdurera à l'avenir, notamment avec la persistance des différends personnels entre les dirigeants des partis de droite désignés pour former la prochaine coalition gouvernementale, lesquels différends alimentés par des accusations mutuelles sur un manque de propreté des comptes financiers pour certains d'entre eux, et un manque de caractère pour les autres.

Ce genre d’accusations est familier dans l'État hébreu et ne peut donc pas détourner l'attention d'un phénomène politique devenu étroitement lié à la vie parlementaire israélienne, qui trouve son origine  dans l’implication des forces politiques dans tout conflit interne avec le recours à la dissolution du Knesset et l’organisation de nouvelles élections au lieu de penser à changer les règles électorales pour éviter la récurrence des changements politiques et mettre un terme à l'instabilité gouvernementale, qui est devenue une caractéristique permanente.

Cela ne signifie pas qu'il n'y a pas eu de tentatives de changement et de réforme du système électoral en Israël, qui est basé sur la représentation proportionnelle des listes, considérant l'ensemble du pays comme une seule circonscription. Mais la plupart d'entre eux ont échoué, à l'exception de la proposition de relever le seuil de voix obtenues pour entrer à la Knesset de 1 % auparavant à 3,25 % aujourd'hui. Les raisons de l'échec de ces tentatives sont liées à la conviction des institutions régaliennes de l'État hébreu (l'armée et la sécurité) que le système de représentation proportionnelle sur la liste fournit des résultats qui reflètent la force numérique réelle et effective des partis appelés à mettre leurs meilleurs éléments en haut de leurs listes, et offre également l'occasion de représenter les différentes composantes de la société israélienne multiraciale et pluri- ethnique et religieuse, en plus de ses disparités idéologiques.

Mais finalement, ce ne sont que de simples prétextes, car même à la lumière de ce système électoral complexe, la dissolution du Knesset peut être évitée en reformant des alliances de partis, soit en les élargissant, soit en remplaçant l'un de leurs partis. Cependant, il semble que les institutions de référence de l'État hébreu préfèrent ordonner la dissolution du Knesset afin d'éviter les pressions internationales et régionales concernant la mise en œuvre de ses obligations en vertu des accords de paix avec la partie palestinienne exigeant le retrait des territoires occupés, que l’Etat hébreu cherche à annexer.

Et c'est exactement ce que les autorités israéliennes craignent avec la prochaine visite du président américain dans la région, car ils sont conscients que le président Biden soulèvera certainement la question de la reprise du processus de paix, dans le cadre de ses efforts pour promouvoir l'idée de l'intégration régionale au Moyen-Orient. Afin d'éviter toute pression, même molle, de sa part, et par peur de devoir s'engager, le Knesset a été dissout afin que le gouvernement se transforme automatiquement en un gouvernement de gestion des affaires courantes qui n'est pas habilité à décider des questions cruciales.

Une analyse de l'évolution de la vie parlementaire israélienne révèle que la fréquence du recours à la dissolution de la Knesset et au retour aux urnes a fortement augmenté depuis 1996, c'est-à-dire depuis qu'Israël est devenu théoriquement lié par des traités de paix avec les Palestiniens et la plupart de ses voisins arabes. L'exemple le plus frappant de fuite en avant par la dissolution de la Knesset est ce qui est arrivé au gouvernement Barak, qui a pris le pouvoir à la mi-1999, mais après le déclenchement de l’Intifadha de septembre 2000, au lieu de donner satisfaction aux demandes palestiniennes et internationales et aux appels régionaux, il s’est précipité de dissoudre la Knesset et se diriger vers des élections anticipées qui ont conduit au pouvoir le radical Ariel Sharon, en 2001.

Il semble qu'Israël est devenu maître dans l'art de gagner du temps... Mais jusqu'à quand continuera-t-il à adopter la politique de  l'autruche notamment après la disposition d’une ouverture arabe à son égard, qui conditionne la volonté de coopération globale au succès du processus de paix avec la partie palestinienne.