Crise Libyenne : Les manifestations acculent les camps rivaux au dialogue

La Libye va-t-elle pouvoir sortir de la crise politique
Les coupures d’électricité ont poussé des milliers de manifestants dans la rue.

*Des manifestants se sont rassemblés à plusieurs points de Tripoli, fermant des routes et brûlant des pneus.

*Les manifestants ont crié leur colère contre l'incurie de leurs dirigeants et la détérioration des conditions de vie.

*Le changement du PDG et des membres du Conseil d’administration de la (NOC) entrainant les blocus pétroliers qui ont engendré une baisse de la production de gaz nécessaire à l'approvisionnement du réseau électrique.

 

Les multiples fermetures qu’ont connues les champs pétroliers en Libye sur fond de la crise politique et des tiraillements au sommet par des groupes tribaux dans le sud, le centre, le sud-ouest et l'est, ont fini par alimenter la colère des citoyens puisque la continuité des services publique n’est plus assurée qui ont provoqué des coupures d'électricité chroniques en pleine canicule. D’où la colère sans cesse montante poussant ainsi des milliers de libyens à protester dans la rue.

Les manifestants, dont certains sont allés jusqu’à brandir le drapeau vert de l'ancien régime de Mouammar Kadhafi, ont crié leur colère contre l'incurie de leurs dirigeants et la détérioration des conditions de vie dans un pays pourtant doté des réserves pétrolières les plus abondantes d'Afrique.

Selon eux, il est inacceptable que la Libye, qui est un producteur de pétrole brut et membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) avec une production quotidienne moyenne de 1,4 million de barils par jour, se trouve sans électricité.

C’est ainsi que le 1er juillet dernier, les manifestants ont forcé l’entrée du Parlement à l’aide d’un bulldozer avant d’y mettre le feu, à Tobrouk, dans l'extrême est du pays.

Ils se sont attaqué à l'un des symboles de la division du pays qui entre un camp basé en Cyrénaïque (est du pays), dont le chef de file est  le maréchal Haftar et un gouvernement basé à Tripoli (ouest), dirigé depuis 2021 par Abdel Hamid Dbeibah. D’autres manifestants ont bloqué des routes dans la cité portuaire de Misrata (ouest), après avoir saccagé et incendié la veille le siège du Conseil municipal. La nuit tombée, des manifestants se sont rassemblés à plusieurs points de Tripoli, fermant des routes et brûlant des pneus. Ils réclament la lumière du courant électrique produite par le gaz.

Des milliers de personnes ont battu le pavé à travers le pays, de Benghazi (est) à Tripoli, en passant par les villes orientales de Tobrouk et El Beïda, ainsi qu'à Sebha, dans le Sud désertique.

Le blocage des sites pétroliers a engendré une cessation de la continuité des services publics.

La crise

A l’origine de la crise, le changement du PDG et des membres du Conseil d’administration de la Compagnie nationale du pétrole (NOC) entrainant les blocus pétroliers qui ont engendré une baisse de la production de gaz nécessaire à l'approvisionnement du réseau électrique. Il est à noter que le camp Haftar appuie un gouvernement rival formé en mars dernier et dirigé par Fathi Bashagha. Ce sont ses partisans qui bloquent depuis mi-avril des installations pétrolières clés comme moyen de pression pour déloger l'exécutif de Tripoli.

Cependant, bien que l'autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Haftar a affirmé dans un communiqué «soutenir les revendications de citoyens», tout en appelant les manifestants à «préserver les biens publics», il n’en demeure pas moins que le litige politique, outre la gestion des champs pétroliers, tourne autour de sept postes clés : le gouverneur de la Banque centrale, le chef du Bureau des comptes, le chef de l'Autorité de contrôle administratif, le chef de l'Autorité anti-corruption, le chef et les membres de la Haute Commission électorale, le président de la Cour suprême et le poste de procureur général.

Tandis que le Premier ministre désigné de la Chambre des représentants libyenne, Fathi Bachagha, a appelé pour le retrait des institutions souveraines, dirigées par la Oil Corporation, du conflit politique dans le pays, le chef du gouvernement d'union nationale en Libye, Abdel Hamid Dbeibah, a déclaré qu'il n'accepterait pas le partage du pouvoir avec d'autres partis.

