60 candidats dans la course à Carthage

Présidentielle en Tunisie:
* Les candidatures jusque-là présentées alternent entre personnalités politiques de renom, bouffons et trapézistes sans filet. Certains noms qui défilent sur la liste des candidats, font rougir voire même faire éclater de rire à gorge déployée.    
*Qui en est coupable ? Ce sont in fine les électeurs qui ont donné un jour leurs voix à des élus farfelus qui, à leur tour, nous ont gratifiés d’une loi électorale pleine de nids de coucou.
* Youssef Chahed, Chef du gouvernement et président du parti Tahya Tounes, a annoncé à « Majalla » sa décision de se présenter à l'élection présidentielle après un vote unanime pour sa candidature lors d'une réunion du conseil national élargi du parti tenu au palais des congrès à la capitale.

 

Tunis :La réception des candidatures à la présidence a été clôturée aujourd'hui après la révélation de listes préliminaires des candidats.  En effet, le nombre de candidats à l'élection présidentielle anticipée ayant déposé leurs dossiers aux services de l'Instance Supérieure Indépendantes des Elections, au dernier jour du délai de dépôt des candidatures, a atteint plus de 60 candidats.
Parmi les candidats qui ont déposé leurs dossiers auprès de l'ISIE, on retrouve Moncef Marzouki,
Hammadi Jebali, Mustapha Ben Jaafar, Abir Moussi, Youssef Chahed, Abdelkrim Zbidi, Marwan Ben Amor, Mounir Baatour, Hachemi Hamedi, Safi Said, Mohamed Amin Agrabi, Mohsen Moujahid, Noureddine Bouali, Sahbi Trabelsi, Mohamed Lasaad Ouni, Ikbel Lamine, Zied Tebr, Fathia Maaoui, Radhouane Abdelali, Habib Ben Mohamed Sassi, Rafik Sallami et Maher Khachnaoui.
 




Moncef Marzouki, ex-président de la République se lance dans la course sans appui.

Il n’empêche, les candidatures jusque-là présentées alternent entre personnalités politiques de renom, bouffons et trapézistes sans filet. Certains noms qui défilent sur la liste des candidats, font rougir voire même faire éclater de rire à gorge déployée.    
Qui en est coupable ? Ce sont in fine les électeurs qui ont donné un jour leurs voix à des élus farfelus qui, à leur tour, nous ont gratifiés d’une loi électorale pleine de nids de coucou. Mais le fait est là, et il faut s’accommoder avec même si on sait qu’on s’est fait rouler dans la farine.  

 




Le Conseil de la Choura du parti islamiste d’Ennahdha a validé la candidature du premier vice-président du parlement tunisien, Abdelafattah Mourou.


Controverse autour d’une loi
En effet, d’après l’article 40 de la loi électorale, "toute électrice ou tout électeur bénéficiant de la nationalité tunisienne par la naissance, sa religion est l’islam, a le droit de se porter candidat à la présidence de la République.
Le candidat doit être, le jour du dépôt de sa candidature, âgé de trente-cinq ans au moins. S’il est titulaire d’une autre nationalité que la nationalité tunisienne, il doit présenter dans le dossier de sa candidature un engagement d’abandon de l’autre nationalité s’il est proclamé élu Président de la République".
Cependant, l’article 41 dispose que "le candidat à l’élection présidentielle est parrainé par dix députés de l’Assemblée des représentants du peuple, quarante présidents des conseils de collectivités locales élus ou dix mille électeurs inscrits et répartis sur au moins dix circonscriptions électorales, à condition que leur nombre ne soit inférieur à cinq cent électeurs dans chacune de ces circonscriptions.
Quant à l’article 42, il prévoit que "le candidat dépose à la trésorerie générale de Tunisie une caution financière de dix mille dinars qui ne lui sera restituée que s’il obtient au moins trois pour cent des suffrages exprimés".
De ce fait la simplification des procédures a fait en sorte que plusieurs candidatures non sérieuses avec des dossiers non accomplis devaient être acceptées par l’Isie. D’où la grogne des électeurs.

 




Abdelkarim Zbidi, ministre de la Défense s’est porté candidat et a démissionné de son poste.

