Soudan du Sud : Promouvoir l’identité et l’unité du pays

Au Soudan du Sud, on s’intéresse de plus en plus à la mode. Les jeunes créateurs Sud-Soudanais ont d’ailleurs eu l’occasion de présenter récemment leurs collections, lors de la «Nile Couture Fashion Week», début octobre (le 8) à Juba. Ils rêvent d’un meilleur avenir pour leur nation, encore fragilisée par les conflits, et d’un rayonnement international de leur talent. La mode en est encore à ses balbutiements au Soudan du Sud, mais ces jeunes créateurs ont l’espoir de développer ce secteur.

Les filles ajustent leurs ceintures, corsets et autres ornements tribaux en perles colorées. Pour la créatrice Doris Sukeji Peter, il faut valoriser ces tenues Sud-Soudanaises traditionnelles. Fondatrice de la première maison de couture du Soudan du Sud, la Nile Couture Fashion House, elle est une véritable pionnière de la mode dans le pays :

«Je crois qu’il y a vraiment un bel avenir pour cette industrie au Soudan du Sud, car c’est un nouveau pays et concernant la mode et l’industrie du textile, il n’y a que très peu de compétition pour l’instant. Ce qui est le plus difficile pour pouvoir créer des vêtements ici, c’est que nous devons faire venir les tissus de l’étranger, c’est un gros problème pour nous», explique Doris Sukeji Peter.

Jackline Chuol, une autre créatrice Sud-Soudanaise, a fait ses études de mode en Inde. Sa dernière collection pour hommes est construite autour du thème de la «guérison», qu’elle traite par la technique du patchwork.

«Le patchwork représente la différence. Le Soudan du Sud est un vaste pays et nous avons beaucoup d’ethnies, et des conflits. La mode est un moyen d’expression et je pense être en position d’influencer les gens vers la paix, l’unité et aussi la créativité», insiste Jackline Chuol. «Nous encourageons les jeunes à prendre le temps de comprendre la mode, parce qu’elle fait passer des messages forts. Comme lorsque nous portons nos tenues traditionnelles, nous envoyons un message fort qui dit : voici notre identité.»

Architecte de formation et fan de l’architecte et créatrice anglo-irakienne Zaha Hadid, Winny Raymond souhaite, quant à elle, donner comme une «confiance intérieure» à celles qui portent ses robes. Elle vante le potentiel encore méconnu de son pays.

«Nous sommes encore en train d’explorer nos qualités, nos dons… Nous avons été en guerre pendant des décennies, et maintenant nous nous encourageons mutuellement et découvrons nos talents», dit Winny Raymond. «Nous sommes connus pour le mannequinat, mais nous avons plus que ça. Nous essayons de développer l’industrie de la mode, le basket… Nous avons tellement de talent ! Donc ce n’est qu’une question de temps pour que nous mettions notre pays dans la bonne direction.»

Pour Doris Sukeji Peter, les opportunités sont évidentes. Elle s’attend à voir apparaître d’autres maisons de couture dans les prochaines années et des projets plus industriels, comme la fabrication en masse d’uniformes pour les écoliers. Ils sont actuellement importés de l’étranger comme presque tout ce que consomment les Sud-Soudanais.