La Mdhalla, ce Sombrero tunisien

Produits en fibres végétales
*‘’Ce chapeau est le fruit d’un savoir faire ancestral jalousement gardé par des artisans qui ont su perpétuer le métier du tressage des feuilles des palmiers propre aux habitants des oasis’’
* Les exportations des produits en fibre végétales ont atteint 2.493,073 DT.

Tunis:Il s’agit de Medhalla, du couffin, du sajjeda(le tapis de prière), de la Marouaha(éventail typiquement tunisien), des produits, fabriqués à partir de feuilles de palmier tressées. A cause de leur authenticité et leur originalité, ces produits s’exportent aujourd’hui par milliers vers le Japon, pays du Soleil levant. Fruit d’un savoir-faire ancestral jalousement conservé par des artisans qui ont su perpétuer le métier du tressage des feuilles de palmier propre aux habitants des oasis de Gabès, ces produits artisanaux, qui ont su résister au rouleau compresseur de la mode et du temps, ont pu grâce à la volonté de ces artisans s’imposer à l’échelle nationale et internationale.
En été, il retrouve sa superbe. Ce couvre chef en fibres végétales revient subitement au goût du jour. On le pose sur la tête et sa chimie opère. 
Mdhalla! Comme son nom l’indique, ce chapeau protège contre les rayons du soleil. C’est le meilleur ami des travailleurs à ciel ouvert, hommes et femmes. En ville, il devient le plus pratique des couvre-chefs. Aux dames, ses services sont multiples : Il prend le pouvoir sur les coiffures volumineuses, il protège des rayons de soleil et des regards pernicieux. Il leur évite aussi un emploi excessif des crèmes couteuses et leur procure l’âme  d’un style ancestral mais renouvelé.  
Longtemps mis au placard à cause des codes stylistiques bouleversés par une modernité effrénée, ce couvre chef, est devenu depuis quelques années  un accessoire indispensable quand le mercure s’emballe. Artistes, hommes politiques et même notre Chef de l’Etat, n’arrivent plus à s’en passer. 
Les images retransmises par les chaines télé des sit-in et autres rassemblements populaires, où l’on dénombre aisément des centaines de Mdhalla  trôner fièrement sur les têtes les plus dures  qui résistent au régime en place,  attestent du retour imposant de ce produit artisanal. 
Mais comment se fait-il que ce couvre-chef des gens du sud tunisien ait pu retrouver le chemin des grandes villes ? Mieux encore, la Mdhalla, a séduit pas mal de visiteurs étrangers et s’est frayée même le chemin de l’export.
En effet, un moment désaffecté à cause notamment de l’invasion de notre mode de vie des codes sociétaux occidentaux, la Mdhalla, a pu renaître sous des formes réadaptées mais fidèlement inspirées de la tradition. De jeunes artisans en tressage des feuilles de palmier, initiés au mystère de la création artisanales et artistique, ont  réussit à nous réconcilier avec nos racines. Leur travail est courageux, parfois surprenant, mais renvoie toujours au patrimoine. 
C’est que l’histoire nous apprend que le tressage des feuilles de palmier est une pratique aussi vielle que nos oasis. C’est dans ces oasis que l’on retrouve la trace de l’une des activités artisanales ancestrales liée aux fibres végétales. 
Une activité qui a toujours été au premier rang étant donnée l’abondance des matières premières sous différentes formes dans plusieurs régions du pays. 
 




Si certains optent pour la chachia, d’autres préfèrent la Mdhalla.

Un produit à raffiner
D’apparences simples et faciles à confectionner, les produits tressés exigent un travail méticuleux et un sens artistique raffiné propres aux maîtres artisans. En plus du savoir-faire, la confection de produits tressés a pour mérite d’occuper, toute l’année durant, tresseuses et tresseurs.
Le travail de tresse commence par la coupe des feuilles par des spécialistes, le séchage et le pelotage de ces feuilles, le tressage en petite bande puis l’assemblage et la confection du produit.
Legs des plus précieux, le tressage des feuilles de palmier a pu, ainsi se transmettre de génération à génération et résister aux phénomènes de mode et aux tentatives d’industrialisation. 
Le chapeau de Chott Essalem (Gabes-ville) et le couffin de la Hamma sont deux produits artisanaux qui ont su résister au rouleau compresseur de la mode et du temps, ont fini par s’imposer à l’échelle nationale et internationale.
Ce chapeau est le fruit d’un savoir faire ancestral jalousement gardé par des artisans qui ont su perpétuer le métier du tressage des feuilles des palmiers propre aux habitants des oasis. "C'est notre grand-père, pêcheur le matin, tisseur de Mdhallas(chapeaux de paille) l'après-midi, qui nous a autrefois transmis la volonté de poursuivre cette tradition, et nous a conduit aujourd'hui à élargir les gammes offertes au consommateur", affirme à la «Majalla » Imad Chaabane, commerçant, rue d'Allemagne à Tunis. Parmi les produits artisanaux qu'il propose, le coufin, l'éventail, et notamment la Mdhalla, soigneusement rangée en pile selon les gammes. Cap sur cette production artisanale, qui allie authenticité et pratique, constituant parfois même un accessoire de mode. Ce chapeau serait inspiré du sombrero(chapeau mexicain) : dérivé de sombraen espagnol, c'est-à-dire ombre, tout comme la Mdhalla, ou encore Dhallalasignifie l'ombrage, la protection. Destiné à différents usages, ce n'est pas seulement du soleil que ce chapeau protège, mais aussi du vent, du sable, selon la saison et le climat.
 




