Algérie ..Bouteflika dans le collimateur de la justice?

 
*Ahmed Gaïd Salah, rassure que tous les dossiers de corruption vont être déterrés et traités par la justice en toute équité quelles que soient les circonstances, de façon à faire comparaître devant la justice tous les corrompus quels que soient leur fonction ou leur rang social
 
* les conditions nécessaires pour tenir des élections pluralistes, précédées par des discussions constructives et un dialogue serein et calme, permettant au citoyen d’accorder sa voix à celui qu’il considère apte à conduire le pays sur la voie de la prospérité et du progress
*la désignation d’une personnalité nationale ou instance présidentielle consensuelle pour la gestion d’une période transitoire pour le retour au processus électoral, de six mois à un an au maximum
 

Algérie :En se référant, d’une part, au dernier discours du chef d’état-major de l’ANP Ahmed Gaïd Salah, prononcé le 16 juin, à partir du siège de la 3ème région militaire à Bechar, où il a affirmé que la lutte contre la corruption ne doit pas avoir de limite, et qu’aucune exception ne sera faite à quiconque, et d’autre part, aux dernières arrestations et interpellations de plusieurs hauts responsables et hommes d’affaires, par la Cour suprême et les tribunaux algériens pour leur implication dans des affaires de corruption sous le règne du président déchu Abdelaziz Bouteflika. Ce dernier, dont la responsabilité directe dans la situation de déliquescence qu’a connue le pays est engagée, pourrait à son tour être visé par la justice algérienne. Par la même occasion, Ahmed Gaïd Salah, rassure que tous les dossiers de corruption vont être déterrés et traités par la justice en toute équité quelles que soient les circonstances, de façon à faire comparaître devant la justice tous les corrompus quels que soient leur fonction ou leur rang social. « Partant du fait que la lutte contre la corruption n’admet aucune limite et qu’aucune exception ne sera faite à quiconque, cette voie sera celle que l’institution militaire veillera à entreprendre avec détermination, posant ainsi les jalons de l’affranchissement de l’Algérie du vice de la corruption et des corrupteurs avant la tenue de la prochaine élection présidentielle », a-t-il assuré. Evoquant les affaires en cours au niveau de la justice, le chef d’état-major parle de lourds dossiers. « L’heure des comptes est arrivée ainsi que le temps d’assainir notre pays de toute personne malhonnête qui s’est laissée tenter de troubler la vie quotidienne du peuple algérien par de telles pratiques et de tout ce qui a obstrué les horizons face aux Algériens et semé la peur, voire le désespoir en l’avenir », a-t-il souligné. Et de s’exprimer à nouveau sur la détermination de l’institution militaire à accompagner la justice, avec une ferme conviction et un sens élevé du devoir, ainsi que de la protéger de façon à lui permettre d’exécuter convenablement ses missions et s’acquitter judicieusement de son rôle de moralisateur. Le général de corps d’armée a fait également le constat selon lequel l’ampleur de la corruption a été la cause fondamentale des problèmes économiques que vit le pays. « Il s’avère maintenant que la cause fondamentale de la crise économique dont souffre notre pays est un problème de gestion en premier lieu, à savoir que les deniers publics étaient pour certains gestionnaires de l’argent commun, voire permis, où ils se servaient à volonté quand ils voulaient en toute impunité et sans contrôle ou considération envers le poids de la responsabilité dont ils portent le fardeau », a-t-il dit, estimant que « cette gestion illégale a permis de créer des projets stériles et sans intérêts réels pour l’économie nationale. « Ils ont été octroyés de manière sélective, et à des montants astronomiques sous forme de crédits, ce qui a perturbé la cadence du développement en Algérie » dénonce le chef d’état-major de l’Armée Nationale Populaire (ANP). Avant de renchérir et de dire que la réforme de la justice n’était que des paroles en l’air. « Il apparaît également à travers cela que ce qu’on appelait à l’époque réforme de la justice n’était malheureusement que des paroles en l’air et des réformes creuses qui, bien au contraire, ont encouragé les corrompus à persister dans leurs méfaits et ont été parrainés pour bafouer les droits du peuple et enfreindre les lois délibérément sans crainte et sans aucune conscience», a-t-il soutenu, considérant ainsi que « permettre à la justice de traiter les lourds dossiers de corruption et mener ses missions à terme est un devoir national, dont l’institution militaire ressent, devant Allah, l’histoire et le peuple, l’impératif d’accomplir, quelles que soient les circonstances» tranche le patron de l’ANP. 

