Le départ d’un homme d’exception

Le président tunisien, Beji Caïed Essebssi, n’est plus
*Le président du Parlement tunisien, Mohamed Ennaceur, a prêté serment devant les membres du bureau de l'Assemblée des Représentants du peuple pour son investiture à la présidence de la République par intérim
*Le Serviteur des deux Saintes Mosquées, le roi Salman bin Abdulaziz Al Saoud, a adressé un message de condoléances à Son Excellence le président Mohamed Ennaceur, président par intérim de la République tunisienne.
*Des "obsèques nationales grandioses" seront organisées pour rendre hommage à la mémoire du président Béji Caïd Essebsi.
* Plusieurs chefs d’Etat assisteront à ces obsèques nationales eu égard à la grande notoriété dont bénéficie le président Tunisien.

Tunis :Le président tunisien, Beji Caïed Essebssi, n’est plus. Avec son décès, la Tunisie vient de perdre le premier président en exercice. 
Depuis, jeudi, le chagrin ronge de l’intérieur les cœurs des tunisiens. La peine est grande, le chagrin est immense. La Tunisie pleure un président proche de leurs cœurs. Car, c’est le premier président de l’histoire de la Tunisie à avoir été élu démocratiquement au suffrage universel.
Avec sa disparition, une page glorieuse de mémorables hauts faits vont gagner en valeur, auprès des tunisiens et des pays frères et amis. 
Ils se rappelleront tous de sa bonté, de sa grande culture, de son altruisme, de son courage et de son patriotisme qui ne lui permettaient pas d’agir autrement que selon ce que lui commandaient ces valeurs intrinsèques qu’il véhiculait depuis sa prime jeunesse.Chantre du patriotisme, il aspirait à la liberté, à la dignité et semait à tous vents la graine de l'espoir et nourrissait   l'esprit de la résistance et la foi en sa cause, en toutes circonstances et épreuves.
À côté d'un destin exceptionnel, il aura marqué son époque et plusieurs générations de diplomates et de chefs d’Etat. Il part mais laisse un précieux héritage fait de sacrifices et de dévouement pendant de longues années, faisant de lui un symbole de patriotisme.
 

 

 

 

Avocat de formation
Béji Caïd Essebsi, avocat de formation, diplômé de la faculté de droit de Paris, a épousé toutes les sinuosités de la vie politique depuis l'indépendance. Bourguibiste sous Bourguiba, benaliste durant les dix premières années de la dictature puis, la révolution le dépassant, il la rattrapera. Il sera le premier Premier ministre de la Tunisie démocratique puis sera élu président de la République en décembre 2014. Il le disait avec sourire : « Je n'ai pas fait la révolution. » C'est pourtant cette séquence démocratique qui lui ouvrit la route vers le sommet du pouvoir. Jusque-là, ce grand bourgeois avait fréquenté les allées du pouvoir à un rythme ascensoriel : directeur de la Sûreté nationale, ministre de l'Intérieur puis de la Défense durant les années 1960. Les années 1970 marqueront une rupture avec Bourguiba. La traversée du désert politique, agrémentée par une ambassade à Paris, prendra fin aux débuts des années 1980. Il est nommé ministre des Affaires étrangères. Quand Ben Ali renverse Bourguiba, BCE est élu député puis prend la tête de la chambre des députés. Il ne gardera cette fonction que deux années, demeurant député durant dix ans. Ses fonctions d'avocat l'occuperont. Il partageait un cabinet avec son frère. 
Pendant son mandat, il assura le bon fonctionnement des institutions par un respect scrupuleux de la séparation des pouvoirs et par une pratique exemplaire de l'alternance et de la cohabitation. Il a veillé au rôle de la Tunisie dans le règlement des grands problèmes internationaux.
Sans jamais transiger avec le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, il n'a pas ménagé ses efforts pour préserver la paix dans le monde arabe et ailleurs ; il a fait ce qui dépendait de lui pour promouvoir la solution négociée des conflits.
 
Hier, il a tiré sa révérence sous un signe divin : le jour de la célébration de la fête de la République tunisienne et la veille d’un vendredi. 
Mais il est parti en paix, car ce droit au repos éternel était bien mérité après une vie dynamique et intense en plus du rythme effréné qu’impose la présidence de la République. Mais par ce qu’il sait aussi, qu’il a laissé derrière lui, un peuple soudé. Ses institutions sont stables et sa démocratie est en marche.

Mohamed Ennaceur, succède 
Suite à la réception d'un acte de décès de Béji Caïd Essebsi et la constatation, par l'instance provisoire de contrôle de la constitutionnalité des projets de loi de la vacance définitive, conformément aux articles 84 et 85 de la Constitution, le président du Parlement tunisien, Mohamed Ennaceur, a prêté serment devant les membres du bureau de l'Assemblée des Représentants du peuple pour son investiture à la présidence de la République par intérim.
La Constitution de 2014 stipule qu’en cas de vacance définitive, le président de l'ARP est immédiatement investi des fonctions du président de la République, provisoirement, pour une durée allant de quarante-cinq à quatre-vingt-dix jours.
La prestation de serment s'est déroulée lors de la réunion du bureau de l'ARP, au siège du parlement.