A cause de leur authenticité et leur originalité, ces produits s’exportent aujourd’hui par milliers vers le Japon, pays du Soleil levant

D'où vient la Mdhalla ?
Si M. Chaabane s'approvisionne en chapeaux de paille droits venus de Djerba, aujourd'hui fabriqués par ses cousins, la ville de Gabes et El Hamma restent l'origine potentielle de ce chapeau. Rond au dessus de la tête, légèrement tinté en rose sur les côtés, il s'agit du chapeau de paille tunisien le plus répandu. Alors que la production djerbienne privilégie une taille plus grande, une forme pointue et des mêches qui s'en échappent, empruntant au sombrero mexicain, la Mdhallaclassique nous vient des villes où les palmiers sont plus abondants. Le chapeau de paille dit du Djerid (Tozeur et environs) a la même forme que le chapeau djerbien, abstraction faite de la touche fantaisiste des mêches. Ce qu'il faut savoir, c'est que chaque style trouve ses amateurs. Si laMdhalladjerbienne, pointue et ornée de mêches est à l'usage chez les amateurs de pêche, la Mdhallaclassique est un chapeau de ville. 
Différents prix et différentes qualités
"Toutes les Mdhallas ne sont pas identiques, ce qui illustre des prix allant de 5 à 30 dinars l'unité", explique à la « Majalla » M.Chaabane. Interrogé sur le motif de ces prix croissants pour un résultat parfois invisible à l'oeil de l'acheteur, M. Chaabane affirme : "En dattes, on distingue la Degladu Blah, et c'est bien semblable en ce qui concerne les Mdhallas". Outre le travail manuel, ce tressage aussi minutieux que symétrique, cette patience pour un résultat pas toujours satisfaisant, la qualité du zaaf (feuilles de palmier) fait la différence entre le chapeau et l'autre. Un feuillage et un tressage de qualité peuvent donner un couvre-chef qui dure jusqu'à 5 ans, à condition de le garder à l'abri de l'eau, sans avoir à le plier.
Un travail de tressage
En effet, le tressage des feuilles de palmier constitue l’un des métiers les plus anciens des habitants de la ville de Gabes, cette oasis maritime, où se mêlent et se confondent traditions cumulées, dextérité manuelle et intelligence créative.
Ainsi, le chapeau de Chott Essalem, voire la Medhallaqui protège du soleil a  été retenu par le commissariat régional de l’artisanat de Gabes comme produit phare de la région destiné à être développé dans le cadre du projet Tuniso-Japonais « un village, un produit ».
Par ailleurs, une multitude de produits utilitaires sont également confectionnés à partir de ces tresses de feuilles de palmier dont en particulier le couffin, le Sajjad (tapis de prière), la « Marhouah » (éventail typiquement tunisien). 
Ces métiers qui constituent des sources de revenu pour des milliers de familles, ont été préservés en dépit de la surexploitation des oasis au cours des dernières décennies, du tarissement des sources d’eau naturelles au profit de l’industrie et du tourisme, de l’abandon d’un grand nombre d’oasis, de l’invasion du  béton et de l’extraction à outrance, du jus de palmier (legmi) qui finit souvent par étouffer l’arbre et le condamner.
Activité exercée par une population mixte à dominance féminine, le tressage des feuilles de palmier est organisé et structuré dans la région conformément aux spécificités socio-climatiques des zones oasiennes, mais aussi selon les variétés de palmier prédominantes.
Qui porte la Mdhalla, et pourquoi ?
Portée par différentes générations, c'est selon M. Chaabane un produit artisanal principalement destiné aux hommes du deuxième âge. Ses clients sont souvent des tunisiens à l'étranger, à la recherche de la Mdhallapour son plus grand effet d'authenticité. Autres demandeurs de ce chapeau sont les personnes diabétiques, conseillées par leur médecin pour se protéger contre le soleil de manière fiable. Contrairement aux idées reçues, la Mdhalla est loin d'être réservée aux hommes. De plus en plus de femmes allant au pélerinage s'équipent en chapeau de paille en préparation à leur voyage. Et ce sont notamment les femmes djerbiennes qui font le plus honneur à ce produit, reconnu pour de multiples rôles. Il faut dire que les djerbiennes sont très attachées à leur Mdhalla, portée de jour pour protéger du soleil tapant, le soir contre le vent. Cela sert même d'accessoir maintenant en place Ellahfa, cette tenue féminine aussi traditionnelle que discrète. Lors des fêtes et mariages, des rubans de différentes couleurs viennent se nouer autour de ce chapeau, indiquant si la porteuse est demoiselle, femme mariée ou veuve. Que de traditions et d'habitudes faisant de la Mdhallaplus qu'un accessoire de mode, un symbole poétique et discret.