Les manifestants plaident pour le jugement de Bouteflika
D’autre part, sur le plan de la crise politique, le chef d’état-major a relevé une nouvelle fois, la nécessité d’opter pour un dialogue qui réunit la classe politique, la société civile et les personnalités nationales et qui sera l'unique voie vers une rupture effective, à laquelle ne cesse d'appeler le peuple algérien, avec tout ce qui est préjudiciable et néfaste, comme solution à une sortie de crise, et afin d’aller vers une élection présidentielle. « Aussi et pour rejoindre la rive d’une démocratie réelle dans toute sa mesure et sa dimension, il serait plus judicieux de dire qu’il y a lieu de réunir toutes les conditions nécessaires pour tenir des élections pluralistes, précédées par des discussions constructives et un dialogue serein et calme, permettant au citoyen d’accorder sa voix à celui qu’il considère apte à conduire le pays sur la voie de la prospérité et du progrès », a-t-il souligné. Et d’appeler ainsi le peuple à « prendre ses gardes de certaines personnes et entités, qui continuent à faire montre d’une opposition fondée uniquement sur le dénigrement d’autrui ou la formulation de nouvelles revendications et de propositions qui ne sont guère adéquates, voire pas du tout objectives, qui s’inscrivent dans le cadre des pratiques non constructives tendant sciemment à faire perdurer la crise que nous confrontons, oubliant que c’est au nouveau Président seul que revient la tâche de traduire concrètement sur le terrain le programme détaillé et précis des réformes, sur lequel il aurait fondé sa candidature et que le peuple algérien élirait suivant le contenu de son programme » rappelle Gaïd Salah. Pour nombreux observateurs, ce discours est un message clair de l’institution militaire pour démontrer que nul n’est au-dessus de la justice, ni même l’ancien président, Abdelaziz Bouteflika. Par ailleurs, les dernières déclarations du chef d’état-major de l’ANP, ont suscité plusieurs réactions parmi la classe politique et les experts économiques, les avis restent d’ailleurs, partagés. Pour le président du Rassemblement Action Jeunesse, Abdelwahab Fersaoui, le dialogue doit porter essentiellement sur la transition démocratique. « Pour nous le dialogue a ses préalables, dans le sens, où il doit y avoir des garanties pour ce dialogue ouvert et sans conditions. Dans le sens, où on ne peut aller au dialogue alors qu’il y a des interpellations de manifestants, notamment à Alger, où tous les vendredis la capitale est encerclée par un dispositif imposant de sécurité, et on ne peut pas aller vers le dialogue, alors que le peuple algérien ne veut pas dialoguer avec les symboles du système, en l’occurrence, Bedoui et Bensalah. Ce sont là des mesures d’apaisement qui doivent précéder le dialogue. Par ailleurs, le dialogue ne doit pas être autour de l’élection présidentielle uniquement, cette dernière n’est pas une fin en soi, et ne pourrait qu’aggraver la crise par la conjoncture actuelle. Nous voulons, discuter du mécanisme de la transition