Ennahdha sur le banc des accusés

Rached Ghannouchi comparaît devant le Pôle antiterroriste

* Nul ne pensait que quelques mois après les mesures du 25 juillet, qu’Ennahdha allait connaître des déboires pouvant mettre un terme à l’expérience islamiste dans le pays.

*Privé de la complicité de la justice, Rached Ghannouchi, président du mouvement Ennahdha et président du Parlement dissous, a été convoqué, le mardi 19 juillet 2022, par le juge d’instruction.

Tunis: En Tunisie, l’actualité ne tourne pas au ralenti. On y carbure à plein gaz au rythme d’évènements et d’incidents et chaque jour apporte son lot de surprises.

Au pouvoir depuis 2011, alors qu'il veut surtout continuer à être un parti pivot, Ennahdha, le parti islamiste tunisien est pour la première fois confronté à un désaveu juridique, politique et social houleux, qui a poussé le président Tunisien Kaïs Saïed à prendre des mesures draconiennes en vue d’écarter définitivement les islamistes des arcanes des pouvoirs, politiques, civils et économiques, dans un pays où les caisses de l’Etat sont vides.

Nul ne pensait que quelques mois après les mesures du 25 juillet, qu’Ennahdha allait connaître des déboires pouvant mettre un terme à l’expérience islamiste dans le pays.

Ghannouchi comparaît devant le Pôle antiterroriste

Tout a commencé il y a un an, le 25 juillet 2021, lors de la fête de commémoration de la République. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre le gouvernement appuyé par Ennahdha. Sur fond d’une crise sociale et sanitaire grave où le pays déplore plus de vingt cinq mille morts par Covid, les manifestants avaient pris à partie les locaux du parti islamiste et les ont incendiés. La colère populaire montait d’un cran et des affrontements ont eu lieu entre les sympathisants du parti islamiste et des citoyens.

Les manifestants ont scandé «Dégage» à l’encontre du gouvernement et du président de l’ARP, Rached Ghannouchi et appelé à la dissolution du Parlement.

Anticipant une dégradation de la situation sécuritaire dans le pays, le chef de l’État Tunisien, Kaïs Saïed, a, dans la soirée du 25 juillet 2021 annoncé le gel du Parlement et le limogeage du chef du gouvernement. Il a avait aussi pris des mesures exceptionnelles tels que la levée de l’immunité des députés et l’interdiction de voyage à l’encontre de plusieurs hommes politiques et d’affaires.
Saïed a aussi pris les commandes de l’exécutif et des forces de l’ordre.

Les affaires se succèdent

Privé de la complicité de la justice, Rached Ghannouchi, président du mouvement Ennahdha et président du Parlement dissous, a été convoqué, le mardi 19 juillet 2022, par le juge d’instruction.

Il a à cet effet, comparu devant le Pôle antiterroriste en vue de son audition dans l’affaire dite de l’association caritative «Namaa»  où il est accusé de «blanchiment d’argent» et de «financement d’activités terroristes». Plusieurs individus font actuellement l’objet d’enquête dans le cadre de l’affaire «Namaa», avait souligné le département de l’Intérieur, précisant que ceux qui ont un domicile élu et légal en Tunisie ont été convoquées.


En se basant sur les résultats d'investigations menées par la brigade antiterroriste de Bouchoucha (Tunis), contre d'anciens et actuels responsables de l'association caritative «Nama Tounes», pour blanchiment d'argent, des soupçons de financement de personnes ou d'organisations liées au terrorisme, à l'intérieur ou à l'extérieur du territoire tunisien, le ministère public relevant du Pôle de lutte contre le terrorisme a décidé d'ouvrir une enquête.  Huit accusés sont actuellement en garde à vue, parmi une trentaine de suspects recherchés dont le fils de Rached Ghannouchi, Mouadh Ghannouchi, l’ancien chef du gouvernement islamiste Hammadi Jebali  et l'ancien dirigeant du Mouvement Ennahdha Adel Daâdaâ. Toutes ces personnes ont été interdites de voyages et leurs avoirs en banque ont été gelés, suite à une décision du ministère public.


