Assad : Récits d’une oppression

* On dit que le criminel revient sur les lieux de son crime pour s'assurer qu'il n'a laissé aucune trace qui mène à lui, ou parce qu'il éprouve des remords, mais il est certain que Bachar Assad retourne sur les lieux de ses interminables crimes, pour ajouter celui d’opprimer ceux qui ont échappé à la mort.

En 2008, le Haut Comité central du 11e Festival du printemps de Hama, a décidé de la date d'ouverture du festival. Parmi les activités approuvées, figurait «un message des masses du gouvernorat de Hama au président Bachar Assad, d'une longueur de 1.000 mètres, et une largeur de 25 cm. Ce message, le plus long du monde, va figurer dans le Livre Guinness des Records. Chaque citoyen pourra y exprimer dans une demi-page et dans son propre style, son amour et sa loyauté envers le président Assad, avec la signature du citoyen et la mention de son nom et de sa qualité. Il sera élevé à Son Excellence lors de la cérémonie d'ouverture de la 11e Fête du Printemps.

Ce message sera diffusé à toutes les organisations populaires, syndicats professionnels, départements et conseils officiels, Villes, bourgades, et villages pour le partager», a déclaré le comité ce jour-là dans l'annonce, et que l’information a été rapportée par les médias officiels syriens.

Je me souviens à l'époque que la nouvelle ait suscité l'indignation de nombreux Syriens, mais le ressentiment se murmurait ce jour-là, avant le déclenchement de la révolution syrienne. Pourquoi le choix s'est-il porté spécifiquement sur une ville qui ait payé un prix très élevé, par le sang de ses enfants, parce qu'elle s'est opposée au règne d'Assad le père, et envoyer par la suite, la plus longue lettre d'amour du monde à Assad fils ?

Le premier jour de l'Aïd al-Adha, il y a environ une semaine, le président du régime syrien et sa famille se sont rendus dans la ville d'Alep, sa première visite depuis le déclenchement de la révolution syrienne, il y a 11 ans. Une photo dans laquelle Bachar Assad et sa famille apparaissent dans l'une des anciennes ruelles «détruites» de la ville. Au-delà de toutes les opinions et analyses concernant la raison de cette visite, des années après que le régime en a repris le contrôle par la force des armes russes, l'image m'a rappelé le prétendu message de Hama. Et pas seulement, il y a un peu plus d'un an, des élections présidentielles se sont tenues en Syrie avec des résultats prédéterminés. Ce jour-là, Assad a choisi la ville de Douma, dans la campagne de Damas, pour voter, avec sa femme, Asma Assad. On ne peut oublier qu'Assad lui-même et son régime aient frappé cette ville avec du chlore, et y en a lancé une attaque chimique, tuant des centaines de ses habitants par asphyxie. Ce jour-là, aussi, la photo a provoqué l'émotion de millions de Syriens chassés par Assad, qui a tué leurs enfants, les a arrêtés et les a torturés.

Après l'annonce du meurtre de l'enfant Hamza al-Khatib sous la torture dans les premiers mois de la révolution syrienne, et suite à des images du corps mutilé de l'enfant, portant des traces de torture, insupportables à voir, Bachar Assad a reçu la famille de l'enfant Hamza. Le père a déclaré : «Le président Assad nous a comblés de sa gentillesse, et nous a promis de répondre aux requêtes formulées par le peuple», notant que c'est le président Assad qui ait demandé cette rencontre, pour les écouter concernant la mort de leur fils, avant d’ajouter : «Le président Assad nous a promis de mener des réformes dans le pays, qui seront mises en œuvre dans l’immédiat, dans l'intérêt des citoyens.

On dit que le criminel revient sur les lieux de son crime pour s'assurer qu'il n'a laissé aucune trace qui mène à lui, ou parce qu'il éprouve des remords, mais il est certain que Bachar Assad revient sur les scènes de son interminable crime, dans le but de subjuguer ceux qui ont échappé à la mort, de prendre des photos, que ses médias diffusent. Et essentiellement, dire que les crimes resteront impunis, et dont il est fier, dire aux Syriens que la justice qui leur a été promise n'est qu'une illusion, même si le crime a été documenté, et même si l'auteur est revenu sur les lieux, en se moquant des douleurs des Syriens, de leurs larmes et de leur sang.