démocratique, malheureusement, le pouvoir en place a diabolisé le processus de transition, alors que nous sommes déjà entrés dans cette période » décortique M. Fersaoui. De son côté, le président de Jil Jadid, Djilali Sofiane, a estimé que les choses n’avancent pas en matière de recherche de solutions à la crise. « Le chef d’état-major adressé, un réquisitoire sans concessions du régime Bouteflika, il reconnaît que c’est un système qui a été érigé sur la corruption, sur le faux, et sur la manipulation. Quant à l’issue de la crise, il réitère les mêmes positions ; pour le moment il n’y a pas un début de concrétisation, on ne sait pas ce qui bloque, pour nous il n’y a rien de nouveau. Pour sa part, le président du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), Mohcine Belabbes, estime qu’on ne peut réduire la sortie de la crise à une élection présidentielle seulement. « Nous venons à peine de sortir d’un cycle d’élections présidentielles truquées qui ont traumatisé les populations et qui ont produit une bande qui a régné pendant deux décennies sans foi ni loi et qui a failli faire sortir l’Algérie de l’Histoire. Dans ces conditions vers quelle élection faudra-t-il retourner, monsieur Gaïd Salah ? Celle de 1999 qui a vu le retrait de tous les candidats sérieux parce que les dirigeants officiels, notamment militaires, avaient décidé d’introniser celui qui avait, quelques années auparavant, été condamné par la Cour des comptes ?». Toutefois, le Pr. Rezig Kamel (Université de Blida 2), a salué la dernière sortie de Gaïd Salah, en estimant que c’était son plus fort discours. « Sur le plan économique, et en matière de corruption le discours du chef d’état-major a été le plus fort depuis le début du Hirak, dans la mesure où il accuse ouvertement, les gouvernements qui se sont succédé sous le règne de Bouteflika, d’avoir malgré l’argent du peuple, et d’avoir créé un pouvoir corrompu, constitué de classes politiques et d’hommes véreux. En l’occurrence, le chef d’état-major faisait allusion aux crédits alloués sans garanties pour des projets fictifs ». Il faut rappeler par ailleurs que, la revendication principale des manifestants lors du 17e vendredi de mouvement populaire, est la traduction devant la justice de leur ancien président. Les manifestants ont réclamé ainsi le jugement de Bouteflika. « مازالبوتفليقةمازالمازال» « Il reste Bouteflika ». « Ramenez-le même dans son fauteuil roulant » scandent-ils. Ils ont réclamé des poursuites légales contre celui qui a occupé la fonction suprême en Algérie durant 20 ans et auquel tous les ministres et tous les hauts-responsables qui ont été traduits devant les tribunaux devaient allégeance et obéissance. Les Algériens ont scandé ainsi des slogans réclamant le jugement de Abdelaziz Bouteflika. Saluant l’incarcération de personnalités telles que Saïd Bouteflika, l’ancien patron du DRS, Ahmed Ouyahia, Abdelmalek Sellal, Ali Haddad, et d’autres, les manifestants ont exprimé leur souhait de voir l’ex-président démissionnaire jugé et mis en détention. 


