Le bulletin dans l’urne, ou le lapin du chapeau?

Présidentielles en Tunisie :
* La mort du Président Béjà Caïd Essebsi, et l’obligation constitutionnelle de tenir des élections présidentielles dans un intervalle allant de 45 à 90 jours, a fait que les Tunisiens vont voter les présidentielles avant les législatives
 
* Tenir deux élections à des dates très proches l’une de l’autre, ne fera que baisser le taux de participation à la deuxième !
 
* Tant les résultats des présidentielles vont avoir des conséquences certaines sur les législatives, à savoir que les finalistes peuvent espérer booster chacun sa formation politique.
 

 Il faut lire les journalistes et autres caméraman et photographes, qui tiennent depuis le 02 aout et jusqu’au 09 du même mois, à minuit, une permanence devant le siège de l’Instance Supérieure Indépendante pour les Élections (ISIE), pour constater le ton sarcastique qu’ils emploient concernant un grand nombre de prétendants à la candidature aux élections présidentielles dont le premier tour se tiendra le 15 septembre prochain.
Le nombre total de ceux qui ont pris la peine de déplacer à ce siège ne sera connu que le 9 août à minuit.
Il ne faut pas confondre prétendant et candidat. Car le premier, pour certains, ne dispose pas d’un dossier conforme à la législation. Parfois, une simple carte d’identité, pas plus, et une promesse verbale, de faire parvenir les pièces manquantes, avant la date de clôture.
Il se fait plus que certain que le nombre exact des candidats sérieux, à savoir ceux qui peuvent présenter des dossiers conformes, ne va excéder à une dizaine, sur un nombre total, qui va varier entre 60 et 70...
De la dizaine de candidats sérieux, il faut noter ou plutôt ôter ceux qui certes ont pu disposer du parrainage de 10 milles électeurs ou de 10 députés, mais ne peuvent prétendre à aucune popularité, car ne disposent d’aucune présence sur le terrain. Par conséquence, ne disposent nullement de chances. Tout au maximum, quelques milliers de voix, et l’éternel et combien glorieux titre d’«Ancien candidat aux élections présidentielles en Tunisie», qui peut trouver écho quelques-parts…
Parmi ceux qui disposent d'une certaine popularité, il faut distinguer les «cadets» des «séniors»...
Les premiers jouent pour marquer une présence, élargir une notoriété, surtout dans le but de booster les chances aux élections législatives qui se dérouleront juste après ces élections... Sans oublier une influence possible sur le deuxième tour des présidentielles.... Influence monnayable, certainement…
Le terme «séniors» concerne une «élite» de 3 à 4 candidats, qui se sont présentés pour gagner, ou du moins, dans les pires des cas, être un des challengeurs du deuxième tour. 
Vu de loin, ce tableau parait tellement beau, et même angélique. De près, l’observateur averti ne manquerait pas de distinguer des «fausses notes».
A commencer par les «bulletins de parrainage», qui, à l’image de ce que le pays ait vécu, pendant, et après les élections présidentielles de 2014. Une polémique, semblable au rocher de Sisyphe, n’arrive au point le plus bas, que pour regagner l’aune des discussions. Avec des accusations de part et d’autre, d’une gravité démesurée.
Des morts qui parrainent et même qui votent, sans oublier ceux qui se sont trouvés sur la liste de tel candidat, sans y avoir jamais pensé à le parrainer. 
Les affaires douteuses des élections de 2014 ont vite été mises dans les placards de l'oubliette.


Ces élections présidentielles de l'automne 2019 en Tunisie, doivent tenir une place de choix dans les annales de l'histoire. Ou même peuvent être adaptées en fiction. Mieux en feuilleton, tant les événements se sont déroulés dans le temps. Car généralement, une élection est comparée toujours à celle qui s’est tenue avant, sur la base des variables observés, dans le but de cerner les limites de la prochaine, sauf pour ces prochaines présidentielles en Tunisie.
La mort du Président Béjà Caïd Essebsi, et l’obligation constitutionnelle de tenir des élections présidentielles dans un intervalle allant de 45 à 90 jours, non seulement ont annulé les élections présidentielles «normales», mais le plus important, a fait que les Tunisiens vont voter les présidentielles avant les législatives. Sachant que ces dernières se tiendront à la date prévue, à savoir le 06 octobre prochain.
Cacophonie, enjambement, et surtout un marathon qui vont être très difficiles à observer. Sachant qu’un éventuel deuxième tour des présidentielles, chose que les observateurs et les connaisseurs tiennent pour plus que probable va se tenir le 29 octobre prochain. Date qui coïncide pleinement avec la campagne des législatives.
Chose qui menace le sens des élections et leur esprit fondateur :