Dbeibah a accusé les parties «perdantes» de répandre des rumeurs l'accusant d'interférer dans les accords de partage du pouvoir avec d'autres parties, décrivant ces nouvelles comme des rumeurs et des illusions qui n'ont aucune validité.«Nous sommes avec l'Etat civil et la vraie réconciliation, et je n'accepterai pas les accords suspects, et le gouvernement libyen est prêt à organiser les élections dès que la Commission électorale l'annoncera», a-t-il ajouté.

Il a à cet effet indiqué que la décision de changer le conseil d'administration de la National Oil Corporation «était nécessaire, car la société était sous contrôle individuel».

Pour lui, les changements intervenus dans la direction de la direction des institutions pétrolières libyennes étaient «une solution à un problème qui s'est produit, à savoir la suspension des exportations de pétrole».

Brahim Fridhi, ancien consul de Tunis à Tripoli, a indiqué à La «Majalla» que  «La désignation à la tête des positions souveraines en Libye est l'une des questions en suspens et épineuses dans le pays, qui a constitué un obstacle à la restructuration des institutions de l'État». Il a expliqué que bien que le gouvernement libyen a le droit de nommer le PDG et les membres du Conseil d'administration de la National Oil Corporation, le clivage puise son origine dans les tiraillements entre les deux camps rivaux à l’Est et à l’Ouest du pays.

Le porte-parole du gouvernement d'unité nationale, Mohammad Hammouda, a déclaré que la vision du gouvernement est claire sur les moyens de mettre fin à la crise libyenne, en unifiant l'institution militaire et en organisant des élections législatives et présidentielles conformément à la constitution.

Il a ajouté que la réunion du Comité militaire conjoint, qui s'est tenue récemment à Tripoli, est une «réunion ordinaire qui ne relève pas de la coordination du Premier ministre qui n'y a pas participé».

De son côté, le Premier ministre désigné de la Chambre des représentants libyenne, Fathi Bachagha, a souligné la nécessité pour les institutions souveraines d'épargner toute forme de conflit politique, appelant à maintenir l'impartialité et la transparence dans la gestion de la richesse pétrolière au profit de la Libye. Pendant ce temps, le Parlement se prépare à tenir une plénière sur les positions souveraines mais le chef du Comité de suivi des organes de surveillance au Parlement, Zayed Hadiya, a précisé que le Conseil suprême d'État n'a pas communiquéau Parlement sa position sur «les consultations des positions régaliennes».

Il n’empêche, cette secousse de la rue semble exhorter les parties rivales à prendre au sérieux la menace populaire en envoyant des messages de temporisation.

A cet effet, lors d'une réunion du comité dans la capitale le comité militaire conjoint «5 + 5»,  qui comprend 5 membres de l'institution militaire du gouvernement d'unité dans l'ouest du pays et 5 des forces libyennes orientales dirigées par le général de division à la retraite Khalifa Haftar, est  un consensus sur la voie de l'unification de l'institution militaire dans le cadre des efforts visant à mettre fin au conflit dans le pays, semble être proche de la solution selon une déclaration conjointe des dirigeants de l'armée libyenne, qui a été publiée sur la page Facebook de l'état-major de l'armée du gouvernement national Unité dirigée par Abdel Hamid Dbeibah.

Les participants qui mènent un dialogue depuis deux ans pour unifier l'institution militaire sous les auspices de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye, ont souligné leur refus total et absolu de reprendre les combats entre les fils d'un même pays et ont exprimé leur rejet de la violence, manifestant leur plein soutien à l’unité de l'État et à la non implication retrait des militaires dans les querelles politiques. Ils ont à cet effet réitéré la nécessité de la sortie des mercenaires, des combattants étrangers et des forces étrangères du pays.

Selon Brahim Fridhi, ce consensus bien que fragile représente un pas vers «la définition des étapes réalistes pour unifier l'institution militaire, et pour discuter de la nécessité de nommer un chef d'état-major pour l'institution militaire». Pour sa part, la Mission d'appui des Nations Unies en Libye a salué la réunion du Comité militaire et la pleine mise en œuvre de l'accord de cessez-le-feu.