Une autre raison pour porter la Mdhalla, est sa matière totalement écologique et biodégradable. Protéger la tête par cette chaleur en plein mois d'août est vivement conseillé. Pour les grandes comme les petites têtes, les femmes ou les hommes, quitte à choisir de s'aquitter de produits industriels souvent de basse qualité pour des prix avoisinants, autant opter pour ce produit national, chalereusement nattés par des gens simples et rudimentaires.
Marouha et couffin
C’est ainsi que des zones comme Chott Essalem (Gabes ville) et Chenini ( Gabes-ouest) sont connues par la confection de chapeaux de qualité supérieure à partir de feuilles de palmier de la variété dite « Bouhattem ».
Ces chapeaux ou « Medhallah » se vendent à des prix pouvant atteindre 35 dinars contre uniquement dix à quinze dinars pour des chapeaux fabriqués à partir de feuilles de palmiers considérés moins nobles.
Les zones comme Debbaba, Ouled Ennour, Ben Ghilouf, Bechima, El Khebayat (délégation d’El Hamma), sont réputées quant à elles pour la confection du meilleur couffin en feuilles de palmier. 
Pour leur part, les zones de Sombat et El Ksar sont, respectivement connues pour la confection du tapis de prière (sejjad) et de la Marouhah (éventail).
Cependant, qu’il s’agisse de l’alfaà Kasserine, du Smarà Nabeul, du rotin à Aïn Draham ou du palmier à Gabes, les fibres végétales ont toujours été une source d’inspiration aux artisans tunisiens qui excellent dans la conception de produits à la fois utiles et décoratifs. 
Chaque région a ainsi acquis une bonne partie de sa notoriété et de sa spécificité de par ses produits propres et une technique de fabrication spécifique. 
Les artisans de Smar à Nabeul constituaient jusqu’au début des années 80 une forte corporation capable de produire des milliers de m2 de tapis qui habillaient les sols et murs des mosquées et de nombreuses demeures rurales. Malheureusement, ils ne sont plus aujourd’hui que quelques dizaines qui résistent encore à l’envahissement des produits industriels de provenance douteuse et à base de matières plastiques.
De même pour les produits en alfade Kasserine dont les fameux «pas de porte » aujourd’hui en concurrence avec des produits similaires importés. 
De par leur authenticité et leur originalité, ces produits, fabriqués à partir de feuilles de palmier tressées, s’exportent bien vers le japon, pays du soleil Levant. En 2009, ces produits ont été exportés par milliers.
Il n’empêche, l’ouverture de points de ventes de ces produits dans les sites archéologiques et autres musées du pays , qui bénéficient tout au long de l’année d’une bonne affluence, pourrait aider à redonner l’élan souhaitée à cette activité ancestrale. L’objectif étant de voir un jour les touristes rentrer chez-eux, un couffin ou un éventail à la main.
Travail du rotin
Les artisans de Aïn Draham exploitent la souplesse et la légèreté du rotin pour le courber, le fendre, le nouer et le transformer en fauteuils de salon, en bibliothèque, en portemanteaux, voire en trône de mariage. Conservant son aspect végétal, le rotin introduit dans les intérieurs une note de vie et de fraîcheur. Plus fin, l’osier, grâce à la technique du cannage d’éclisses, fournit des placages pour les armoires, garnit les dossiers des chaises et permet de créer des formes répondant à des besoins nouveaux : porte-revues, porte-bouteilles et lustres sont maintenant courants.
Le mobilier du rotin n’est pas sans rappeler les fauteuils et les tables de jardin à l’aspect rustique, faits d’un assemblage de hampes de palmier et produits dans les oasis du Sud.