  1. Les experts en Occident sont plus qu’unanimes : Tenir deux élections à des dates très proches l’une de l’autre, ne fera que baisser le taux de participation à la deuxième !!! Que dire pour le cas de la Tunisie, où les électeurs sont appelés à voter trois fois dans un intervalle de trois semaines. Un passage aux urnes chaque semaine.

  2. Il suffit de consulter le site officiel de l’ISIE pour constater une chose plus que grave : Des élections pour élire une Chambre Constituante en 2011, en passant par les présidentielles et législatives de 2014, et conclure par les municipales de 2018, le taux de participation n’a fait que baisser chaque fois. Pire encore : Cette baisse est encore plus significative pour la tranche d’âge 18 – 23 ans.
     

 
Quelle(s) répercussion(s) cette course à l’échalote peut avoir, à la fois sur la crédibilité des élections, les résultats, et surtout la nature et encore la stabilité du pouvoir exécutif qui va en résulter, le gouvernement surtout ?
Pour répondre à ces élections, «Majalla» a rencontré Zaki Rahmouni, ex-membre de l’ISIE (2011) et fin connaisseur du dossier électoral.
Concernant l’évaluation qu’il porte au nombre et à la qualité des candidatures, et à savoir elles sont représentatives de tout l’éventail politique, il constate qu’à la clôture du septième et avant dernier jour, l’ISIE a reçu 54 demandes. Si on ajoute Abdelfatah Mourou et Youssef Chahed, qui ont annoncé chacun un dépôt le dernier jour, le 9 aout, on peut compter au moins 56 dont 17 représentent des partis. 

 




Zaki Rahmouni, ex-membre de l’ISIE

Concernant la qualité de ces candidatures, il considère qu’on peut prendre comme système d’évaluation les critères suivants :

  • Eventuelle(s) participation(s) à des élections présidentielles ?

  • Eventuelle(s) participation(s) à des élections législatives ou/et constituantes ?

  • Eventuelle(s) responsabilité(s) dans un gouvernement ?

  • Eventuelle(s) participation(s) à d’autres élections (municipales ou syndicales surtout) ?

 
Concernant les candidats représentants des partis, il faut se demander si le parti ait pris part à des élections ?
Sur cette base, notre interlocuteur constate que la moitié des candidats des partis sont des novices, ainsi que la majorité des indépendants (9/10).
Et conclue par constater que ces candidatures sont représentatives de l’éventail politique, mais surtout présentent une image de son l’éparpillement.
 
Au sujet du marathon électoral, et les conséquences de calendrier très serré, M. Rahmouni, considère sur un plan purement technique, et connaissant très bien les capacités de l’actuelle ISIE, et sur la base de l’expérience accumulée, elle peut gérer d’une manière parfaite ces échéances.
Concernant la nature du prochain parlement et le pouvoir exécutif, sur la base de l’éparpillement des voix, ZAki Rahmouni considère qu’il est bien prématuré d’avancer des conclusions. Tant les résultats des présidentielles vont avoir des conséquences certaines sur les législatives, à savoir que les finalistes peuvent espérer booster chacun sa formation politique.
 
Pour sa part, l’Association des Magistrats Tunisiens (AMT), dans un communiqué daté du 07 aout courant, émanant de son Bureau exécutif, signé par sa Présidente Ons Hammadi, disponible sur le net, a exprimé sa crainte concernant l’amendement de l’Article 49 du Code électoral, qui va vers une réduction de la période de recours dont dispose tout candidat, pour mettre en cause tel ou tel résultat annoncé par l’ISIE.
Le communiqué a exprimé sa compréhension du souci de l’ISIE d’accomplir les élections présidentielles dans les délais stipulés par la Constitution, mais ceci – selon le communiqué toujours – ne peut permettre aux magistrats du tribunal administratif de disposer du temps voulu, pour examiner ces recours d’une manière qui puisse assurer une justice équitable.