Nouvelle initiative pour une sortie de crise

Confédération des syndicatsalgériens
* Le collectif appelle au soutien de tous les acteurs pour faire réussir cette conférence dans le but d’instaurer un climat d’apaisement, loin des tensions, des interpellations et de la mise à l’index de ceux qui expriment des avis divers.
 
* Cette rencontre aura pour objectif de rassembler les propositions et leurs initiateurs autour d’un document de principes généraux, qui rassemble tous les points consensuels de solution à la crise
 
* les représentants de la société civile entendent adopter une démarche qui consiste par l’organisation d’une rencontre de concertation dans un premier temps, et travailler ensuite sur la réflexion «des points communs qui font consensus», et essayer de mettre en place un document appelé «charte d’engagement»

Dans l’objectif de trouver une solution consensuelle pour sortir en urgence de l’actuelle crise politique, dans laquelle patauge le pays depuis le 22 février, le Collectif des dynamiques de la société civile regroupé au sein de la Confédération des syndicats autonomes (CSA), a annoncé la tenue samedi prochain d’une première rencontre de concertation sur les différentes propositions de sortie de crise, à laquelle participeront des partis d’opposition et des personnalités nationales issues du mouvement populaire pacifique. Le collectif appelle au soutien de tous les acteurs pour faire réussir cette conférence dans le but d’instaurer un climat d’apaisement, loin des tensions, des interpellations et de la mise à l’index de ceux qui expriment des avis divers. Par ailleurs, et en prévision de cette réunion consultative, le collectif a rendu visite, au cours des deux dernières semaines, à la plupart des partis de l’opposition composant les Forces de l’alternative démocratique, ainsi qu’à plus de 20 personnalités nationales et d’autres issues du mouvement. Le collectif a tenu à signaler que toutes les procédures administratives permettant de tenir cette réunion ont été achevées. Il a rappelé, également, la poursuite des réunions consultatives avec divers acteurs conformément aux recommandations du Symposium national des dynamiques de la société civile tenu du 15 juin au 28 juillet 2019. Regroupées au sein du collectif, quelque 75 organisations de la société civile ont réaffirmé, lors de leur dernière rencontre, leur soutien inconditionnel et absolu, leur accompagnement permanent et leur pleine participation au mouvement populaire pacifique. Le collectif a posé ses conditions avant d’entamer un dialogue de sortie de crise. Il a réclamé « le démantèlement de l’ancien système pour répondre aux exigences du peuple, la libération des prisonniers d’opinion et des militants des mouvements pacifiques, et à mettre un terme à la politique d’arrestation et de poursuites judiciaires à leur égard, la fin des pratiques de restriction des espaces publics, lever toutes les formes de restrictions imposées aux médias publics et privés, tout en garantissant la liberté de fournir et d’informer les citoyens avec professionnalisme, objectivité et impartialité ». 

Une initiative« citoyenne »
Par ailleurs, cette initiative vise en premier lieu à inviter tous les acteurs de la scène politique ainsi que des personnalités issues de la société civile à s’asseoir autour d’une table pour trouver une solution consensuelle à la crise que traverse le pays. « Cette rencontre aura pour objectif de rassembler les propositions et leurs initiateurs autour d’un document de principes généraux, qui rassemble tous les points consensuels de solution à la crise », indiquent les initiateurs de cette rencontre. L’objectif de cette rencontre, selon eux, est d’arriver à organiser une rencontre nationale à l’issue de laquelle une feuille de route consensuelle et un plan d’action seront proposés aux acteurs politiques et membres de la société civile pour sortir de cette situation de crise. Mais également c’est pour adopter une approche commune sur la situation politique et sur les voies et mécanismes pour faire sortir le pays de la crise politique qui perdure depuis plusieurs mois. Cette autre initiative qualifiée de «citoyenne», par ses concepteurs, a été amorcée dans l’objectif de «rassembler les propositions et leurs initiateurs autour d’un document de principes généraux, qui rassemble tous les points consensuels de solution à la crise. Il s’agit également d’élaborer une feuille de route commune de nature à concrétiser les revendications légitimes des manifestants qui ont investi la rue depuis déjà plus de six mois. Cette rencontre devrait être le couronnement d’un processus laborieux d’une série de rencontres de concertation avec des chefs de parti et des acteurs politiques, au cours de la période allant du 18 juillet au 9 août 2019, et ce en application de la principale résolution de la conférence de la société civile du 15 juin dernier, portant sur «l’organisation d’une conférence nationale pour la mise en œuvre de leur initiative de sortie de crise du pays». Par ailleurs, cette rencontre à laquelle participeront, toujours selon ses initiateurs, «des partis politiques d’opposition et des personnalités issues du mouvement populaire», sera sanctionnée par une déclaration commune, dont la recherche d’un «consensus national» prélude d’une solution à l’impasse et au blocage politique que connait le pays. «La recherche d’un consensus national» est dans l’esprit des acteurs de la société civile, et initiateurs de cette rencontre. C’est en quelque sorte, le synonyme de «l’unification des rangs dans ce contexte particulier que traverse l’Algérie» comme l’ont également expliqué les organisateurs, qui ont souligné avoir «fixé un objectif commun», à savoir la réunion de tous les protagonistes autour de la table du dialogue et «la nécessité de faire dans la concession» pour pouvoir dépasser «l’obstacle des positions intransigeantes» des uns et des autres.

