Plages tunisiennes : Éternel combat entre nettoyage et pollution

*Une visite aux plages que les Tunisiens, mais aussi les visiteurs, fréquentent l’été, démontrent une grande disparité entre des plages propres, et d’autres assez polluées.
*Selon l'ONG de défense de la nature WWF, chaque kilomètre du littoral reçoit tous les jours 6,8 kg de plastique en moyenne. Seulement 4% des déchets sont recyclés.
*les campagnes des bénévoles ne peuvent répondre à tout moment aux actions de pollution.

 

 

A voir la carte de la Tunisie, on constate deux choses : Une surface réduite, du moins en comparaison avec ses deux voisins immédiats. Par contre, un littoral assez conséquent, offrant aux Tunisiens, mais aussi aux visiteurs, et surtout les touristes, des plages au sable fin, qui ont fait jadis, et font encore, la gloire du secteur touristique en Tunisie. 

Face à cette «carte postale», qui illustre les dépliants et autres supports publicitaires, un monde réel s’est installé : Les plages (pas toutes) ne présentent plus cette image idyllique. La pollution, en premier les déchets laissés sur place par les vacanciers. Mais aussi, des plages sont devenues des décharges pour certains privés et mêmes des usines.

Une visite aux plages que les Tunisiens, mais aussi les visiteurs, fréquentent l’été, démontrent une grande disparité entre des plages propres, et d’autres assez polluées. 

On y trouve de tout, ce que les gens délaissent à leurs départs, après avoir consommé sur place : Des bouteilles de plastique en premier, mais aussi le reste des repas. Sans oublier des couches pour bébés, mais aussi des bouteilles et canettes de bière.

Face à cette pollution, les services publics s’avouent par moments vaincus, et ne pas disposer de moyens nécessaires. Alors vient le rôle des associations, qui chaque dimanche surtout, entraîne ses membres, et même des bénévoles dans des campagnes de ramassage. Surtout l’été, et souvent sous un soleil de plomb. 

La question environnementale n’est plus un luxe ou un sujet de discussion pour pédants oisifs. Elle est devenue essentielle depuis l’avènement de la Révolution. Les Tunisiens osent exiger des plages de qualité, pour leur baignade en premier, mais aussi pour des raisons économiques. A savoir, que les plages propres attirent tout au long de l’été, beaucoup de baigneurs. Chose qui booste la location des maisons en premier, mais aussi fait marcher tous les commerces, aussi le secteur agricole local. En conclusion : Lorsque la plage est propre, l’économie tourne à plein régime. 

La Tunisie a connu, il y a une année, ses premières élections, de l'après-révolution. Dans les municipalités des bords de mer, la propreté des plages, s’est placée à la première loge des discussions. La largesse des promesses des candidats ne peut correspondre à l’étroitesse des réalisations sur le terrain. Les collectivités locales peinent à tenir leurs promesses, tant les détritus continuent à s'entasser sur de nombreuses plages de Tunisie.

Selon l'ONG de défense de la nature WWF, chaque kilomètre du littoral reçoit tous les jours 6,8 kg de plastique en moyenne. Seulement 4% des déchets sont recyclés. Le reste, à savoir 80.000 tonnes de plastique se retrouvent dans la nature chaque année.

Des voix s’élèvent, surtout à travers les médias, pour préciser que les campagnes des bénévoles ne peuvent répondre à tout moment aux actions de pollution. Il faut que le citoyen cesse de polluer : Le convaincre et lui faire comprendre les méfaits de son action, ou/et instaurer une législation plus sévère encore pour les contrevenants...

Selon Mohamed Ben Jeddou, directeur général de l'Agence de protection et d'aménagement du littoral (APAL), dans une déclaration à un média local : «les collectivités locales sont la colonne vertébrale du développement», avant d’expliquer qu’elles «manquent de moyens. L'APAL a aidé certaines d'entre elles en leur accordant entre 5.000 et 20.000 dinars (1.500 à 6.000 euros) pour assurer le nettoyage manuel des plages». Avant de conclure que «Le problème essentiel, aujourd'hui concerne le budget».

Selon WWF, la perte économique s'élève à 16,6 millions d'euros par an, du fait de cette pollution. René Trabelsi, ministre du Tourisme est allé même à qualifier cette pollution de «terrorisme écologique». Ajoutant que les grands hôtels entretiennent leurs plages. Reste à s’occuper des autres plages. 

Dans le but de comprendre ce phénomène, et mieux éclairer la situation, «Majalla» a rencontré Slimane Ben Youssef, coordinateur d'un réseau d'associations environnementales, chercheur en sociologie, spécialiste en gouvernance environnementale, pour lui demander en préambule de nous dresser un état des lieux. Il considère à ce niveau, que : «les plages constituent une ressource naturelle et un écosystème fragile, ainsi qu’un réservoir important pour notre économie, essentiellement au niveau de la pêche. Des entreprises étatiques, notamment l’APAL, n’ont cessé d’œuvrer conjointement, pour en premier mettre à jour les informations concernant cet espace vital, par le biais de l’Observatoire du littoral, ainsi qu’assurer une gestion à travers des mécanismes d’intervention».

 




Slimane Ben Youssef, spécialiste en gouvernance environnementale

Concernant la disparité entre l’état des plages, Ben Youssef considère que «l’état des plages dépend de plusieurs facteurs, en premier la nature de la plage même, le taux de fréquentation, mais aussi l’existence ou l’absence de sources de pollutions». Avant d’ajouter que «les municipalités constituent les locomotives de développement et de la promotion de la qualité de l’environnement». Et conclure : «Nous devons apprendre à exiger des comptes des municipalités, tant le processus de décentralisation est en marche».

A la question de savoir comment améliorer la qualité des plages, cet expert considère qu’il faut «poursuivre la coordination, améliorer les capacités d’intervention des municipalités, et surtout mieux organiser les interventions et les programmes, à l’instar du programme de promotion de l'environnement touristique».

Concernant la disparité des moyens entre les municipalités, chose qui influe sur la qualité des plages, Slimane Ben Youssef, considère que la solution consiste à mettre ces municipalités en réseau, afin de mieux exploiter les ressources en commun et rationaliser la gestion. Sans oublier l’importance d’intégrer les associations agissantes dans le domaine environnemental, qui peuvent être d’un grand apport».