Tunisie..Le Parlement échoue, pour la 7è fois à élire les membres de la Cour Constitutionnelle

* Nombreux députés ont accusé le bloc du mouvement Al Horra d’être derrière cet échec cuisant  du modèle démocratique Tunisien l’accusant d’avoir maintenu son veto contre le candidat Ayachi Hamami.
* Le Parlement est obligé d'organiser un autre round électoral dont la date sera annoncé plus tard et a appelé à une nouvelle réunion de consensus entre les chefs de blocs. 

Tunis: Le Parlement des députés du peuple a échoué hier, pour la septième fois, lors d’une session plénière au palais du Bardo à élire trois membres de la Cour constitutionnelle, une instance qui porte l’espoir du parachèvement des structures démocratiques en Tunisie, après une période trouble où la démocratie a été maintes fois menacée.
En effet, malgré l'affirmation des blocs d’Ennahdha, celui de la coalition nationale, de Nida Tounès, de la coalition pour la démocratie, du Front populaire et du bloc de La loyauté envers la patrie, d’avoir respecté la consigne de vote, le résultat du scrutin a, pour la énième fois, est venu montrer la division partisane qui place l’intérêt des partis au-dessus de celui de la patrie. 
C’est d’ailleurs pourquoi nombre d’entre eux ont accusé le bloc du mouvement Al horra d’être derrière cet échec cuisant  du modèle démocratique Tunisien l’accusant d’avoir maintenu son veto contre le candidat Ayachi Hamami.
A cet effet, le président du Parlement, Mohammed Ennaceur, a proclamé avec une grande amertume les résultats de la septième session électorale, précisant que le nombre de votes autorisés était de 172, le nombre de papiers annulés 4 et le nombre de livres blancs 9. Il a ajouté que le Parlement est obligé d'organiser un autre round électoral dont la date sera annoncé plus tard et a appelé à une nouvelle réunion de consensus entre les chefs de blocs. 
Pour sa part, le premier vice-président du Parlement, Abdelfattah Mourou, a déclaré que ce qui s'est passé  était regrettable, voire frustrant, faisant savoir à la « Majalla » qu'il est en faveur d’une «nouvelle approche du traitement de la question, car le pays a besoin d’une Cour constitutionnelle ». Il a à cet effet indiqué que la présidence du Parlement souhaite faciliter le consensus entre les blocs en organisant plusieurs réunions consensuelles.  Cependant, « lorsque le vote ne donne pas de résultats, la mise en œuvre de ce qui a été convenu ne peut aboutir aux objectifs assignés », a-t-il indiqué. Par ailleurs, Mourou a accusé les chefs des partis politiques de porter la responsabilité de cet échec et leur a demandé d’exhorter leurs députés à parachever l'élection du reste des membres de la Cour constitutionnelle.
Mourou a déclaré à «Majalla» que ce qui avait été convenu lors des réunions consensuelles n'avait pas été respecté, car le vote était confidentiel et qu'il était impossible d'identifier qui avait désobéit. Toutefois, il a affirmé que les chefs des partis ont un sens du patriotisme et un sens de la responsabilité, formant le vœu de les voir à l’œuvre encore une fois jusqu’à ce que l'achèvement de l’élection des membres de la cour constitutionnelle soit fructueux avant la célébration de la fête de République qui se tiendra le 25 juillet.
Sur un autre plan, Mourou a exclu le recours à la révision de la loi sur la Cour constitutionnelle et a déclaré qu'il ne souhaitait pas modifier les règles du jeu après sept tours d'élections, tout en reconnaissant que la manière d'élire les membres de la Cour constitutionnelle, selon l’actuelle loi, étaient contraignants. « On ne peut pas dire que le problème réside dans la loi elle-même, mais dans la décision politique qui ne s’est pas adaptée au seuil légal », a-t-il affirmé à la « Majalla ».

 




Mohammed Ennaceur, président de l’ARP.

