Les protestations s'intensifient en Iran, après le décès d’une femme détenue par la police des mœurs

La mort de Mahsa Amini a déclenché des manifestations nocturnes dans les principales villes d’Iran, notamment la capitale Téhéran, AFP.

* Les manifestations antigouvernementales en Iran suite à la mort d'une jeune femme âgée de 22 ans en garde à vue s'intensifient.

* Des Iraniennes ont brûlé des hijabs pour protester contre les restrictions religieuses et sociales.

* À l'étranger, des manifestations soutenant les mouvements de protestation en Iran ont eu lieu dans plusieurs pays.

* Les autorités iraniennes affirment que la jeune femme est décédée d'une crise cardiaque et ont démenti les accusations selon lesquelles elle aurait reçu des coups à la tête dans un centre de détention.

Les manifestations antigouvernementales en Iran suite à la mort d'une jeune femme âgée de 22 ans en garde à vue s'intensifient. Selon des groupes de défense des droits de l'homme, les protestations qui ont balayé tout le pays ont coûté la vie à 41 personnes.

Il s’agit de l’une des plus grandes manifestations de défi au pouvoir de la République islamique depuis des années et surviennent alors que le président Ebrahim Raisi est à New York pour l'Assemblée générale des Nations Unies. Elles ont éclaté le week-end dernier, suite à la mort de Mahsa Amini, détenue par la police des mœurs de Téhéran, après l’avoir accusée d'avoir enfreint la loi sur les foulards.

Depuis le début des manifestations, plus de 700 personnes ont été arrêtées dans une seule province du nord et selon le bilan officiel iranien non détaillé incluant manifestants et forces de l'ordre, 41 personnes ont été tuées en neuf jours de protestations. Mais le bilan pourrait être plus lourd, l'ONG Iran Human Rights basée à Oslo faisant état d'au moins 54 manifestants tués. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) basé aux États-Unis, 17 journalistes ont été arrêtés en Iran depuis le début des protestations.

Certains manifestants iraniens ont riposté aux forces de l’ordre, les pourchassant dans la rue avec des pierres. À Ispahan et à Téhéran, des manifestants ont incendié des voitures et des motos de police et à Kerman, ils ont encerclé un policier et l'ont battu. Des Iraniennes ont également brûlé des hijabs pour protester contre les restrictions religieuses et sociales ainsi que la loi, qui oblige toutes les femmes ayant dépassé l'âge de la puberté à porter un couvre-chef et des vêtements amples.

Le gouvernement de M. Raisi a déclenché un déploiement massif des forces de sécurité, y compris des policiers anti-émeute et la milice Basij en civil, pour réprimer les manifestants. Le service Internet et cellulaire a été interrompu dans les quartiers où il y a eu des manifestations. L'accès à Instagram, largement utilisé par les manifestants, a également été restreint.

«Pour des raisons de sécurité, les autorités compétentes peuvent imposer certaines restrictions sur la vitesse d'Internet», a déclaré le ministre iranien des technologies de l'information et des communications, Issa Zarepour, dans un communiqué. Des déclarations qui n’ont pas plu au chef de la diplomatie européenne Josep Borrell qui a condamné «la décision des autorités iraniennes de restreindre drastiquement l'accès à internet et de bloquer les plateformes de messagerie instantanée qui constitue une violation flagrante de la liberté d'expression».

La mort de Mahsa Amini, le 16 septembre, arrêtée le 13 septembre, à Téhéran, pour «port inapproprié des vêtements» dans la République islamique, a attiré l'attention internationale et a fait d'elle un symbole du traitement restrictif et violent des femmes en Iran. À l'étranger, des manifestations soutenant les mouvements de protestation en Iran ont eu lieu dans plusieurs pays, à l’instar du Canada, des États-Unis, le Chili, la France, la Belgique, les Pays-Bas et l’Irak.

  «La colère dans les rues est palpable», a déclaré Jasmin Ramsey, directrice adjointe du Centre pour les droits de l'homme en Iran, une organisation à but non lucratif basée à New York, ajoutant que les manifestations étaient un «point culminant des cinq dernières années où toutes les composantes de la société – ouvriers, enseignants, retraités, étudiants et gens ordinaires du monde entier – ont tenté d'appeler à la fin de l’oppression en Iran malgré la violente répression de l'État».

Dans la ville de Kerman, dans le sud-est, une vidéo montrait une femme se coupant les cheveux devant une foule rugissante. Dans le sud, dans la ville de Shiraz, une autre vidéo a montré une femme âgée qui criait s’adressant à un sécuritaire : «Si vous pensez que vous êtes un homme, venez me tuer. Les étudiants universitaires se sont rassemblés au niveau des campus de Téhéran en scandant «Meurtres après meurtres, au diable la police des mœurs!»

«Ce sont tous des actes punissables par la loi», a réagi Mme Ramsey lors d'un entretien téléphonique, faisant référence aux vidéos.

De son côté, la haute-commissaire par intérim des Nations unies aux droits de l'homme, Nada Al-Nashif, a condamné la «réponse violente» «des forces de sécurité aux manifestations et a appelé à une enquête indépendante. «Les autorités doivent cesser de cibler, de harceler et de détenir les femmes qui ne respectent pas les règles du hijab», a martelé Al-Nashif, dans un communiqué.

Cependant, les autorités iraniennes affirment que la jeune femme est décédée d'une crise cardiaque et ont démenti les accusations selon lesquelles elle aurait reçu des coups à la tête dans un centre de détention. Sa famille a déclaré aux médias qu'elle était en bonne santé au moment de son arrestation.

Les protestations n'ont pas été abordées par le chef suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, qui a prononcé un discours, mercredi 21 septembre 2022, lors d'un événement commémorant les anciens combattants de la guerre Iran-Irak. Dans un effort pour freiner le contrecoup, un représentant du guide suprême s'est rendu au domicile familial de Mme Amini, selon les médias officiels. «Votre fille est comme ma propre fille, et j'ai le sentiment que cet incident est arrivé à l'un de mes proches», a-t-il déclaré.