La Syrie : De quelle violence parlent-ils ?

*Comment une révolution qui jadis triomphait moralement du régime avant toute autre victoire, quand elle élevait la voix de la justice, de la liberté et de l'égalité face au meurtre, à l'oppression et au sectarisme, peut-elle être représentée aujourd'hui par une poignée non moins corrompue et criminelle que le régime d'Assad? Comment peut-elle gagner aujourd’hui ?

Un nouveau rapport des Nations Unies, publié il y a quelques jours, a averti du retour des conflits armés en Syrie. Le Président de la Commission d’enquête, Paulo Sergio Pinheiro, a annoncé que les Syriens «font face aujourd’hui à des difficultés croissantes insupportables, et vivent dans les ruines de ce long conflit. » Il a souligné que la Syrie : «ne peut pas supporter le retour à un large combat, mais elle est peut-être sur le point de le faire». Il a aussi déclaré : «Nous avons cru à un moment donné que la guerre était complètement terminée en Syrie, mais les violations documentées prouvent le contraire».  

Najat Rochdi, Envoyée spéciale adjointe pour la Syrie, a aussi considéré que le processus politique souhaité conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité ne progressera pas de manière réelle ou durable si la violence ne diminue pas.

Le rapport et l’avertissement du retour de violence en Syrie peut être surprenant pour les non-syriens. Cependant, les Syriens ont parfaitement conscience que la violence n’a jamais cessé dans leur pays même si ses méthodes sont différentes. Alors que la Commission des droits de l'homme de l'Organisation des Nations Unies avertissait du retour de la violence, un journal de l’opposition syrienne révélait un nouveau crime commis à la prison centrale d’Alep et cette fois contre des détenus. Le journal Zaman Al-Wasl a publié des images des victimes du massacre commis par le régime syrien contre les civils non armés à la prison centrale d’Alep.

En plus des images atroces, le journal a publié deux témoignages, le premier pour un officier (qui a resté anonyme) et qui avait servi dans la prison tout au long de son siège avec le camp de l'opposition. Il était chargé de photographier et documenter les corps avant sa dissidence. Le deuxième pour un ancien prisonnier qui a témoigné ces massacres.

Il a aussi cité l’officier mentionnant qu’il a documenté environ 800 prisonniers tués soit par torture ou par balle en plus d’environ 400 détenus morts à cause de la faim et de la maladie.

Des nouvelles photos qui ont rappelé les célèbres photos de César. Même si le monde les avait oubliées, les Syriens s’en souviennent toujours. Voici de nouvelles familles qui cherchent le sort de leurs enfants détenus parmi les photos des cadavres, comme elles l'ont fait il y a des semaines lorsque les vidéos du massacre du quartier Al-Tadamon sont apparues à Damas.

À son tour, le journal français Le Monde a cité un rapport de Human Rights Watch selon lequel «environ 19 % des Syriens âgés de 2 à 17 ans souffrent d'un handicap physique ou mental, principalement à cause de la guerre en Syrie, et le rapport indique que la plupart des personnes incluses par ce rapport sont nées après le début de 2011 (année du début de la révolution syrienne) ou peu avant, et elles n'ont pas vécu une phase sans conflit ni déplacement».

Bien que le rapport des Nations Unies parle de détentions arbitraires, de torture, de confiscation de biens, de disparitions forcées et d'insécurité parmi d'autres crimes que le régime d'Assad n'a jamais cessé de commettre, le rapport parle également de violations commises par des factions et des forces d'opposition, de Hay'at Tahrir al- Sham (Organisation de libération du Levant) (anciennement al-Nosra), à l'organisme appelé «Armée nationale syrienne», dont le rapport documente qu'il a commis des crimes similaires à l'arrestation arbitraire, au viol, au meurtre sous la torture et à la saisie de biens par le régime, en plus de cibler des militants des droits des femmes. Le rapport n'a pas non plus négligé les violations commises par les Forces démocratiques syriennes, y compris les arrestations arbitraires, même contre des enfants, ou l'implication des enfants dans les combats, en plus des restrictions aux libertés et des atrocités pratiquées dans le camp d'al-Hol.

A titre d’exemple, quelques heures après la publication du rapport de l'ONU, les sites de médias sociaux se sont remplis d'informations sur le meurtre d'un enfant irakien qui avait cherché refuge avec sa mère en Syrie. Cette fois-ci, les histoires étaient contradictoires quant à savoir si le tueur était membre de «l’armée nationale» ou si celui qui l’héberge est un chef de faction de l’armée nationale après avoir été détenu par les FDS et libéré récemment. Mais il est certain qu'il a kidnappé l'enfant, l'a violé, puis l'a tué et a jeté son corps.

De quelle violence parlent-ils ? Et de quel retour de violence ont-ils peur ?La violence est répandue en Syrie, peu importe comment les instigateurs tentent de renvoyer les Syriens qui se sont échappés de l'enfer vers l'enfer. Ne reste-t-il plus aux Syriens que le risque de s'échapper à nouveau, soit d'arriver sains et saufs à destination, soit de mourir noyés dans les mers ou de faim et de soif dans les forêts ?

Comment une révolution qui jadis triomphait moralement du régime avant toute autre victoire, quand elle avait élevé la voix de la justice, de la liberté et de l'égalité face au meurtre, à l'oppression et au confessionnalisme, peut-elle être représentée aujourd'hui par une poignée non moins corrompue et criminelle que le régime d'Assad? Comment peut-elle gagner aujourd’hui?

En effet, ce qui se passe en Syrie est peut-être l'atrocité la plus brutale que l'humanité ait connue depuis l'Holocauste nazi. Les Syriens ont été témoins de tout au cours de la dernière décennie et ont tout vécu. D’une grande révolution qui a redonné au mot «liberté» son vrai sens dont ils ont été privés pendant un demi-siècle, à un conflit régional, international, interne, transcendant tous les principes humanitaires et juridiques, à un massacre absurde contre tout, la confession, l'opinion et la position politique, pourtant certains Syriens rêvent encore de regagner un jour leur patrie, mais ce jour ne viendra qu'après s'être débarrassés de Bachar al-Assad et de ses semblables dans toutes les régions syriennes.