Des obsèques nationales
Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a indiqué, dans une déclaration aux médias, que des "obsèques nationales grandioses" seront organisées pour rendre hommage à la mémoire du président Béji Caïd Essebsi.
Chahed a précisé que plusieurs chefs d’Etat assisteront à ces obsèques nationales eu égard à la grande notoriété dont bénéficie le président Caïd Essebsi auprès de nombreux pays, en particulier en Europe et dans le Golfe arabe.
La Tunisie s’attend à une forte participation de délégations étrangères aux obsèques, a-t-il ajouté.

Faire prévaloir l’intérêt national
Mehdi Jemâa, président du parti « Albadil » a déclaré à « Majalla », qu’en cette épreuve, « les Tunisiens doivent s'unir autour du drapeau national ». « Nous comptons sur le degré de la conscience de tout le monde, également toutes les parties à respecter la Constitution et la loi, et rien d’autre que la Constitution et la loi, pour faire face à cette situation exceptionnelle et délicate que traverse notre pays », a-t-il ajouté à Majalla. 
Dans le même sillage, Ahmed Seddik, ancien président du bloc parlementaire du Front populaire et actuel dirigeant du parti « Al Taliâa », a indiqué à « Majalla » que « Les responsables doivent assumer leurs responsabilités dans l’application à la lettre des textes de la constitution en appliquant à la lettre les textes énoncés dans la constitution. Il faut respecter la loi et les processus ordinaires. La période d’élection d’un nouveau président ne doit pas dépasser les 90 jours. Chacun assume sa responsabilité et place avant tout l’intérêt supérieur du pays »
 
Pour Abdelfattah Mourou, Premier vice-président de l’Assemblée des Représentants du Peuple, « Le calendrier des élections présidentielles sera examiné par l’ISIE On a totalement confiance en l’instance. Cet événement ne devra pas impacter la volonté et la vision du peuple tunisien en son avenir. Ce n’est pas la première fois qu’on vit la transition d’une autorité à une autre. Tout se passera conformément aux règles de la constitution et de la loi ».
 

 

 

 

Messages de soutien
Et puis ces messages de soutien, de solidarité, d’estime, de reconnaissance, d’admiration, d’amitié qui pleuvent des quatre coins du monde. Cela, c’est aussi, parce que la Tunisie occupe, aux yeux du monde, une place singulière, que le président, en fin diplomate, en a tissé la trame et redoré l’image. 
En effet, le Serviteur des deux Saintes Mosquées, le roi Salman bin Abdulaziz Al Saoud, a adressé un message de condoléances à Son Excellence le président Mohamed Ennaceur, président par intérim de la République tunisienne, à la suite du décès du président Béji Caïd Essebsi.
Le roi a déclaré: " Nous avons appris la triste nouvelle de la mort de Son Excellence le président Béji Caïd Essebsi, président de la République tunisienne, qu'Allah lui fasse miséricorde. Ainsi, nous adressons nos sincères condoléances à votre Excellence et à la famille du défunt ainsi qu'au peuple de la République fraternelle, et nous demandons à Allah Tout-Puissant de le couvrir de sa miséricorde. A Allah nous appartenons et à Lui nous retournerons. "
 SAR le prince Mohammed bin Salman bin Abdulaziz Al Saoud, prince héritier, vice-président du Conseil des ministres et ministre de la Défense a également adressé un message de condoléances au président par intérim de la République tunisienne, à la suite du décès du président Béji Caïd Essebsi.
C’est ainsi que le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissia rapidement réagi en soulignant que « le président Caïd Essebsi a largement participé dans le processus d'évolution de la Tunisie et assuré la stabilité du pays. Il restera vivant dans le cœur des Tunisiens et celui des peuples arabes ».
Quant à la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, elle a indiqué qu’à travers les années « le président Beji Caïd Essebsi a été un protagoniste courageux et respecté de la vie démocratique tunisienne, convaincu de l'importance d'un partenariat étroit avec l'Union européenne. Avec son décès, la Tunisie a perdu l'un de ses dirigeants les plus compétents et persévérants dans l'édification d'une Tunisie démocratique et prospère, capable d'offrir un avenir meilleur à son peuple et un modèle pour la région ». 

L’ancien président français, François Hollande a, pour sa part, estimé qu’avec«la disparition du président Béji Caïd Essebsi, la Tunisie perd aujourd'hui un défenseur de la démocratie et un acteur infatigable de la lutte contre le terrorisme. J'adresse mes sincères condoléances au peuple tunisien ». 

Pour sa part, le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte a déploré la mort du président Béji Caïd Essebsi, le qualifiant d’un " grand homme d’Etat ".