La ruée des touristes algériens sur la Tunisie :Du business certainement, mais racines aussi

Pourquoi la Tunisie est la destination favorite des Algériens ?
Les ministres, tunisien et algérien, de l’Intérieur en visite au poste frontière de Melloula

* 94% des entrées algériennes en Tunisie, se font par voie terrestre.

* Pas moins d'un million d'Algériens visiteraient la Tunisie pendant cette saison estivale.

* Les Algériens aiment bien circuler en Tunisie dans leurs véhicules.

* En 2019, la Tunisie a accueilli environ 3 millions de touristes algériens sur un total de 9 millions de touristes de diverses nationalités.

 La visite effectuée par le président Tunisien Kaïs Saïed en Algérie, pour assister à la célébration de le soixantième anniversaire de l’indépendance de pays, le 5 juillet dernier, a constitué certainement l’occasion propice pour traiter maints dossiers avec son homologue Algérien. Reste le plus important pour les populations des deux pays, celui de l’ouverture des frontières terrestres, et permettre aux citoyens des deux côtés, dans les deux sens, de voyager librement et sans entraves. Car, il faut le rappeler, selon Foued Eloued, représentant de l’Office National du Tourisme Tunisien (ONTT), en Algérie, 94% des entrées algériennes en Tunisie, se fait par voie terrestre. Les Algériens aiment bien circuler en Tunisie dans leurs véhicules.

 

Poste frontalier entre la Tunisie et l’Algérie.

Une décision tant espérée

Dès l’annonce par le président Algérien Abdelmadjid Tebboune, que les frontières seront ouvertes à partir du 15 du même mois, une très grosse machine s’est mise en branle. Une vraie et réelle course contre la montre, entre les agences de voyages. D’un côté, amasser un maximum de réservations, et de l’autre, disposer des prix les plus bas de la part des hôteliers tunisiens.

Pour bien saisir l’importance de cette activité, les chiffres de 2019, sont d’une éloquence totale, et peuvent se passer de tout commentaire : La Tunisie a accueilli environ 3 millions de touristes algériens sur un total de 9 millions de touristes de diverses nationalités.

La crise sanitaire a constitué une parenthèse qui a duré deux ans (2020 et 2021), privant la Tunisie des visiteurs algériens. Les frontières ont été fermées, et les vols suspendus entre les deux pays voisins.

Le syndicat algérien des agences de voyage a révélé que pas moins d'un million d'Algériens visiteraient la Tunisie pendant cette saison estivale, après la récente décision des deux chefs d'État de rouvrir les frontières terrestres entre les deux pays le 15 juillet.

La vice-présidente de la Fédération Tunisienne de l’Hôtellerie, Narjes Bouasker a annoncé, que les touristes algériens sont attendus en Tunisie, à partir du 20 juillet 2022.

Dans une déclarationjournalière, la responsable a fait savoir que le nombre des demandes de renseignement formulées par les agences de voyage algériennes sur la destination tunisienne ont connu une augmentation après l’annonce de l’ouverture des frontières terrestres algéro-tunisiennes.

Selon Bouasker, cette décision est un «pas important» vers la relance de la saison touristique, ajoutant que les régions du Cap Bon et de Hammamet sont prêtes à accueillir les touristes algériens qui restent, selon elle, attirés par cette région du pays.

Le tourisme reprend ses souffles…

La Tunisie a accueilli, jusqu’au 30 juin courant, plus de 2 millions 102 mille 321 touristes de différentes nationalités, soit une hausse de 104% par rapport à la même période de l’année 2021, selon le directeur général de l’ONTT, Nizar Slimane.

Plus de 4 millions 750 mille touristes sont attendus au cours de l’année 2022, soit une progression de plus de 100% par rapport l’année écoulée.

Côté algérien, le président du Syndicat national des agences de voyages, Nadir Belhadj confirme, qu’il n’y a pas de rush sur la destination tunisienne pour des raisons pratiques, la période de la réouverture intervenant la veille de l’annonce des résultats du Baccalauréat 2022 en Algérie.

«Pratiquement toute la population attendait les résultats des examens scolaires. Ce pourquoi il n’y a pas de rush», affirme Nadir Belhadj.

En revanche, le président du SNAV prévoit une hausse des départs de touristes algériens dans les tout prochains jours.

«Il va y avoir un grand rush (vers la destination tunisienne) à partir du 23-24 juillet. Les gens vont se libérer des examens», prévoit-il, ajoutant que la «ruée» sera sur toutes les destinations, «pas uniquement la Tunisie».

Selon Nadir Belhadj, cette tendance est observée chaque année, en dehors de la parenthèse de la Covid durant laquelle les frontières terrestres et aériennes étaient fermées ou partiellement fermées.

«Aujourd’hui, les échos sont très favorables pour les agences de voyages qui veulent opérer sur la destination Tunisie», dit-il, ajoutant qu’il y aura un «grand boom» des vacanciers algériens.

Le président du SNAV confirme la récente hausse des tarifs dans les hôtels tunisiens qui ont profité de la réouverture des frontières pour surenchérir.

«La spéculation y est à 100 %. Quand les Tunisiens ont appris qu’il va y avoir la réouverture des frontières, les tarifs ont augmenté de 25-30 %», dévoile M. Belhadj.

« Après avoir vu qu’il n’y a pas eu de rush, les hôtels ont repris leurs tarifs initiaux », relève-t-il.

Une «aubaine» et «une très bonne opportunité» pour les agences de voyages algériennes, se félicite-t-il.

Pour éviter la surenchère lors du prochain rush des vacanciers algériens, les agences de voyages ont d’ores et déjà pris les devants en réservant dans les hôtels et pris option sur des dates, des contrats ont été signés, etc.