Renoncer aux positions figées
Pour les initiateurs de cette rencontre, «il est temps de renoncer aux positions figées». Des positions qui freinent et paralysent, selon eux, la recherche de solutions consensuelles au moment où plusieurs acteurs et partis politiques appellent au dialogue pour faciliter l’établissement d’un processus pour une sortie de crise. Pour eux également, il est plus que temps d’amorcer un processus de dialogue, et de concertation avec tous les acteurs politiques, sans exclusion, et avec les citoyens et des représentants du Hirak, afin de «planifier les propositions politiques qui seront soumises au débat». À cet effet, les représentants de la société civile entendent adopter une démarche qui consiste par l’organisation d’une rencontre de concertation dans un premier temps, et travailler ensuite sur la réflexion «des points communs qui font consensus», et essayer de mettre en place un document appelé «charte d’engagement». Les organisateurs ont aussi annoncé que les principaux partis d’opposition, dont le FFS, le RCD, le PT, le FJD, El Nahdha, Jil Jadid ainsi que Talaie El-Houriat et l’union des forces démocratiques et sociales (UFDS) présidé par Noureddine Bahbouh ont déjà donné leur accord pour y prendre part. L’approche des acteurs de la société civile, est d’œuvrer à «ramener tous les acteurs à s’asseoir autour de la même table et créer un même espace de dialogue inclusif». «Nous sommes passés voir tout le monde, des partis composant l’Alternative démocratique au groupe des Forces du changement coordonné par M. Rahabi, les personnalités dont les noms reviennent de manière récurrente depuis le déclenchement du Hirak, ou activistes du Hirak», indique à cet effet, le représentant de la dynamique de la société civile. Les initiateurs de cette rencontre sont conscients de la diversité des opinions et positions politiques des acteurs issus de différentes sensibilités politiques, «chacun y va de son vécu et de ses objectifs, avec une proposition d’issue de crise, mais nous sommes tous convaincus que quelle que soit la proposition s’il n’y a pas autour une coalition ou un front rassemblé autour d’une feuille de route ou d’une proposition, nous ne pourrons pas avancer», explique l’un des représentants de la dynamique de la société civile. En somme, à travers ce véritable exploit, le Collectif des dynamiques de la société civile œuvre à trouver une issue politique aux revendications populaires. Le collectif, qui a entamé ses travaux au lendemain du déclenchement du mouvement populaire le 22 février dernier, s’est voulu un pôle fort pour porter et défendre une feuille de route politique consensuelle de la transition. Il faut rappeler que trois dynamiques sont impliquées dans l’organisation de cet événement.Il s’agit de la Confédération des syndicats autonomes (CSA), du Forum civil pour le changement et du Collectif des dynamiques de la société civile pour une transition pacifique, lequel compte plusieurs associations et organisations des droits de l’homme. Ce sont ainsi, plus de 70 associations venant de différents horizons et représentant différentes sensibilités qui vont s’asseoir à la table. Les trois dynamiques se sont rencontrées plusieurs fois afin de parvenir à un accord sur une feuille de route politique commune, présentée comme une contribution à la sortie de crise. Ces dernières saluent la mobilisation du peuple et son attachement aux valeurs de la liberté.
Aller vers une conférence élargie
Il convient de savoir par ailleurs, qu’une réunion a eu lieu ce jeudi, entre les représentants des trois dynamiques de la société civile pour faire le point sur les préparatifs de cette première rencontre, a-t-on appris de Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (LADDH), qui fait partie du comité d’organisation. Saïd Salhi a assuré que ce rendez-vous est «l’aboutissement des rencontres et des contacts avec les personnalités et les partis politiques des deux pôles, l’Alternative démocratique d’un côté, et les Forces du changement de l’autre». C’est une première rencontre de concertation qui constitue une suite logique à la démarche initiée le 15 juin, visant un consensus national de sortie de crise. «Pour nous, ce n’est pas une finalité. Ce n’est qu’une première rencontre de concertation pour aller vers une conférence élargie. On laisse la démarche ouverte», souligne-t-il. Deux idées sont avancées. Il y a celle d’un compromis sur les feuilles de route des partis de l’opposition. Il y a également celle d’aller vers une charte pour le dialogue. «On ne parle pas du dialogue actuel. On veut un dialogue ouvert, inclusif et effectif», précise Saïd Salhi. De son côté, Abdelwahab Fersaoui, président du RAJ, soulève l’importance de cette démarche. 
Six mois après le déclenchement du mouvement populaire pacifique, il est temps que les partis, les acteurs de la société civile et les personnalités discutent pour arriver à s’entendre sur la façon de sortir le pays de cette crise. «Il y a plusieurs feuilles de route. Il y a des points communs et il y a aussi des divergences. On s’est dit que six mois après le mouvement populaire pacifique, il est temps que la classe politique et la société civile discutent entre elles pour voir la possibilité de se mettre d’accord sur une feuille de route. Il y a 15 jours, nous avons donc rencontré tous les partis politiques, ceux de l’Alternative démocratique comme ceux du dialogue national pour leur exposer cette démarche portant organisation de rencontres de concertation pour voir la possibilité de se mettre d’accord sur des points bien précis», affirme M. Fersaoui. Rappelons, par ailleurs que, les trois dynamiques de la société civile ont rencontré pratiquement tous les partis politiques et les personnalités dont les noms reviennent souvent sur la scène nationale. Selon M. Fersaoui, aussi bien les partis que les personnalités ont tous donné leur accord de principe pour prendre part à ces rencontres de concertation. Ils veulent trouver un compromis politique de sortie de crise. «Nous sommes aujourd’hui interpellés. Nous avons une responsabilité historique de traduire le consensus qui existe dans la rue vers un autre consensus politique», a ajouté M. Fersaoui.