La justice enfin libérée

Me Koutheir Bouallègue, membre du collectif de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, s’est félicité dans une déclaration à Majallah, de voir le procureur général près la cour d'appel de Tunis convoquer Rached Ghannouchi qui est soupçonné d’être «à la tête de l'appareil secret du mouvement Ennahdha».

«La justice a finalement décidé de poursuivre en justice le chef d’Ennahdha», a-t-il asséné. Pour lui, «les criminels, les commanditaires et les personnes impliquées dans les assassinats politiques et le blanchiment d’argent  seront démasqués quels que soient leur rang».

L’ancien chef du gouvernement islamiste Hammadi Jebali est lui aussi sous le coup de la loi dans l’affaire «Instalingo».

Me Ridha Raddaoui, membre du collectif de défense de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, abonde dans le même sillage dans une déclaration à la «Majalla». Il a indiqué que les procédures judiciaires sont engagées et ce, à la suite de la décision de la ministre de la Justice d'ouvrir une enquête administrative contre Rached Ghannouchi souligne la fin de l’impunité. Il a indiqué à la «Majalla» que ce dernier a été auditionné pour  ses liens avec «l'appareil secret» du mouvement Ennahdha et «la chambre noire» du ministère de l'Intérieur.
Il a ajouté que «la justice n’est plus sous la domination du mouvement Ennahdha et des lobbies de la corruption qui gangrènent la Tunisie depuis dix ans». Il a par ailleurs encouragé l'Exécutif à l'urgence de prendre des mesures contre Rached Ghannouchi, président du mouvement Ennahdha, parallèlement aux poursuites judiciaires engagées.

Affaire Instalingo

Sur le même plan, le juge d'instruction du deuxième bureau du Tribunal de première instance Sousse 2 en charge d’une autre affaire dite «Instalingo» où des responsables islamistes de premier rang y sont inculpés, a mandaté la direction des enquêtes dans les affaires criminelles de Gorjani (Tunis), afin de mener les investigations spécifiques complémentaires nécessaires dans cette affaire. Cette décision du juge d'instruction vient suite à de nouvelles données résultant des examens effectués.

 Le nombre de personnes concernées par l'enquête dans cette affaire s'est élevé à 33. Treize mandats de dépôt ont été émis (10 par le juge d'instruction ont été exécutés, alors que trois autres émis par la Chambre d'accusation auprès de la Cour d'appel ne l'ont pas été encore).Le procureur de la République Rochdi Ben Romdhane a affirmé que le nombre  pourrait augmenter au fur et à mesure que l'enquête progresse.

Il est à signaler que le comité de défense de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, assassinés en février et juillet 2013, a révélé au cours d'une conférence de presse, au mois de février 2022, «l'existence de données prouvant l'implication du président d'Ennahdha Rached Ghannouchi dans des affaires de blanchiment d'argent, d'intelligence avec des parties étrangères et d'espionnage sur des personnalités politiques et des responsables de l'Etat».

Il est à rappeler que Me Imène Gzara, membre du comité de défense dans l'affaire des deux martyrs, Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, a annoncé que 33 individus, dont le chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, sont «officiellement accusés d'appartenance à une organisation terroriste.»

Me Gzara, a annoncé que «le premier juge d'instruction au Bureau 23 du Pôle judiciaire antiterroriste a prononcé 17 chefs d'accusation contre 33 suspects, dont notamment l'appartenance à une organisation terroriste et le blanchiment d'argent.»

Le comité de défense des martyrs Belaïd et Brahmi, avait annoncé que l'affaire dite de «l'appareil secret» du mouvement Ennahdha concerne plusieurs accusés, dont Rached Ghannouchi, et que ces derniers ont été interdits de voyager.