Ce qui exclut toute augmentation des tarifs, assure Nadir Belhadj. Mais il estime que pour les prochaines réservations, les augmentations seront inévitables, sous l’effet mécanique de la hausse de la demande.

Prix concurrentiels

Concernant les prix des nuitées en Tunisie, le président du SNAV confirme que la politique des tarifs qui est pratiquée par les hôteliers tunisiens est des plus alléchantes, d’où l’engouement que suscite cette destination chez les vacanciers algériens.

«En prenant en compte les tarifs normaux hors inflation, un hôtel 4 étoiles en all inclusive (pension complète) le tarif est de 5 000 DA (34 dollars) par journée et par personne. Vous pouvez trouver des hôtels 3 étoiles à 3000 (20 dollars) -3 500 DA (34 dollars) (la nuitée). Ce sont les tarifs actuels», dévoile Nadir Belhadj.

«Ces tarifs peuvent augmenter de 30 à 40 % » avec le rush attendu des vacanciers algériens, fait-il observer.

Hammamet, Nabeul, Sousse et Monastir restent les destinations tunisiennes les plus prisées par les Algériens, note le président du SNAV.

Interrogé sur l’engouement que suscite la destination tunisienne auprès des Algériens qui sont des centaines de milliers à s’y rendre chaque année pour leurs vacances, Nadir Belhadj cite en premier lieu le facteur lié à la qualité/prix plus avantageux par rapport à ce qui se pratique en Algérie.

«La formule all inclusive (en Tunisie) ce n’est même pas le petit-déj ici en Algérie», illustre-t-il.

En plus des tarifs attractifs, il y a aussi les commodités, les attractions et l’ensemble des prestations proposées, ajoute-t-il.

La faiblesse de l’offre touristique locale est dans une large mesure la cause qui pousse les vacanciers algériens à se tourner vers d’autres destinations touristiques, moins chères, mais aussi plus intéressantes en matière d’accueil et de prestations.

Le tourisme «hors la loi» :

Aussi important que puisse représenter le tourisme hôtelier algérien en Tunisie, une frange assez consistante des Algériens, préfèrent les appartements meublés, qu’ils louent chez des privés. L’axe côtier entre Nabeul et Kélibia au Nord, ainsi que celui entre Sousse et Mahdia au Centre, représentent les premiers choix des familles algériennes, qui ont pu, au long des années, tisser des liens solides avec les propriétaires.

Des spécialistes du secteur estiment que plus de la moitié des Algériens, préfèrent séjourner hors des hôtels. D’où un «marché parallèle» que les autorités tunisiennes laissent faire, et même enfreindre la loi, car la majorité écrasante des locations des villas et appartements, meublés, se font sans «contrats».

Même plus, existent des agences de voyages «parallèles» qui louent ces demeures, pour la saison estivale, et procèdent à la sous-louer selon une répartition préétablie.

A qui sert la manne financière ?

Des experts, des deux côtés des frontières, s’accordent pour dire qu’une famille algérienne moyenne (deux adultes et deux enfants) dépenserait, pendant son séjour en Tunisie, pas moins de 100 euros par jour.

Certes, cette masse financière va faire office de «bouffée d’oxygène» dans le vrai sens du mot, pour tous les opérateurs qui s’activent dans ce secteur, mais va profiter directement, moins, à l’économie, tant la majeure partie de ce tourisme se fait hors, et même loin des circuits bancaires.

Des touristes… Mais pas uniquement

Au-delà du touriste algérien, qui séjourne en Tunisie lors de la saison touristique, pour rentrer chez, et repenser pour la saison suivante, à réviser la même destination, ou aller voir ailleurs, existe une frange d’Algériens, pour qui la Tunisie est une «seconde patrie», et même une patrie dans le vrai sens du mot.

A commencer par les binationaux, issus de mariages mixtes, ou ayant obtenu l’autre nationalité suite à un mariage avec une personne de l’autre pays.

Cette «population», pour qui le voyage, dans un sens comme dans l’autre, n’a rien de «touristique» (dans le sens classique du mot).

Il n’existe pas de statistiques officielles, mais certains évaluent leur nombre entre 300 milles et 350 milles, qui disposeraient d’un «lien de sang» dans le pays voisin. Et où la visite, dans un sens ou dans un autre, est loin d’une visite touristique.

Nacer Djoudi, un jeune algérien, à l’instar de la majorité écrasante de compatriotes, pense à ses vacances. Reste, qu’il pense les passer en Tunisie, non pas dans un hôtel, ou dans «du meublé», mais plutôt dans la maison familiale à Tunis. Car, de mère Tunisienne, il a toujours pris la Tunisie pour une seconde patrie, où il se rend chaque année ou presque, à l’image d’un oiseau migrateur, qui doit accomplir un parcours annuel, plus que sacré.

Cette «population» de personnes doublement liées, a le plus souffert tout au long de la période de fermeture des frontières.

Beaucoup n’ont pas pu assister au mariage d’un parent proche, ou être présent aux funérailles d’un autre parent.

Nacer compte bien disposer de son congé pour accomplir une visite de retrouvailles, avec ses cousins, tantes et oncles, ainsi que tous ceux qui comptent pour lui.

Il peut même se permettre un luxe jamais savouré : Stationner sa voiture à sa guise, surtout au centre-ville ainsi que sur les lieux touristiques, sans aucune peur du fameux «sabot», qui, tel un chasseur aguerri, prend un énorme plaisir à marquer ceux qui s’aventurent à garer leurs véhicules hors des parkings…. Tel est le cadeau offert aux touristes algériens par le ministre de l’Intérieur Tunisien, Taoufik Charfeddine.