Que peut espérer l’Afrique de la COP27 ?

La coupe, à moitié pleine, ou moitié vide ?
La COP 27, un rendez-vous incontournable.

* Certes, il faut agir. Mais personne ne pense que les pays riches vont tout faire, pour résoudre la problématique à la manière d’une baguette magique.

* Les nations africaines souhaitent augmenter le montant des fonds qu'elles reçoivent des programmes de compensation des émissions de gaz à effet de serre et cherchent des moyens d'aborder cette question lors de la COP27.

* «Les engagements pris par les partenaires de l’Afrique conféreront au Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique le coup de pouce nécessaire pour modifier la trajectoire de développement du continent le plus exposé au climat de la planète. J’ai confiance dans le fait que l’AAAP saura générer des résultats concrets pour l’Afrique».

* Les négociateurs africains doivent aussi mettre en exergue « l'impact disproportionné du changement climatique sur le continent qui ne contribue qu’à hauteur de moins de 4 % aux émissions de gaz à effet de serre » alors même que les forêts du bassin du Congo sont, avec l'Amazonie, le principal poumon de la planète.

Les Africains et les Africaines, qui ont pris la peine de se déplacer à la station balnéaire de Charm el-Cheikh située à 508 km de la capitale égyptienne, pour assister à la COP27, qui s’est tenue, du 6 au 18 novembre 2022, ne pouvaient être dupes.

Ils savent mieux que quiconque, que la situation climatique au niveau mondial, ne pouvait rester comme «rien ne s’est passé»…. Certes, il faut agir. Mais personne (parmi les Africains présents sur les lieux) ne pense que les pays riches vont tout faire, pour résoudre la problématique (concernant l’Afrique du moins) à la manière d’une baguette magique.

Personne n’a vu, ni l’Enchanteur Merlin sur les lieux, ou encore moins le Père Noël….

Des intentions, des aspirations, mais des promesses aussi : Au moins 84 % des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ont mis en place des plans, des stratégies, des lois et des politiques d’adaptation aux changements climatiques, soit 5 % de plus que l’année précédente.

Cependant, les financements permettant de traduire ces plans et stratégies en actions ne suivent pas, constate le nouveau rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière d’adaptation aux changements climatiques, présenté à l’occasion de la COP27.

Les nations africaines souhaitent augmenter le montant des fonds qu'elles reçoivent des programmes de compensation des émissions de gaz à effet de serre et cherchent des moyens d'aborder cette question lors de la COP27.

Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique.

Le dilemme et le labyrinthe

Deux vérités jalonnent le parcours de l’Afrique, qui se cherchent des solutions, à tous les problèmes causés par une métrologie de plus en plus capricieuse, et surtout de plus en plus meurtrière…

  • Première vérité : L’Afrique dans sa totalité n’est nullement responsable des agissements qui ont conduit au réchauffement climatique. L’empreinte carbone de tout le continent noir, est de loin inférieure à celle des États-Unis ?
  • Deuxième vérité : Les capacités financières de tous les pays du continent, mises en contribution, même si cette alternative est tellement irréalisable, ne peuvent offrir les moyens de se dégager de ce labyrinthe mortel.

À ce stade s’imposent deux conclusions :

  • Première conclusion : A moins d’une action rapide et entreprenante, certaines régions vont passer d’une manière irréversible, pour devenir des déserts dans le sens chaotique du terme.
  • Deuxième conclusion : A une crise mondiale, la réponse ou riposte, doit être de même nature, à savoir mondiale. Un pays quelconque de la région du Sahel, ne peut accomplir des miracles, dans le vrai sens du mot, à savoir rendre le paysage vert, tout en ayant à ses frontières, deux pays qui se laissent engloutir dans des océans de sable.

Aussi bien la certitude, que les pays riches finiront par «faire quelque chose»…

Aussi bien la certitude ces mêmes pays, ne feront pas assez….

