Téhéran-Washington : Des mini-règlements pour éviter de nouvelles pertes

Il semble donc que toute la région attende la position américaine sur la réponse iranienne au document européen. En attendant l'accord de règlement entre Téhéran et Washington, chaque partie cherche un mini règlement pour éviter de nouvelles pertes.

Trois événements ont retenu l’attention dans les pays de la région ces derniers jours : En premier, l'annonce par le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, avoir eu une «brève conversation» avec le ministre des Affaires étrangères du régime syrien, Fayçal Miqdad, en octobre dernier, et son appel à «la nécessité de parvenir à la réconciliation entre l'opposition et le régime en Syrie», tout en soulignant qu'«il n'y aura pas de paix durable sans y parvenir». Le deuxième événement a été la rencontre du dirigeant druze libanais Walid Joumblatt avec une délégation du Hezbollah, que certains considèrent comme un nouveau tournant du dirigeant druze. Le troisième a été la réponse iranienne à la proposition de l'Union européenne de relancer l'accord nucléaire et le haut niveau d'optimisme quant à la conclusion d'un accord. Vision exprimée par la presse iranienne.

Les trois événements peuvent sembler sans rapport à première vue, mais si on y regarde d'un peu plus près, on s'aperçoit que les deux premiers événements se situent dans le contexte attendu depuis un certain temps, et qu'ils constituent une conséquence naturelle du troisième événement, à savoir les négociations nucléaires entre la République islamique d'une part et les États-Unis et l'Union européenne d'autre part, la région se rapproche, et semble parvenir à un règlement, et tout le monde veut faire partie de ce règlement, ou du moins essayer de ne pas avoir lieu au détriment de ses intérêts.

Lors du premier événement, et malgré toutes les tentatives officielles turques d'absorber la colère de la rue syrienne, qui s'est soulevée contre la déclaration du ministre turc, et malgré les déclarations, les clarifications et la paraphrase de ce que Cavusoglu a dit, personne n'a nié sa rencontre avec le Miqdad, ou l'appel à la «réconciliation». Tel est le terme employé simultanément, aussi bien dans le texte turc que l’arabe, qui ont été distribués la première fois avant d'être modifiés. Chose qui s'inscrit dans le contexte normal du processus d'Astana, et du Partenariat turco-russe-iranien dans cette voie en Syrie. Chose qui contredit le texte de la déclaration de Genève-1 et la transition politique stipulée dans les résolutions internationales pertinentes.

Les Turcs sont préoccupés par la présence de leur «ennemi juré», le Parti des travailleurs du Kurdistan et ses alliés sur les frontières sud. Dans ce contexte, Bachar al-Assad, prend une importance moindre. Tout en tenant compte du conseil donné par le président russe Vladimir Poutine à son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, lors du sommet tripartite tenu il y a quelques semaines à Téhéran, d’entrer en contact avec le régime syrien pour résoudre le problème kurde qui inquiète les Turcs. Choix qui prouve qu’Erdogan n'a pas trouvé bonne réponse du côté américain, vers lequel il s’est toujours adressé en quête de mettre fin au soutien apporté par les États-Unis à la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan en Syrie, qui est sous la direction des Forces démocratiques syriennes (SDF). Bien que la Turquie essaie de tenir les États-Unis responsables de cette situation, le gouvernement du Parti de la Justice et du Développement a grandement poussé les combattants du Parti des travailleurs turcs à aller en Syrie, pour se débarrasser de la crise de sécurité qu'ils causaient dans l'Est de la Turquie, pensant qu'il serait en mesure de les rassembler en Syrie puis de les éloigner de la géographie turque, mais les calculs d'Ankara à cet égard n'étaient pas corrects, surtout après l'entrée d'ISIS et la coopération qui a été démontrée et menée par les SDF avec les États-Unis pour le combattre. De cette impasse stratégique, le président turc tente aujourd'hui de sortir en tendant la main au régime de Bachar al-Assad, dans l'espoir de rétablir les anciens accords qu'Hafez al-Assad avait précédemment conclus avec la Turquie pour combattre le PKK, qui a mené à l'époque à arrêter Abdullah Ocalan, le chef du parti, et à affaiblir sa structure militaire, qui prenait le territoire syrien pour refuge.

Quant au deuxième événement, la rencontre a réuni le chef du Parti socialiste progressiste au Liban, Walid Joumblatt, avec une délégation du Hezbollah, qui comprenait l'assistant politique du secrétaire général du parti, Hussein Khalil, et le responsable de l'Unité de liaison et de coordination, Wafiq Safa, au domicile beyrouthin de Joumblatt. Beaucoup ont considéré ce rapprochement, comme un nouveau tournant de Joumblatt, mais la rencontre s'inscrit également dans le contexte naturel du positionnement que Joumblatt ait pris suite aux événements du 7 mai 2008, et il l'a effectivement exprimé après les élections de 2009, qu'il a annoncées à plusieurs reprises en paroles et en actes, et est connu comme la politique de lier le conflit au parti.

Bien que certaines sources aient confirmé que la réunion ait discuté de la question syrienne, en particulier des récents développements sécuritaires dans la région d'As-Suwayda, malgré le différend politique en cours entre les deux parties, Joumblatt lui-même ne laisse pousser aucune opportunité, pour souligner la nécessité de maintenir la sécurité, en particulier la sécurité de la Montagne (druze), et que la paix civile est la priorité. Seul un règlement majeur pourrait régler la question des armes du Hezbollah. De ce point de vue, il est possible de lire la démarche de Joumblatt de discuter avec le parti.

Les déclarations publiques de Joumblatt au cours des 15 dernières années, confirment que l'homme ne se lance dans aucune aventure menaçant la paix civile, d'autant plus qu'il souligne toujours que le pays ne peut plus tolérer aucun bouleversement sécuritaire ou non, et que la stabilité est une priorité.

Dès lors, la rencontre du leader druze avec des responsables du Hezbollah n'a rien d'étonnant dans la résolution du conflit dont il a toujours parlé, d'autant plus que les négociations entre la communauté internationale et l'Iran, le parrain spirituel du Hezbollah, se déroulent sous les regards de tout le monde. Tout le contraire du secret qui a été de mise du temps de l'ancien président américain Barack Obama, avant le dévoilement.

Quant au troisième événement, qui est la réponse iranienne à la proposition européenne, une source diplomatique régionale informée, a révélé à CNN que Téhéran exige d'être indemnisé si un futur président américain se retirait de l'accord. «Le principal problème auquel est confrontée la relance de l'accord sont les garanties requises de la part de l'Iran, qui garantissent l'indemnisation de l'Iran au cas où les administrations américaines décideraient à l'avenir de se retirer à nouveau de l'accord», indique la même source. Pendant ce temps, le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir Abdollahian avait précédemment annoncé l'approbation verbale par Washington de deux des demandes de son pays lors des négociations de Vienne, estimant que le consentement verbal devait être converti en un texte officiel clair et contraignant. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanaani, a également annoncé qu'«il est possible que l'Iran signe l'accord dans les prochains jours si ses exigences sont respectées».

Il semble donc que toute la région attende la position américaine sur la réponse iranienne au document européen. En attendant l'accord de règlement entre Téhéran et Washington, chaque partie cherche un mini règlement pour éviter de nouvelles pertes.