La société civile dévoile les mécanismes de sortie de crise politique
Par ailleurs, afin de sortir de la crise politique dans laquelle patauge aujourd’hui le pays, les acteurs de la société civile, réunis le 16 juin à Alger en conférence nationale, et en présence de quelque 400 représentants d’associations nationales, syndicats autonomes et organisations professionnelles de divers horizons, ont appelé à l'accélération de la transition démocratique fluide conformément à un processus électoral concrétisant la rupture et garantissant l'édification d'institutions crédibles. Ainsi, les acteurs de la société civile proposent, d’abord, « la désignation d’une personnalité nationale ou instance présidentielle consensuelle pour la gestion d’une période transitoire pour le retour au processus électoral, de six mois à un an au maximum ». Il est question, ensuite, de « la formation d’un gouvernement de compétences nationales pour la gestion des affaires courantes ». Puis, de « l’ouverture d’un dialogue national global avec les dynamiques de la classe politique et la société civile et les personnalités nationales et activistes du mouvement national, au sujet de la situation politique, économique et sociale du pays et les moyens de sortie de crise, qui sera sanctionné par une conférence nationale ». Les acteurs de la société civile proposent, en outre, l'installation d'une instance indépendante chargée de la supervision, de l'organisation et de l'annonce des résultats de l'élection, en garantissant les mécanismes de contrôle. Ils appellent aussi à l’accélération de la transition démocratique sereine conformément à un processus électoral concrétisant la rupture avec les systèmes de tyrannie et de corruption et garantissant l'édification d'institutions légitimes et crédibles. Cependant, la réussite de ce processus politique, selon les auteurs de l’initiative, requiert la préparation d'un climat général pour l'exercice des droits et des libertés individuels et collectifs et le respect des droits de l'Homme à travers des mesures d'accompagnement du processus politique afin d'instaurer la confiance des citoyens et de garantir une adhésion effective à ce processus. Aussi, pour la concrétisation des revendications du mouvement pacifique, la société civile exhorte toutes les dynamiques à se liguer autour de son initiative et à œuvrer à sa réussite. Les auteurs de cette démarche expliquent que leur initiative est motivée par la situation de crise politique que traverse le pays, et qui impose à toutes les forces vives de proposer des solutions à même de permettre la satisfaction des revendications du mouvement populaire. « Le pays est au bord de l’impasse politique, et nous impose, en tant que société civile, de répondre au devoir national », ont-ils énoncé au préambule de cette initiative. Par ailleurs, le président de l’Ordre des médecins, Berkani Bekkat, a indiqué que les intervenants à cette conférence ont participé à un début de solutions politiques pour dépasser les conditions qui sont à l’origine de la situation actuelle. Il a cité, en exemple, la justice qui a repris son rôle et l’institution militaire qui a entrepris d’accompagner le mouvement populaire. Pour sa part, le président du Rassemblement actions jeunesse (RAJ), Abdelouahab Farsaoui, a estimé que l’organisation de l’élection présidentielle, dans ce contexte est une aventure. Et tenir des élections le plus tôt possible sans passer par des mécanismes équivaudrait à reconstituer le système.

 « Ce sera un recyclage », a-t-il insisté. Quant au dialogue, « nul ne peut le décliner, mais le dialogue a ses propres fondements ». En ce sens qu’« on ne peut dialoguer tout en interdisant les marches, de même qu’on ne peut réussir une période de transition sans la garantie des libertés de regroupement, de création des partis, et les syndicats », a-t-il précisé. De son côté, le président du Réseau algérien pour la défense des droits de l’enfant (NADA) et coordinateur du forum national pour le changement, Abderrahmane Arar, a indiqué que l’objectif de cette conférence nationale est de s’entendre sur la feuille de route qui favorisera le dialogue avec le régime actuel, en vue de sortir de l’impasse politique. « Cela ne signifie pas de dialoguer avec le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, et le Premier ministre, Noureddine Bedoui, des noms dont le peuple algérien réclame le départ », a-t-il expliqué.  En outre, les acteurs de la société civile plaident pour l’ouverture d’un dialogue direct avec l’institution militaire, en premier lieu, à condition que les politiciens poursuivent ce dialogue pour un retour à la légitimité, à travers l’organisation d’une élection libre et transparente. Il est à savoir que, cette initiative devrait être soumise à la classe politique et à des personnalités nationales lors d'une autre rencontre. Rappelons enfin que, cette conférence vient couronner les précédentes rencontres des acteurs de la société civile.  Les représentants de la société civile avaient tenu, précédemment, quatre rencontres préparatoires, dont la première a été consacrée à l’« examen de la situation politique et des risques de blocage ». Les participants ont procédé, lors de la 2e rencontre, à l’ « échange de points de vue et de différentes initiatives et suggestions». Quant aux 3e et 4e rencontres, les syndicats et les associations ont tenté de « cristalliser les différentes propositions pour tenter de parvenir à une plateforme unifiée et une feuille de route devant être présentée lors de la conférence nationale.