Zbidi, Mourou et Chahed
Il n’empêche, trois noms émergent du lot. Il s’agit d’Abdelkrim Zbidi, ministre de la Défense qui a déposé mercredi sa candidature à l'élection présidentielle anticipée et annoncé sa démission de ses fonctions de ministre de la Défense, après coordination avec le président de la République par intérim, chef suprême des forces armées.
Dans une déclaration à « Majalla », Zbidi a assuré qu'il continuera à assumer ses responsabilités en tant que ministre jusqu'à son remplacement. Et d'ajouter que malgré le fait que la loi ne l'empêche de rester à son poste, il a choisi de démissionner pour éviter les soupçons d'utilisation des moyens de l'Etat dans sa campagne.
Le candidat a dénoncé les campagnes de dénigrement dont il est la cible et qui, a-t-il, insisté, sont loin de le décourager. Zbidi a choisi de se présenter après longue réflexion, en tant qu'indépendant pour rester à égale distance de toutes les parties politiques.
Il que plusieurs personnes appuient sa candidature dont des membres du parlement à l'instar de Fayçal Tebbini, Mohamed Troudi, Rim Mahjoub, Mondher Belhaj et Wafa Makhlouf.
Dans le même sillage, Youssef Chahed, Chef du gouvernement et président du parti Tahya Tounes, a annoncé à « Majalla » sa décision de se présenter à l'élection présidentielle après un vote unanime pour sa candidature lors d'une réunion du conseil national élargi du parti tenu au palais des congrès à la capitale.
Youssef Chahed a déclaré à « Majalla » qu'il n'était pas le candidat d'Ennahda et qu'il ne pouvait pas être l'"oiseau rare" de ce parti. 
"Me voici toujours au poste de chef du gouvernement et je vais briguer la présidence", a lancé Chahed, visiblement à l'adresse du président du mouvement Ennahdha, en allusion à des conditions posées par ce parti à sa présentation à la présidentielle.
Il a affirmé d'autre part qu'il avait été l'objet d'une "campagne de diffamation" à cause de sa lutte contre la corruption. 

Pour sa part, Slim Azzabi, secrétaire général de Tahya Tounes a souligné à « Majalla » que l'instance politique soutenait la décision de Youssef Chahed de se présenter à la course "en raison de sa compétence politique et de sa capacité à diriger l'Etat".
Il a estimé que "personne n'avait été ciblé comme Youssef Chahed parce qu'il a refusé de se soumettre aux dictats et de coopérer avec des corrompus, des contrebandiers et des hors la loi".

Il est à noter qu’en même temps, les membres du Conseil de la Choura du mouvement Ennahdha ont voté pour Abdelfattah Mourou, candidat du parti à l'élection présidentielle anticipée.
Le porte-parole du mouvement Imed Khemiri a précisé à « Majalla », à la clôture des travaux de la Choura que les membres du conseil ont voté à une majorité confortable pour Mourou, président du parlement par intérim.

Il a ajouté que le mouvement prépare le dossier du candidat qui comportera, a-t-il dit, les parrainages des députés.
De son côté, le président du Conseil de la Choura Abdelkarim Harouni a expliqué à « Majalla » que le choix porté sur Mourou a bénéficié d'une quasi-unanimité après que le président du parti Rached Ghannouchi lui a cédé la place. Selon le règlement intérieur du mouvement, la candidature à la présidentielle revient au président du parti.
Ennahdha sort de ce marathon de concertations sur son candidat à la présidentielle encore plus forte et solidaire. C'est le premier parti en Tunisie et il doit présenter un candidat, a-t-il soutenu, rejetant les rumeurs sur l'existence de division au sein du mouvement.

 




: Les tunisiens étaient nombreux à voter en 2014.


La bataille de la communication
Mais à voir ce qui se passe sur les plateaux télé et sur la toile, il y a lieu de s’inquiéter aussi bien sur le profil des candidats que sur la qualité des débats en cette période électorale. 
En effet, entre le marteau et l'enclume, les électeurs sont déjà réduits en ce moment à contempler les majors de la politique s'affronter pour maîtriser le terrain. Certes, l’heure des bilans a sonnée et le mécontentement et la grogne des électeurs sont au rendez-vous. On a coutume en pareilles circonstances de voir les réseaux sociaux et la toile en général, infestés de « guerriers » de la communication dont le seul but est de maintenir en pôle position leur candidat préféré en essayant de clouer au pilori les candidats adversaires en les affublant  de toutes sortes d’accusation et en n’épargnant aucun effort pour trouver les formules assassines et de mener des attaques virulentes pour les tenir à carreau.
Cependant, au lieu d'apaiser une colère qui cultive au contraire l'incompréhension et la suspicion jusqu'à mettre en doute la crédibilité de certains candidats et de laisser la polémique enfler, il serait de bon aloi de replacer au cœur du débat politique la question de la responsabilité des élus et de décortiquer leurs programmes afin de choisir celui ou celle à même de marquer un grand tournant pour un pays pris dans le tourbillon d'une crise qui risque d’emporter dans son sillage, finance, économie et emplois.  
En effet, la communication politique et la transparence des projets des candidats aident par définition les électeurs à comprendre les tenants et les aboutissants des programmes, outre le fait qu'elles facilitent le choix des citoyens et favorisent l'accès à la présidence par le respect des droits de chaque partie et non pas à éviter la déconfiture d’un candidat par le mensonge, le black-out sur l'information et de laisser la place aux interprétations et à l'intox. Il est grand temps de s'adapter au nouveau contexte de liberté et de démocratie et il n’y a aucun inconvénient à affronter ses adversaires avec respect et dans la dignité des grands au lieu de chercher à en faire des « ennemis » à abattre sur l’autel d’une démocratie fragile et fragilisée.