Le continent africain ; un foyer des aspirations internationales

* La course internationale effrénée pour assurer une présence effective dans le continent africain pourrait s'intensifier, notamment vu son importance croissante en tant que source alternative et prometteuse de gaz russe.

 

Le continent africain fut toujours l’objet des convoitises des grandes puissances internationales grâce à ses diverses richesses. Ces puissances ont rivalisé et même combattu pour prendre pied dans le continent, soit par la colonisation directe de la plupart de ses pays, soit par des contrats de protection et des mandats adoptés tantôt par des accords de conformité imposés par la force aux autorités locales, et tantôt par des résolutions des conférences et des organisations internationales ou par la conclusion de traités de partage d'influence entre elles.

Bien que tous les pays africains aient acquis leur indépendance et achevé leur intégrité territoriale, ils sont toujours au centre des aspirations de nombreuses puissances étrangères. Ils occupent aujourd'hui une place prépondérante dans les stratégies de tous les grands pays, mais aussi des pays émergents économiquement et technologiquement, qui sont entrés dans une compétition intense pour sécuriser leurs intérêts vitaux, étendre leur sphère d'influence et obtenir le plus de capacités diverses et énormes disponibles dans la plupart des pays de l’Afrique.

Face à l'impossibilité d'un colonialisme direct dans la situation internationale actuelle, la plupart des puissances aspirant à influencer en Afrique et avides de profiter de ses richesses ont trouvé des méthodes nouvelles et innovantes pour atteindre leurs objectifs, dont les plus importantes sont les suivantes :

* Intensifier la coopération bilatérale avec les pays concernés, en multipliant la conclusion de divers accords avec eux, ainsi que se rapprocher d’eux en injectant des investissements ou en ouvrant des marchés pour leurs produits, sans oublier de les attirer en fournissant des aides au développement, et en finançant de nombreuses infrastructures telles que les stades sportifs, les établissements d'enseignement et de santé, et autres, sous forme de dons ou de prêts concessionnels, en plus d'attribuer des bourses à ses étudiants et de réhabiliter un nombre de sespersonnels sans négliger l’achat de la conscience de ses dirigeants.

* Encadrer la coopération dans un forum collectif global à travers l'Union Africaine en tant qu'organisation régionale, dans la mesure où cette forme, dont les puissances coloniales occidentales ont pris conscience très tôt, est devenue un modèle pour toutes les puissances majeures et émergentes désireuses de bénéficier des richesses et d’en assurer une part significative. C'est pourquoi cette forme coopérative ne se limite plus au modèle « France / Afrique », mais a été adoptée également par l'Union européenne, les États-Unis, la Russie, la Chine, le Japon, l'Inde, la Turquie et le Brésil.

* Menacer d'utiliser la force en cas de besoin, et après l’échec des méthodes de tentation. Le brandissement de violence s'est transformé en menace réelle dans de nombreux cas, soit en intervenant directement pour renverser certains régimes du pouvoir, soit en aidant à organiser des coups d'État militaires contre eux, soit en participant à déstabiliser leur sécurité et stabilité et à déchirer leur intégrité territoriale en plantant des groupes terroristes et des groupes de mercenaires en leur sein.

Cette élaboration des méthodes utilisées, et la séparation entre elles, ne signifie pas nécessairement que les grandes puissances ascendantes se sont contentées d'en appliquer une seule. Dans le contexte d'une compétition intense pour avoir la plus grande influence possible en Afrique, les pays concernés n'ont pas hésité à utiliser au moins deux des méthodes précitées, mais certains d'entre eux n'ont pas hésité à utiliser toutes ces méthodes simultanément.

Si certaines puissances ouvertes sur les pays africains après l'indépendance de ces derniers, comme le Japon, l'Inde et le Brésil, se sont limitées à utiliser des incitations économiques, commerciales et culturelles dans un cadre bilatéral et dans le cadre d'instances collectives, les grandes puissances comme l'Amérique et la Russie, en plus de celles qui ont colonisé des parties du continent par le passé, ont toujours trouvé des justifications, aussi fragiles soient-elles pour assurer leur présence militaire, et sous diverses formes lorsque ses intérêts supérieurs l'exigent.

Dans ce contexte d'utilisation de la puissance dure, une variété de méthodes auxquelles ont recours certaines des superpuissances ont été observées. Les anciennes puissances coloniales, avant l'évacuation de leurs colonies, ont non seulement travaillé à lier les économies de ces pays émergents à leur propre économie, mais aussi à leur monnaie, comme l'a fait la France. Ils ont plutôt établi des bases militaires sous couvert de coopération, au profit de leur présence dans plusieurs cas pour mener des coups d'État militaires contre les régimes qui tentaient de briser ces régimes de tutelle.

Malgré le coût financier et politique élevé de l’installation des bases militaires, du garantissement de la poursuite de ses actions, et de certaines interventions militaires, la présence armée en Afrique est devenue une urgence pour les grandes puissances, malgré sa lourde facture. Afin de concilier entre la présence sécuritaire et militaire inévitable soutenant le mouvement diplomatique et économique, et la nécessité d'alléger la facture de cette présence, certaines puissances internationales avides de ressources africaines ont trouvé de nouvelles pratiques qualitatives, dont les plus importantes sont :

* Fermer les yeux sur un nombre de régimes issus de coups d’État militaires, et continuer à s'occuper d'eux au lieu de les rejeter comme cela a été décidé depuis le début du millénaire actuel.

* Conspirer secrètement avec un nombre d'organisations séparatistes ou terroristes, en facilitant même la circulation de leur personnel et en assurant un soutien logistique et parfois une couverture politique pour étendre la portée de leurs mouvements dans l'espoir de les exploiter plus tard comme des cartes de pression et une épine dans le pied de régimes qui ne répondraient pas aux souhaits des puissances internationales concernées.

* Sécuriser le déploiement de groupes de mercenaires liés directement ou indirectement à certaines puissances internationales et à plusieurs pays régionaux comme le groupe Blackwater, et le groupe Wagner, dont la présence sur le continent africain est devenue intense influençant les évolutions politiques et sécuritaires d'un certain nombre de pays, comme cela s'est produit au Burkina Faso où ce groupe n'a pas nié son rôle majeur dans le récent coup d'État.

À la lumière de ces données, la course internationale effrénée pour assurer une présence effective dans le continent africain pourrait s'intensifier, notamment vu son importance croissante en tant que source alternative et prometteuse de gaz russe. Les Africains accepteront-ils que leur continent se transforme en une nouvelle scène de guerre froide, et un gâteau facile à digérer ?

Les élites du continent africain connaissent certainement le sens du proverbe africain : « Si les membres de la meute s’unissent, le lion meurt de faim. »