Les luttes de l’Irak pour changer son identité et réduire son arabité

* Lors de leur première sortie diplomatique dans le récent sommet arabe en Algérie, les nouvelles autorités irakiennes ont confirmé le refus d’utiliser leur pays comme une scène pour les conflits régionaux et internationaux, mais elles ne seraient pas en mesure d’empêcher un tel usage ou de réduire son champ d’action, en particulier par l’Iran.

Un an après la tenue d’élections législatives prématurées, l’Irak a pu compléter les échéances constitutionnelles postélectorales à savoir la sélection d’un nouveau président de la République, Abdul Latif Rashid, de l’union patriotique de Kurdistan, et l’annonce d’un nouveau gouvernement succédant celui du Mustafa al-Kadhimi que Mohammed Shia al-Soudani, membre du parti Dawa qui dirige le bloc parlementaire du soi-disant cadre de coordination, était chargé de le former.

Il va de soi que cette réalisation apportera un nouveau souffle à la vie constitutionnelle de l’Irak et donnera lieu à un certain espoir de surmonter la crise politique dans le pays ; une crise qui a porté à plusieurs reprises le caractère d’un conflit intense accompagné par des affrontements violents qui ont exposé le pays constamment aux risques de glisser dans un conflit sanguinaire ainsi que les crises diplomatiques provoquées lorsque les centres des missions étrangères ont été attaqués commençant par l’ambassade des Etats-Unis.

Le succès du nouveau gouvernement à obtenir la confiance du conseil des représentants avec une confortable majorité ne l’a pas aidé à être un gouvernement de consensus et d’unité nationale comme les Irakiens l’ont connu depuis 2003. En plus du mouvement sadriste qui s’est retiré même du conseil des représentants bien qu’il ait été le plus grand bloc parlementaire avec 73 députés, une petite force kurde et chiite, qu’on pensait qu’elle se presserait de participer si on lui propose, a refusé de le faire.

Il s’agit du bloc le Mouvement de la nouvelle génération kurde (9 députés) dirigé par Shaswar Abdulwahid qui a réaffirmé sa décision d’être dans l’opposition, et du mouvement de sagesse chiite (4 députés) dirigé par Ammar al-Hakim qui a refusé de participer dans le gouvernement après sa rencontre avec le premier ministre durant les consultations, en espérant qu’il soit un gouvernement de service national ouvert aux compétences et loin des quotas.

Sans aucun doute, le premier ministre a surmonté la non-participation des mouvements de sagesse et de la nouvelle génération. Ils ne posent pas de sérieux défis en raison de leur taille représentative réduite et de leur discours politique modéré. Cependant, il semble qu’il a bien compris, apparemment de ses premières décisions, l’étendue des risques inhérente à la non-participation du mouvement sadriste dans toutes les institutions constitutionnelles, notamment que ce mouvement s’est engagé à confronter le gouvernement dans les rues par des moyens pacifiques confirmés par l’un de ces dirigeants (Saleh Mohammed al-Iraki). Ce dernier a désapprouvé et a déploré les récents appels à la formation de cellules de résistance militaire pour confronter le pouvoir de la coalition de l’état de droit à laquelle appartient le premier ministre, avec des factions armées de la mobilisation populaire.

Il est évident que cette position sadriste a connu une réaction relative de la part du premier ministre qui a commencé l’ère de son gouvernement en laissant entendre qu’il s’agit d’un gouvernement pour une période de transition. Il s’est engagé à tenir des élections législatives anticipées dans l’année suivant sa prise en charge. C’est un engagement que certains ont vu comme un apaisement pour le mouvement sadriste, qui a demandé la dissolution du Parlement actuel, considérant le vol de son droit constitutionnel d’être chargé de la formation d’un gouvernement, parce qu’il a remporté la première place aux élections de 2021.

Mais en analysant la réalité de l’Irak et ce qui se passe dans le pays, il semble que l’engagement du Premier Ministre découle notamment de sa conscience de la difficulté, sinon de l’impossibilité, de l’exécution d’un nombre d’obligations qui s’est probablement pressé à les inclure dans son programme gouvernemental. A titre d’exemple :

* Combattre et éradiquer la corruption généralisée dans tout le pouvoir. On pense que M. Al-Sudani ne connaitra que l’échec dans ce domaine, comme ses prédécesseurs, parce que les mêmes forces politiques accusées d’enraciner la corruption, le clientélisme et la discrimination sectaire forment le pilier de son gouvernement.

* Traiter le nombre aussi élevé des problèmes reliés aux conflits internationaux et régionaux entourant l’Irak et les interventions extérieures flagrantes et fréquentes qui en résultent dans ces affaires. Il s’agit là d’un des facteurs les plus influents dans l’évolution de sa scène politique interne.

A la lumière de l’escalade des conflits armés internationaux, de leur expansion et des troubles internes que connaissent de nombreux pays du Moyen-Orient et de leurs relations avec certains de leurs voisins, on s’attend à ce que les interventions étrangères en Irak, qui des nombreuses forces le voient comme «une boite postale» pour échanger des messages à contenu mixte, parfois des messages pour inciter le calme, mais dans la plupart des cas, des messages menaçants, et une démonstration de force et de l’infiltration de l’influence.

Bien que les autorités irakiennes aient confirmé lors de leur première sortie diplomatique dans le récent sommet arabe en Algérie, le refus d’utiliser leur pays comme une scène pour les conflits régionaux et internationaux, elles ne seraient pas en mesure d’empêcher un tel usage ou de réduire son champ d’action, en particulier par l’Iran. Ce dernier a appelé dès la formation du gouvernement à la relance de projets économiques conjoints avec l’Irak, notamment une ligne de chemin de fer que de nombreux Irakiens craignent qu’elle mette en danger leur sécurité vue la facilité de l’utiliser dans la contrebande d’armes et de drogues, et la réhabilitation de leurs infrastructures, en particulier le port de Faw dans la province de Bassora, qui constituera un lien vital pour le commerce avec les États arabes du Golfe.

De l’avis de certains observateurs, la dépendance prévue du gouvernement à l’égard de l’Iran est due au fait que son cadre de coordination est redevable à Téhéran qui l’a aidé à éliminer le mouvement sadriste de tout le processus politique à ce jour après son dépouillement de son gardien doctrinal et saréférence par tradition en ordonnant l’ayatollah Kadhim Al-Haeri de se retirer de ses fonctions et de diriger ses imitateurs, la plupart des sadristes, pour suivre les pouvoirs du chef suprême Ali Khamenei.

Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses voix politiques et religieuses aient averti de ce qui allait se passer, soulignant que les membres du nouveau gouvernement n’avaient pas de sentiment d’appartenance à l’Irak mais une appartenance à leurs noces, leur ignorance et leurs relations suspectes avec des acteurs étrangers, affirmant que les conflits en Irak n’ont jamais été politiques, mais certains visaient à changer leur identité et à réduire leur arabité.