Que faire alors ?

De la parole candide à l’action entreprenante

Des initiatives, oui… Et la concrétisation ?

Une initiative sur «La transition juste en Afrique : les compétences vertes, le changement de comportement et le dialogue social», a été lancée, à Charm el-Cheikh, par l'Organisation internationale des employeurs (OIE), en partenariat avec plusieurs parties, dont la Fondation Mohammed VI pour la protection de l'Environnement et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Lancée en marge de la COP 27, en présence notamment de Nouzha Alaoui, Secrétaire générale de la Fondation Mohammed VI pour la protection de l'Environnement et de Chakib Alj, président de la CGEM, l'initiative vise le renforcement de la conscience autour de l'importance de doter les employés de compétences adéquates et renforcer les capacités d'adaptation aux répercussions des changements climatiques, dont la perte d'emploi.

L'Initiative lancée a insisté sur l'importance du renforcement de la coopération et des partenariats pour garantir à l'Afrique les conditions optimales pour une transition énergétique rapide et juste, tout en tenant compte des besoins du continent, ainsi que ses conditions sociales et économiques. L'Initiative a également insisté sur l'importance de la modernisation permanente des approches fonctionnelles par les sociétés, ainsi que la conjugaison des compétences et capacités aux besoins du marché de l'emploi.

Ce gosse, savait-il que la COP27 s’est tenue.

Des États en mauvais état….

Le président de l’Union africaine, Macky Sall du Sénégal, le PDG du Global Center on Adaptation, Patrick Verkooijen, et le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina, ont exprimé les mêmes soucis.

«Il s’agit d’une étape cruciale de la lutte contre le changement climatique», a déclaré le président de l’Union africaine, Macky Sall.

«Les engagements pris par les partenaires de l’Afrique conféreront au Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique le coup de pouce nécessaire pour modifier la trajectoire de développement du continent le plus exposé au climat de la planète. J’ai confiance dans le fait que l’AAAP saura générer des résultats concrets pour l’Afrique».

Le Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique est une initiative appartenant à l’Afrique et dirigée par elle, développée par le Global Center on Adaptation (GCA) et la Banque africaine de développement (BAD) en étroite collaboration avec l’Union africaine. Il permet de mettre en œuvre l’Initiative pour l’adaptation en Afrique (AAI), qui vise à mobiliser 25 milliards de dollars pour appliquer, mettre à l’échelle et accélérer l’adaptation climatique à travers le continent. Depuis 2021, l’AAAP a intégré l’adaptation climatique à travers plus de 3,5 milliards de dollars d’investissements dans 19 pays.

Sécheresse et crise sanitaire…

Un rapport de l’OMS, met déjà en garde, même avant la tenue de la COP27, par la voix de la directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, Matshidiso Moeti : «Il est essentiel que les dirigeants mondiaux parviennent à un accord pour endiguer la hausse des températures lors de la 27e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP27) qui se tiendra justement en Afrique. Notre continent [l’Afrique] est le moins responsable du réchauffement climatique, mais figure parmi les premiers à en subir les conséquences tragiques»

L’activiste Aïssatou Diouf qui a participé aux négociations précise : «Pour nous, pays en développement, pour nous, pays africains, il est important que nous puissions mettre en place un mécanisme financier qui est spécifique pour faire face à ces pertes et dommages-là».

L’eau, essence de la vie.

COP27 : Un contexte géopolitique très tendu

Bien qu’elle ne contribue que de façon marginale au réchauffement climatique, l’Afrique en paie déjà le prix fort. Lors de la COP27, le continent doit par conséquent taper du poing sur la table pour placer la justice climatique au centre des débats.

L’Afrique doit parler d’une même voix pour obliger les pays industrialisés et historiquement responsables des émissions de gaz à effet de serre, à assumer leurs responsabilités et à mettre la main à la poche, a plaidé l’Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA) dans un rapport publié le 20 octobre.

