« Grâce au français on a été nourris à la bonne mamelle, celle des droits de l’homme, de la tolérance et de l’ouvert

Ferid Memmich, représentant personnel du président tunisien auprès de l’Organisation internationale de la francophonie à la « Majalla » :

  *Aujourd’hui, on trouve le Louvre à Dubaï, plusieurs médias qui proposent des versions en français dans les pays du Golfe.

*La francophonie ce n’est pas simplement la France. Quand on parle de francophonie, il y a 88 pays qui sont concernés.

  * C’est aussi un choix d’un modèle de société, non pas un modèle occidental, parce que nous voulons rester attachés à notre authenticité mais un modèle de civilisation enrichie, parce que la francophonie nous apporte le tout dans une démarche d’ouverture et de non exclusion.

  A l’aune du prochain Sommet de la Francophonie, qui aura lieu à Tunis à l’automne 2020, l’Alliance Française de Tunis et l’Institut français de Tunisie a tenue une conférence de presse dédiée à la journée de rencontres et d’échanges sur les enjeux économiques et culturels de la francophonie, qui aura à Tunis, au mois de mars. La « Majalla » a rencontré à cette occasion M.Ferid Memmich, représentant personnel du président tunisien M.Beji Caïd Essebssi à l’Organisation internationale de la Francophonie, et son excellence M.Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur de France en Tunisie, qui nous ont parlé des perspectives économiques, des défis culturels, de la mobilisation des acteurs de la francophonie au-delà des frontières et du renforcement d’une unité territoriale autour d’une langue commune, qui vont constituer les thèmes principaux des panels de cette journée.

  Est-ce la francophonie se limite à l’usage de la langue française ?

La francophonie est une belle histoire. L’usage du français par les non-français procure un supplément d’âme. C’est un rapport de fécondation, donc de civilisation. La francophonie ce n’est pas simplement la France. Quand on parle de francophonie, il y a 88 pays qui sont concernés.   Le terme « francophonie » est apparu vers la fin du XIXe siècle, pour décrire l’ensemble des personnes et des pays utilisant le français. Il acquiert son sens commun lorsque, quelques décennies plus tard, des francophones prennent conscience de l’existence d’un espace linguistique partagé, propice aux échanges et à l’enrichissement mutuel. Des hommes et femmes de lettres seront à l’origine de ce mouvement. Quoi de plus naturel pour une entreprise adossée à l’usage de lalangue.C’est pour ainsi dire que c’est une internationalisation de la langue française qui s’opère et qui soustrait un peu la France à son statut de pays dépositaire de cette langue, mais qui reste le grand frère pour les pays francophones. Aujourd’hui la francophonie est une propriété commune où chacun à sa place et peut s’y sentir à l’aise. La francophonie est aussi un legs d’histoire. Mais c’est un legs qui n’est pas venu avec la colonisation. Je rappelle que dans le cadre du mouvement réformiste au 19è siècle, Kheirreddine Pacha, fasciné par la modernité de la France avait fondé à Tunis  le collège Sadiki où on enseignait la langue française et on enseignait aussi les autres disciplines en français.  En quelques sortes, c’est nous qui sommes allés chercher le français. Il n’est pas venu à nous avec les armes ou par la force. Et c’est à travers cet enseignement au collège Sadiki que la nouvelle élite formée à ces valeurs a lutté contre la colonisation en Tunisie ou ailleurs en Afrique.

 

 Quel apport de cette langue aux populations francophones ?

D’abord, grâce au français ils ont été  nourris à la bonne mamelle, celle des droits de l’homme, de la tolérance et de l’ouverture. Le rapport avec le français n’est pas une pesanteur ou des sévices. Nous devons être à l’aise avec l’usage de cette langue. Certes notre langue est l’arabe et nous sommes arrimés à la culture arabo-musulmane, à cela vient s’ajouter cette dimension francophone qui donne un supplément d’âme et qui donne un supplément d’ouverture. C’est aussi un choix d’un modèle de société, non pas un modèle occidental, parce que nous voulons rester attachés à notre authenticité mais un modèle de civilisation enrichie, parce que la francophonie nous apporte le tout dans une démarche d’ouverture et de non exclusion.

Que peut apporter cette langue aux populations arabes ?

  C’est un arrimage à la culture, à la science dont les œuvres et les innovations ne sont pas traduites en arabe et c’est là où le bat blesse. Nous avons besoin d’acquérir les langues pour acquérir la science, la culture et les valeurs civilisationnelles. Pourquoi s’amputer délibérément un pied sur lequel on peut mieux marcher sous prétexte que ce n’est pas arabo-musulman ? Nous sommes pour l’ouverture qui signifie enrichissement de l’identité propre.  Il faut qu’on soit imbus de cette idée parce que nous voulons aller de l’avant et que toute exclusion est une force d’inertie qui nous tire vers l’arrière.

 La francophonie a commencé à gagner les pays du Golfe. Pourquoi ces pays s’intéressent-ils à la langue française ?

Je crois que depuis quelques années, il y a un engouement pour la langue française. Je vous signale à ce titre que beaucoup de pays, qui n’ont la langue française comme langue maternelle, font partie de l’OIF, comme membres observateurs ou membres associés. Parmi ces pays on trouve la Tunisie, le Liban, l’Egypte, le Qatar, les Emirats Arabes Unis, Djibouti et aussi l’Arabie Saoudite qui a déposé sa candidature. C’est pour dire que les pays du Golfe sont demandeurs. Aujourd’hui, on trouve le Louvre à Dubaï, plusieurs médias qui proposent des versions en français dans les pays du Golfe. Souvenez-vous qu’en Egypte, dans les années 50, on se targuait de parler en français et que ce mouvement est resté l’apanage de l’élite. Il y a donc une demande sous forme de culture, de commerce et d’échanges. Ce mouvement se fait ressentir en Moyen-Orient. Les pays du golfe sont présents et suivent de près les activités et participent aux réunions de l’OIF.