Aux Etats-Unis, l’autre « guerre » contre la Russie passe par les comptes offshore, les villas et les yachts

La guerre en Ukraine se poursuit dans la boue, dans le froid et dans la neige. Mais elle revêt aussi une dimension internationale inédite, judiciaire, transformant la planète en un vaste échiquier. Les chasseurs sont des enquêteurs occidentaux. Les chassés, des individus et des entités russes, placés sur les listes de sanctions abondamment nourries, aux Etats-Unis et dans l’Union européenne, depuis l’agression du Kremlin.

Comme en matière de soutien militaire à Kiev, les Etats-Unis se trouvent en pointe dans cette opération. Au début du mois de mars 2022, une semaine après l’entrée des troupes russes en Ukraine, le ministre de la justice, Merrick Garland, a mis en place une cellule – task force –, appelée KleptoCapture. Ce groupe réunit des magistrats et des experts spécialisés dans la lutte contre la corruption, l’évasion fiscale ou le blanchiment. En s’appuyant sur des sources humaines, l’analyse de données bancaires ou les informations de sociétés privées, la task force s’est lancée dans une vaste traque des biens russes : des bateaux aux avions, des villas aux cryptomonnaies et aux œuvres d’art.

L’opacité des circuits demeure un défi énorme. Selon le Trésor américain, « plusieurs oligarques russes » ont effectué « d’importants transferts de fonds à leurs enfants, surtout à ceux étudiant aux Etats-Unis, et ces virements ont financé d’importantes acquisitions, généralement de l’immobilier résidentiel et des biens de luxe », par le truchement de sociétés offshore.