Intitulé «Ensuring that COP27 is truly an African COP», le rapport précise que cette conférence se tiendra du 7 au 18 novembre 2022 dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-cheikh dans un contexte international particulièrement tendu. La Chine a en effet suspendu en août dernier ses négociations avec les Etats-Unis sur le changement climatique, en rétorsion à la visite de la présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, à Taïwan. Dans le même temps, une nouvelle ruée vers les combustibles fossiles s’est produite depuis le début du conflit russo-ukrainien.

Groupe de réflexion basé à Johannesburg, l’Institut sud-africain des affaires internationales estime que ce contexte géopolitique pourrait inciter les pays industrialisés à continuer leur «business as usual» alors que la COP27 abordera notamment les questions restées en suspens depuis la COP26, qui s’était soldée par un florilège de promesses et d’annonces politiques peu contraignantes.

Les décisions de la précédente grand-messe de l’ONU sur le climat n’ont pas répondu aux attentes des pays en développement qui sont en première ligne des impacts climatiques alors même qu’ils en sont les moins responsables. Raison pour laquelle le rapport souligne que la justice climatique doit être au premier rang des priorités du groupe des négociateurs africains.

Ces derniers devraient en effet défendre le droit de l’Afrique à continuer à exploiter le gaz naturel, l'hydrogène à faible teneur en carbone et l'énergie nucléaire, en tant qu’énergies de transition pour permettre au continent d’assurer son développement économique et l’accès de sa population à l’électricité.

Les négociateurs africains doivent aussi mettre en exergue « l'impact disproportionné du changement climatique sur le continent qui ne contribue qu’à hauteur de moins de 4 % aux émissions de gaz à effet de serre » alors même que les forêts du bassin du Congo sont, avec l'Amazonie, le principal poumon de la planète.

Le rapport précise également que les négociateurs africains devraient exercer des pressions sur les pays riches pour qu’ils tiennent enfin leurs promesses de fournir les financements nécessaires à l’adaptation au changement climatique, et leur rappeler à nouveau qu’ils ne respectent toujours pas leur engagement de porter à 100 milliards de dollars par an leur aide aux pays en développement.

Outre le financement des projets d’adaptation, les pays africains devraient exiger le déblocage de fonds pour faire face aux «pertes et dommages», c’est-à-dire les conséquences irréversibles du changement climatique qui touchent déjà de plein fouet le continent.

Les pertes et dommages sont de plusieurs natures : ils peuvent survenir lors d’événements de longue durée, comme les sécheresses à répétition ou la montée du niveau de la mer, qui détruisent de manière irréversible les moyens de subsistance de certaines communautés. Il peut aussi s’agir d’événements soudains, comme les ouragans ou les inondations qui détruisent des villages entiers en quelques heures.

L’Institut sud-africain des affaires internationales note par ailleurs que l’Afrique doit peser de tout son poids pour opérationnaliser le « réseau de Santiago », qui a été créé lors de la COP25 en vue de connecter les pays vulnérables du Sud avec des personnes et organisations dotées d’une expertise technique et de ressources pour les aider à prévenir, limiter et répondre aux pertes et dommages. Ce réseau se limite jusqu’ici à un site Web où les pays en développement peuvent poster leurs besoins, sans vraiment obtenir de réponse.

À Glasgow, un accord avait été trouvé sur le fond, c’est-à-dire sur les fonctions que remplira le réseau, mais pas sur la forme c’est-à-dire par qui et comment il va être piloté.

Sur un autre plan, le rapport recommande à l’Afrique de demander le respect des exigences du Pacte de Glasgow pour le climat, relatif au renforcement des objectifs actuels d’émissions à l’horizon 2030. Au 23 septembre 2022, date limite de soumission des nouveaux objectifs, 23 pays seulement sur près de 200 avaient soumis les versions actualisées de leurs contributions déterminées au niveau national (CDN).