Nigéria : On prend les mêmes et on recommence

«A quoi peuvent servir des élections, si elles ne peuvent entrainer vers la création d’un gouvernement représentatif des forces qui ont gagné par le scrutin, et surtout la mise en application des promesses électorales ???»
Cette question que les tous les Nigérians se posent, et même s’imposent pour ce pays, tant le président de ce pays, Muhammadu Buhari, élu à 76 ans pour un second mandat en février, n'a toujours pas de gouvernement… Uniquement, les noms soumis au Parlement pour approbation la semaine dernière, suscitent déjà la polémique.
Les 43 noms que lui a soumis le président, ont été validés cette semaine, par le Sénat, comme le prévoit la Constitution du pays… Reste que les ministres ne sont pas encore entrés en fonction, car personne ne connaît les portefeuilles auxquels ils seront assignés.
Tous les investisseurs, aussi bien locaux qu’étrangers, sont anxieux. L’économie du pays est, malgré une production de deux millions de barils de pétrole par jour, fragile. 190 millions d'habitants en proie à l'insécurité, dans un pays gangréné par la corruption et à l'économie fragile, n’ont que l’attente pour espoir.
Ce retard n’est pas une première, car il y a quatre ans déjà, le gouvernement avait été mis six mois après l'investiture du président. Le surnom donné à Buhari, «Baba go-slow» (Papy va-doucement), résume tout. Tout le monde craint qu'un tel scénario ne se répète.
Autre bémol, que des associations de la société civile n’ont pas manqué de relever, concerne le nombre des femmes dans cette équipe qui va diriger le pays. A savoir 7 femmes sur 43, surtout dans un pays, qui de l’avis de beaucoup, doit améliorer sa position, tant il détient déjà le record de la plus faible représentation des femmes au Parlement pour toute l'Afrique sub-saharienne, selon un rapport de International Republic Institute (IRI) de 2019.
Selon Ndi Kato, jeune politicienne de 28 ans, dans la presse locale : «16,3% de femmes dans le gouvernement, c'est abyssal», avant d’ajouter que ce «ce gouvernement n'a aucun intérêt pour les femmes, alors que nous avons un nombre très important de femmes qualifiées au Nigeria».

A ce désavantage entre les deux sexes, s’ajoute un autre entre les générations : La moyenne d’âge de cette équipe, est 60 ans, dans un pays jeune où l'âge médian est de 18 ans. Une grogne à travers les réseaux sociaux, les médias et dans tous les cercles universitaires.
Abiola Akiyode-Afolabi, directrice de TMG, estime : «On aurait pu s'attendre à ce que le président sélectionne plus de personnalités avec plus de compétence spécifique à leur domaine à un moment où l'on s'inquiète pour le futur du pays».
Ce mal touche le parti au pouvoir (le Congrès de tous les progressistes - APC), qui a connu une série de défections massives lors du premier mandat de Buhari. Mais plutôt a besoin – Eurasia Consultancy Group, un cabinet d'analyse politique basé à Washington –  de cohésion.
Ce groupe note aussi : «En récompensant les personnalités importantes du parti qui l'ont aidé à sa réélection, Buhari renforce son parti, mais risque d'anéantir les efforts qui avaient été faits pour diminuer le clientélisme».
Ce mal est endémique, tant le clientélisme et la protection des alliés est un des composants essentiels de la politique nigériane depuis la fin de la colonisation britannique, souvent au dépens du développement du pays et de la lutte anti-corruption.
Une situation en contradiction avec le discours prononcé par le président en 2015, à savoir mettre un terme à ce «cancer» qui ronge le premier producteur de pétrole d'Afrique».
Dans une interview, Debo Adeniran, à la tête de la Coalition contre les leaders corrompus (Coalition Against Corrupt Leaders, CACOL), regrette, la présence de nombreuses personnalités qui se sont déjà fait connaître dans des affaires douteuses.