Suisse : Un long chemin à parcourir pour les pères progressistes

* La Suisse reste progressiste dans de nombreux domaines, mais est loin, derrière lorsqu'il s'agit d'offrir une vie familiale équilibrée et égalitaire.

Il a fallu un long cheminement avant que soit franchie cette étape progressive tant attendue, dans le but d'ouvrir la porte à d'autres étapes plus appropriées qui permettraient aux pères de participer davantage à la vie de leurs enfants, et en vue de résoudre la problématique de l'inégalité des charges de garde des enfants.

La Suisse est souvent fière de ses réalisations progressistes, qui peuvent être dues à sa position économique forte, son leadership dans le domaine de la finance et des technologies innovantes, ou encore son maintien d'une position neutre, à travers laquelle, elle joue le rôle de médiateur au niveau politique.

Malgré la réputation de la Suisse pour ses stratégies de marketing ingénieuses, tout ce qui semble parfait reflète-t-il vraiment la vérité ? Où y a-t-il une autre réalité sous-entendue par le dicton : tout ce qui brille n'est pas or ?

Par rapport à d'autres pays européens, la Suisse reste encore très en retard dans le domaine de la politique familiale. Au fil des ans, de nombreuses familles suisses se sont débattu avec cette question, appelant le gouvernement à résoudre la situation des parents qui exercent une profession.

Le 27 septembre 2020, le peuple suisse a participé à un référendum concernant la politique familiale, auquel une majorité de 60,3 % a voté en faveur. Ainsi, à compter du 1er janvier 2021, les nouveaux pères ont le droit de disposer d’un congé de paternité de 10 jours, avec un maximum de 14 jours, après la naissance de l'enfant. Avant le référendum, un homme n'avait droit qu'à un seul jour de congé de paternité, ce qui signifiait qu’il reprenait le travail 24 heures après la naissance de son enfant.

En Suisse, l'allocation de paternité s'élève à 80% du revenu mensuel d'un employé, le coût pour l'employeur ne dépasse pas 196 francs suisses par jour (environ 178 £ par jour).

La nouvelle politique prévoit également de bénéficier d'un congé de paternité uniquement pendant les six premiers mois de la vie d'un nouveau-né. Les parents peuvent l'obtenir de façon sporadique ou continue.

Bien que ce référendum ait été adopté il y a plus de deux ans, des améliorations restent encore possibles. La Suisse est en queue de peloton en matière du congé de paternité. Alors que de nombreux pays européens offrent au moins 40 semaines de congé de paternité, les Suisses ne bénéficient que de 14 semaines pour les mères et de 14 jours pour les pères.

Le gouvernement reconnaît que les femmes qui exercent une profession, représentent une composante importante de l'économie. Reste que l’exigence que le congé parental de la mère ne dépasse pas 14 semaines n'est pas en sa faveur. D'autre part, les horaires de travail flexibles se propagent en rejoignant des emplois à temps partiel, mais l'organisation du temps entre le travail et la garde des enfants reste une lourde charge pour les jeunes parents. Il est regrettable que de nombreuses femmes voient leurs opportunités de carrière s'estomper, même temporairement, après l'arrivée de leur premier enfant.

Jetons un coup d'œil sur la façon dont certains pays voisins traitent la question du congé parental.

L'Espagne apparaît comme l'un des pays les plus progressistes en matière de congé de paternité. En janvier 2021, alors que la Suisse était en train d'introduire pour la première fois un congé de paternité de 14 jours, l'Espagne le portait à 16 semaines, en plus de rendre cette période de congé de paternité entièrement rémunérée. La même année, les pères italiens ont bénéficié de 10 jours de congé de paternité payés et obligatoires. Une politique similaire est également en place en France, selon laquelle les parents français disposent une semaine de congé obligatoire suivie d'une période de congé facultative de 28 jours. En Allemagne, il n'y a pas de congé imposé par la loi, mais les parents sont autorisés à demander 14 mois de congé pour lesquels ils seront payés entre 300 et 1 800 euros par mois. En Grande-Bretagne, les pères sont autorisés à prendre jusqu'à deux semaines de congé payé, ou ils peuvent profiter d'un congé de paternité conjoint. Dans le cadre de ce programme, les parents peuvent partager jusqu'à 50 semaines de congé, dont 37 semaines sont payées.

Au vu de toutes ces données, il n'est pas surprenant de se demander ce qui a vraiment changé en Suisse ces deux dernières années ? Peu de choses...

Ce fut une longue bataille qui a finalement abouti à 10 jours de congé paternité.

Les statistiques montrent que sur les 89.000 nouveau-nés en 2021, seuls 42.000 pères ont demandé un congé de paternité au cours de la première année suivant le référendum. Pas même la moitié du nombre de nouveau-nés, ce qui était inattendu. Il est difficile de comprendre pourquoi le nombre de parents qui demandent un congé est si faible. La raison en est peut-être bureaucratique, car elle doit être obtenue dans les six premiers mois de la vie d'un enfant ? Ou probablement était-ce la peur de l'inconnu ? Et cela peut prendre un certain temps avant que la société ne change. Certains peuvent ressentir la pression de l'employeur, même si tout homme dispose du droit de prendre un congé. En conséquence, certains pères renoncent, volontairement, à leur droit au congé de paternité.

Ce n'est probablement qu'une question de temps avant que le changement ne se produise dans la société. Ainsi, le référendum reste un référendum, jusqu'à ce qu'il ne devienne réalité sur le terrain, et vécut au quotidien. Ainsi, il semble que la plupart des jeunes familles aient tendance à aménager leur nouvelle situation et leur nouvelle vie, comme l'ont fait leurs prédécesseurs au cours du siècle dernier. Soit l'homme reprend le travail immédiatement après la naissance de son enfant, soit il utilise les jours de son congé annuel pendant les premiers jours ou semaines de la vie de l'enfant.

La Suisse reste progressiste dans de nombreux domaines, mais est loin, derrière lorsqu'il s'agit d'offrir une vie familiale équilibrée et égalitaire. Il reste encore un long chemin à parcourir, mais au moins les bases du changement ont été posées fin septembre, il y a deux ans. L'espoir est toujours de mise.