Les milices religieuses et leurs rôles subversifs dans la sphère arabe

* Les expériences de plusieurs pays arabes ont montré que le but ultime était et est toujours de saper les piliers de l'État et de semer le chaos, en utilisant des slogans vagues et résonnants, tels que travailler à restaurer les «gloires du califat islamique».

La fin du monopole de l'État national sur l'action politique et le processus de décision, ne constitue nullement un fait nouveau dans le monde, puisqu'il s'est amorcé depuis que des États indépendants ont décidé, que ce soit à un niveau général et global ou dans une aire géographique continentale limitée, de fonder des organisations politiques et autres structures spécialisées, qui organisent les relations multilatérales, de manière à prévenir les conflits et aider à trouver des solutions pacifiques et des règlements aux problèmes qui peuvent se déclencher.

Les organisations internationales officielles à caractère politique, telles que la Société des Nations et son successeur, l’Organisation des Nations Unies, et de nombreuses organisations continentales (l'Organisation des États américains, l'Union européenne, l'Union africaine) représentaient ce que l'on peut considérer comme la première génération d'acteurs non étatiques sur la scène internationale. Aussi, l'émergence d'entreprises et de grands monopoles économiques, comme les compagnies pétrolières géantes, les institutions bancaires multinationales. Les organisations non-gouvernementales internationales, constituent la deuxième génération de ces forces. La troisième génération a vu le jour à travers l'émergence de mouvements armés et de milices qui outrepassent les frontières officielles et transcendent parfois les dimensions nationales, prétendant toucher à une dimension mondiale.

Cette multiplicité et cette émergence d'acteurs influents sur la scène internationale, ont poussé l'homme politique et penseur américain Joseph Nye à considérer cet espace comme une scène où l'État ne monopolise pas le rôle principal, mais est concurrencé par les institutions, les mouvements et les forces armées. Mais aussi, des milices qui consolident leurs présences croissantes et parfois centrales et déterminantes, qu’on peut appeler perspective multiple et complexe des interactions et des tractations dans le cadre des relations internationales.

À l'instar de ce qui se passe dans plusieurs régions du monde, l'État-nation dans le monde arabe n'a plus le monopole de l'action politique et de la prise de décision. Plutôt, il est concurrencé et parfois harcelé, par un ensemble d'organisations et des mouvements, dont certains ont volontairement renoncé à une infime partie de leurs compétences, même si formellement, comme est le cas de la Ligue des États arabes depuis sa création à la veille de la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis des organisations auxiliaires spécialisées. D'autres se sont imposées sur la carte politique et partisane, par la force dans plusieurs pays arabes, profitant de la fragilité des structures de ces pays, et de la faiblesse de leurs institutions.

Il ne fait aucun doute que ces organisations récentes, dont certaines revêtent un caractère local et sont actives dans d'un seul pays, et d'autres sont transfrontalières et liées à des puissances étrangères et à une conscience politique, garnies d’une multitude de références idéologiques , étaient et sont toujours les plus dangereuses pour la survie de l'État-nation, d'autant plus que certaines ne se sont pas contentées de concurrencer l'État dans ses fonctions traditionnelles et d'essayer d'exposer ses lacunes, mais sont devenues une force parallèlement à celle légitime, cherchant dans de nombreux cas à pénétrer les institutions de l'État et à les utiliser au profit de leurs intérêts et de leurs objectifs.

Si les mouvements extrémistes de gauche, qui ont fleuri sous toutes leurs couleurs dans les années 60 et 70 du siècle dernier, se sont limités à une dimension locale, à l'intérieur des frontières des pays arabes dans lesquels ils sont apparus et se sont cantonnés à de cellules et petits groupes d'étudiants universitaires enthousiastes, ou de syndicalistes sans aucune racine populaire significative, les organisations religieuses ont réussi à pénétrer profondément les sociétés arabes profitant des conditions de pauvreté et de fragilité de certaines, se présentent dans de nombreux cas comme une alternative à l'échec des gouvernements dans certaines de leurs fonctions, notamment dans le domaine de l'éducation et de la santé.

Sur le terrain, l'objectif de ces organisations en cherchant à pénétrer profondément dans les sociétés arabes, dans lesquelles elles ont également bénéficié depuis le début du millénaire actuel de la diffusion de la télévision par satellite et de la prolifération des plateformes de médias sociaux, n'est pas de dénoncer la faiblesse de l'État et de ses institutions ou montrer les échecs de ses politiques économiques, sociales et sécuritaires, et présenter des alternatives efficaces à ces politiques. Les expériences de plusieurs pays arabes ont montré que le but ultime était et est toujours de saper les piliers de l'État et de semer le chaos, en utilisant des slogans vagues et résonnants, tels que travailler à restaurer les «gloires du califat islamique», qui est toujours promue par les organisations islamiques sunnites, tant politiques qu'armées, ou «l'unification de la nation islamique», adoptée par les organisations chiites, sous la bannière de l'Imam Absent, et sous la houlette du Wali al-Faqih en tant qu'adjoint à l'imam jusqu'à son retour, comme le croient les partisans de ces organisations.

Dès lors, il n'est pas du tout surprenant que ces organisations, à travers leurs milices armées, leurs cellules secrètes et leurs loups solitaires, recourent lorsque cela est nécessaire à terroriser les sociétés, violer l'intégrité territoriale des États, altérer leurs capacités et ignorer les frontières politiques et administratives. Car ces doctrines se basent, même si certains l’occultent, sur le fait que ces patries sont juste des idoles païennes. De ce fait, elles recourent au terrorisme armé, dont les méthodes oscillent et différent, entre :

* La conquête géographique, en est le meilleur exemple : L'État islamique a instauré le califat islamique en envahissant de vastes zones de l'est de la Syrie et de l'ouest de l'Irak sans tenir compte des frontières officielles entre les deux pays.

* Les opérations suicides douloureuses, avec un grand retentissement médiatique, dans lesquelles les membres d'al-Qaïda ont excellé, et les groupes armés locaux leur ont prêté allégeance. Ces organisations ont pu non seulement intimider les pays arabes et islamiques, mais aussi les pays occidentaux, comme cela s'est produit avec les attentats du 11 Septembre 2001.

* La menace par la force : Chercher à infiltrer les institutions étatiques, et de les prendre en otage, n'osant prendre aucune décision sans la bénédiction de ces organisations, qui n'ont pas hésité à impliquer leurs pays dans des aventures guerrières destructrices. Est le cas de l’Irak avec les différentes milices chiites armées, qu'au Liban avec l'influence grandissante du Hezbollah.