Révision de la liste
Pour Soufiane Toubal, responsable à Nida Tounès, l'Assemblée des Représentants Peuple n'a pas pu élir trois membres de la Cour constitutionnelle faute de consensus. Il a précisé qu’un veto a été émis à l’encontre de l’un des candidats.
Il a ajouté: "Quand il y a un problème parmi les candidats des blocs, il est préférable de résoudre le problème en consultant la liste des candidats".
Le député Souheil Alouini,  représentant du bloc de la Coalition Nationale, a déclaré que l'ARP devrait trouver une solution radicale au dilemme de l'impossibilité réelle d'élire des membres de la Cour constitutionnelle. Il a déclaré qu'après sept tours d'élections au cours desquels le Parlement n'avait pu élire qu'un seul membre de la Cour et que le mieux serait de penser à une solution sérieuse. Il a ajouté que la raison pour ne pas élire le reste des membres était due au manque de consensus requis entre les blocs sur les noms des candidats, en plus de la crainte d'une politisation de la Cour constitutionnelle.
Pour lui cette solution pourrait faciliter le processus électoral, mais que cela  ferait nécessairement que la Cour constitutionnelle soit aux mains de la majorité parlementaire, ce qui est « dangereux car la cour garantit le respect de la constitution, qui est supérieure à celle des partis et des blocs ».
Le représentant d’Ennahdha Mahmoud Quai'a a déclaré que le bloc d’Ennahdha s'était engagé en faveur du consensus, mais que le reste des membres du bloc était récalcitrant.
A le croire notamment que le candidat du bloc d’Ennahdha, Abdul Latif Bouazizi, n'a reçu que les votes du bloc d’Ennahdha.
En ce qui concerne l'issue d'Ayyachi Hamami, il est clair que ceux qui ont voté pour lui n'appartiennent qu'au Front populaire, alors que les autres blocs ne se sont pas conformés au consensus et n'ont pas honoré leurs promesses. Le député estime que la confiance entre les blocs a beaucoup été ébranlée, ce qui n'aide pas beaucoup à passer à un autre round électoral avant de mettre des points sur les i. Il a ajouté qu'il n'avait pas trouvé une volonté réelle auprès de nombreux députés dans le processus de parachèvement de la Cour constitutionnelle et que le principal problème réside donc dans l'absence de volonté politique.
Accusations
En réponse aux accusations contre le bloc Al Horra du Mouvement Machrou Tounès de perturber  le vote pour la réalisation de la Cour constitutionnelle, il a déclaré que le vote de son bloc était clair et explicite dès le début et a affiché sa position celle de ne pas voter en faveur du candidat Ayachi Hamami.
Il a ajouté que le nombre de députés présents dans le bloc Al Horra, composé de 13 députés, n’était pas déterminant dans le résultat final. Il a expliqué que, après le consensus entre les autres blocs, on supposait l’élection des trois candidats, mais que cela ne s'est pas produit parce que certains députés font semblant en public d’être désireux de constituer la Cour constitutionnelle et s'engagent à obtenir le résultat du consensus mais ne respectent pas en secret ce qu'ils ont promis.
 




Abdelfattah Mourou, vice-président de l’ARP.

Un nouveau rendez-vous
Après cet échec, le bureau du Congrès du peuple devrait tenir une réunion au cours de laquelle la date de la prochaine session électorale, la huitième session, sera déterminée. La Cour constitutionnelle devait être créée au plus tard un an à compter de la date des élections législatives, qui ont été tenu en Octobre 2014, mais l'Assemblée des Représentants du peuple n'a jusqu'à présent pas réussi à élire qu'un seul membre lors d'une séance publique le 14 mars 2018. 
Pour éviter que cette farce ne se reproduise, certains estiment qu’il conviendrait, lors du prochain round électoral, de recourir à la même manière que celle adoptée pour l’élection des membres de la Haute Commission électorale indépendante, où une astuce électorale a été utilisée.
Pour rappel le candidat Ayachi Hammami, qui a obtenu 82 voix, est la candidate du Front populaire et du bloc démocratique, tandis qu'Abdel Rahman Karim, qui obtientu 61 voix, est le candidat du bloc libre du mouvement de la Tunisie, quant à Kaniich, qui a obtenu 127 voix, est le candidat du Bloc de Nidaa Tounès et le Bloc Al Horra, tandis que Maher Krichen, qui a obtienu 21 voix, est le candidat du bloc de la fidélité au pays.