Congo - FMI: Qui doit quoi et à qui ?

Il ne se fait plus de doute : Faire appel au Font Monétaire Internationale (FMI), est à l’image de l’appel à un médecin au chevet d’un malade. La seule chose à discuter, et surtout à diagnostiquer, est la nature de la maladie, son degré et surtout son stade, pour (enfin) pouvoir porter le remède.
Comme tout pays qui appelle au FMI, le Congo Brazzaville reconnaît deux choses essentielles : En premier, une incapacité non pas à gérer la situation, mais surtout à éviter la hantise de sombrer encore plus. De deux : La manne pétrolière a été mal gérée, et n’a pu ni engendrer le développement voulu et promis, ou encore assurer un équilibre qui pouvait faire éviter une débâcle que tout le monde voit venir. 
Jean-Paul Matsima, ne cesse de le répéter à qui veut bien l’entendre : «L'Etat me doit 32 milliards de francs CFA (48 millions d'euros)!». Ce patron d'une entreprise de BTP, cite le pont sur la rivière Djouéké comme exemple de travaux non-payés par le Trésor public. Preuve de sa colère : Le portrait du président Denis Sassou Nguesso, qui figure aux murs des hôtels et mêmes, des petites épiceries tenues par des Mauritaniens ou des Maliens, est absent de son bureau. Comme pour expliquer son mécontentement, il explique : «Je n'ai plus de personnel, à part 15 à 20 personnes. Je ne peux plus les payer».
A une crise claire et nette, s’oppose un flou au niveau des chiffres et toute la statistique du pays. Les observateurs conseillent de tout prendre avec prudence, surtout qu’à la dimension économique avancée par ce patron, ancien député indépendant, s’ajoute quelques différends politiques personnels avec le régime.

Chose plus que certaine : M. Matsima n'est pas le seul entrepreneur à se plaindre des impayés de l'Etat dans un pays surendetté qui vient de conclure un accord avec le Fonds monétaire international (FMI).
Les chiffres concernant la dette envers les entreprises publiques et privées à 1.719 milliards de FCFA (2,6 milliards d'euros), soit 30% du total (8,5 milliards d'euros). Chiffre difficile à vérifier et par conséquence à prendre au sérieux, dans ce pays pétrolier d'Afrique centrale, qui s'est retrouvé à cours d'argent quand le baril a chuté de 100 à 50 dollars entre 2014 et 2015.
El Hadj Abdoulaye Djibril Bopaka, président de l'Union nationale des opérateurs économiques du Congo (Unoc) considère que «les entreprises congolaises depuis 2002 subissent le non-paiement de leurs créances malgré le boom pétrolier», avant d’ajouter que «bon nombre d'entreprises ont dû licencier ou fermer leurs portes».
Le résultat est visible dans les rues de Brazzaville, pour constater que plusieurs chantiers sont à l'arrêt. Le plus emblématique est celui du nouveau bâtiment qui devait abriter le ministère de l'Intérieur, place de la République.
Selon des informations qui circulent dans les milieux des affaires, le président Denis Sassou Nguesso a demandé cette semaine en Conseil des ministres, au gouvernement une «évaluation précise de la dette intérieure», pour «procéder à sa liquidation» - «dès que les circonstances le permettront»...
Une nuance saute aux yeux : les chantiers chinois, eux, ne connaissent pas la crise. A l’exemple du futur Parlement de l'autre côté de la place de la République, présenté comme une «aide de la Chine». Lancé en 2017, le chantier doit être livré fin 2019 pour quelque 50 millions d'euros. Ou encore, les tours jumelles de Mpila, le futur centre d'affaires au bord du fleuve Congo lancé en 2015 par la Beijing Construction Engineering Group (BCEG).
Des grands chantiers ont été déjà été livrés malgré la crise, comme le siège de la Banque sino-congolaise pour l'Afrique (BSCA), inaugurée en avril 2018.