Tollé et levées de bouclier

Après la récente déclaration de l'Ambassadeur de l’Union Européenne en Tunisie
*L’UTICA a indiqué "qu’elle ne tolère pas que le patriotisme et la crédibilité des acteurs économiques tunisiens et des groupes économiques familiaux qui constituent une composante essentielle du tissu économique national
*Convoqué par le ministère des Affaires étrangères, pour protester contre son attitude, il aurait présenté ses excuses indiquant que ses propos ont été manipulés et détournés de leur contexte.

Tunis: Il a provoqué un tollé dans les milieux politiques et économiques en Tunisie. L’Ambassadeur de l’UE en Tunisie, Patrice Bergamini, vient de rajouter une couche à la multitude des polémiques après avoir déclaré dans un entretien accordé au journal français " Le Monde " que l’économie tunisienne est dominée par des lobbies de 22 familles, qui œuvrent à servir leurs intérêts personnels et à empêcher l'émergence de nouveaux acteurs économiques.
Il a expliqué que ces parties entravent toutes les tentatives visant à ancrer la transparence, la concurrence loyale et la gouvernance dans le secteur économique et a appelé à la nécessité de redistribuer les richesses tunisiennes et d'aider la classe moyenne.
 
Convoqué par le ministère des Affaires étrangères, pour protester contre son attitude, il aurait présenté ses excuses indiquant que ses propos ont été manipulés et détournés de leur contexte.
Toutefois, les révélations de Bergamini sont venues à point nommé étayer l’idée que relayent tous les citoyens à savoir que es lobbies familiaux contrôlent une grande partie de l'économie nationale, alors que ce qui reste est dominé par  le commerce parallèle et de la contrebande, principaux verrous de l’économique Tunisienne.
Mais là où le bat blesse est que ses propos interviennent dans un contexte où les faits confirment que le pays est  confronté à un excès de manœuvres des ambassadeurs et des missions diplomatiques en Tunisie.
D’ailleurs, les responsables du patronat tunisien sont montés au créneau après la publication de cette interview et ont fortement dénoncé les récentes déclarations de l’Ambassadeur de l’Union Européenne (UE) à Tunis, Patrice Bergamini.
En effet, dans un communiqué,  l’UTICA a fustigé, dans un communiqué, "l’ingérence de l’Ambassadeur dans les affaires politiques et économiques nationales, suite à son échec criant dans le dossier de l’ALECA et à deux mois des élections, ce qui nourrit les interrogations quant à l’agenda de l’Union européenne ". 
L’organisation patronale a considéré que "ces déclarations nuisent fortement à la Tunisie, à son peuple, à ses institutions et organisations, ainsi qu’à son secteur privé organisé qui a fait preuve de résilience et de solidité, durant les dernières années, malgré une conjoncture régionale et internationale difficile et la situation difficile qui prévaut en Libye dans laquelle l’Europe assume une part de responsabilité ".

 




Patrice Bergamini, ambassadeur de l’Union Européenne se trouve au cœur d’une grande controverse.


 
L’UTICA a également indiqué "qu’elle ne tolère pas que le patriotisme et la crédibilité des acteurs économiques tunisiens et des groupes économiques familiaux qui constituent une composante essentielle du tissu économique national, comme partout dans le monde, soient mis en doute". 
 
Sahbi Atig, leader au mouvement « Tahya Tounes » a déclaré à la « Majalla » que l’ambassadeur de l’UE, en agissant de la sorte  a « enfreint les règles du protocole diplomatique ». Et d’ajouter que "Nous endossons l'entière responsabilité de ce qui nous arrive, car si nous avions pris soin de notre économique nous aurions pu éviter une telle ingérence ». en effet, pour lui, nous subissons les revers de «  notre dépendance économique vis-à-vis de l’UE  et la passivité à l’encontre de la main mise de certaines familles qui bloquent la voie du redressement économique dans le pays". 
L’activiste politique Khaled Chouket, a pour sa part, abondé dans le même sillage en indiquant à la « Majalla » mettant en doute la véracité des propos rapportés. "Je pense que la traduction de l’interview de l'ambassadeur car ses propos semblent contraire à la réalité des relations entre la Tunisie et l'Union européenne », parce que « l'Union européenne est notre premier partenaire économique et que la balance commerciale entre nous est parfois en faveur de la Tunisie", a-t-il ajouté.
 « Le discours de l'ambassadeur de l'UE a été traduit en leçons et en ordres, alors qu'en fait, son intention est probablement de donner des conseils sur les réformes économiques nécessaires pour protéger la transition démocratique », a-t-il déclaré.
 

Pour sa part, Imad Al-Daimi, un dirigeant au sein du Mouvement « Al Hirak », a souligné  que les propos de l'ambassadeur de l'UE en Tunisie, qui ont révélé l'existence d'un lobby familial qui contrôle l'économie rentière du pays, ont été « un choc pour de nombreux Tunisiens, même si tout le monde dans le pays parle de cette main-basse secrètement ».
 
Dans un post sur sa page facebook, Daimi a assuré  qu'"il n'y a pas d’autre salut pour notre économie nationale, que celui de la bonne répartition de la richesse,  l'injection d’un sang neuf et l'esprit d'innovation dans les artères de l'économie, tout comme l’alternation pacifique du pouvoir ».
« L'État, les organisations économiques et la société civile doivent non seulement compter sur l'autorégulation du marché et de la sphère économique, mais aussi sur l'État, les organisations économiques et la société civile pour suivre cette voie et l'aider à travers des politiques visant à soutenir et à motiver les jeunes novateurs et à travers un système juridique qui garantit la rupture des monopoles et l’assainissement du climat d’affaires », a-t-il signalé. Pour lui, le soutien aux PME, la facilitation des procédures et l’accès financement bancaire, ainsi que l'encouragement à la consommation de produits nationaux et l'incitation à l’exportations et la prospection érections des marchés africains pourrait réduire la dépendance de notre économie » et par conséquent réduire les risques d’ingérences politiques.

Il n’empêche, malgré cette levée de boucliers, des interrogations font surface. D’ailleurs, les analystes se demandent pourquoi les gouvernements successifs n'ont-ils pas été conscients de l'ampleur du monopole économique vis-à-vis de l’UE? Pourquoi les autorités ne cherchent-elle pas à explorer des voies économiques nationales plus pérennes et à s'assurer que les jeunes entrepreneurs soient impliqués dans le cycle économique et à les protéger.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la Centrale patronale a souligné que "plusieurs données présentées par l’ambassadeur européen au sujet de certains dossiers économiques notamment ceux de l’huile d’olive, de l’ALECA ou de la migration des cerveaux sont erronées et trompeuses". 
Et d’ajouter ajouté que les secteurs concernés par ces dossiers présenteront, au cours des prochains jours, toutes les données et les détails pour réfuter ces allégations.
Affirmant que les déclarations de l'ambassadeur de l'UE sont inappropriées pour le niveau des relations entre la Tunisie et son premier partenaire UE et que le secteur privé continuera à jouer son rôle national et sera au service de l’économie nationale et de l’intérêt suprême de la Tunisie.