Une suite logique  de démarche initiée le 15 juin
Abondant dans le même ordre d’idée, le Coordinateur national de la CSA, Ilyès Merabet, a noté que, cette rencontre fait suite à celle organisée le 15 juin dernier. «Nous sommes sortis à l’époque avec une feuille de route et un projet de solution où il était question de toucher les partis politiques, les personnalités, les groupes de l’élite au niveau national et des personnes qui ont émergé depuis le début du mouvement populaire pacifique», dira-t-il. 
L’objectif, a-t-il, poursuivi, est de tenter de rassembler les initiatives et les initiateurs et discuter dans la concertation des points en commun et les principes généraux qui puissent rassembler tout le monde. Selon Merabet, «Il y a matière à travailler, de sorte à aller vers des propositions consensuelles et rapprocher les positions des uns et des autres». L’objectif est également, a-t-il ajouté, de ramener les uns et les autres vers une feuille de route consensuelle tout en insistant sur les principes démocratiques, à savoir le respect des libertés, garder l’activité politique loin de toute pression ou interférence sur les syndicats et les organisations, l’ouverture du champ médiatique de (la presse de manière générale et audiovisuelle en particulier) ramener notamment des mesures d’apaisement par rapport au mouvement populaire pacifique et par rapport à toutes les contraintes concernant le déplacement des manifestants. Ilyès Merabet a estimé pour conclure que compte tenu de la difficulté de la situation, il est nécessaire d’avoir l’adhésion de tous les Algériennes et les Algériens, afin d’échanger et de se concerter sur les solutions qui existent pour faire sortir notre pays de la crise. Pour sa part, Messaoud Boudiba, le représentant des dynamiques de la société civile, a indiqué  que «cette démarche s'est fixée pour but de ramener tout le monde à s'asseoir autour de la même table et autour du même espace, ce qui n'a pas été fait jusqu'à présent. Chacun y va de son vécu et de ses objectifs, avec une proposition de crise, mais nous sommes tous convaincus que quelle que soit la proposition, s'il n'y a pas une coalition ou un front rassemblé autour d'une feuille de route ou une proposition, nous ne pourrons pas avancer. Que la solution soit celle de ceux qui représentent le pouvoir aujourd'hui, imposée par la force s'il le faut, nous sommes convaincus que cela ne pourra pas résoudre le problème auquel nous sommes confrontés aujourd'hui». Et d'ajouter que «dans un premier temps, nous allons commencer par une rencontre de concertation et nous proposons de travailler sur les points communs qui font consensus, et pourquoi pas mettre en place un document appelé charte d'engagement. Au cours de cette rencontre, nous mettrons en place les principes généraux. Nous essayerons à travers ces rencontres, puisqu'il y en aura une deuxième et une troisième, d'arriver à une rencontre nationale d'où nous sortirons avec une feuille de route consensuelle et un plan d'action à proposer aux vis-à-vis pour sortir de cette situation de crise politique dans le pays» explique-t-il. Rappelons enfin que, cette rencontre intervient au moment où le panel, que dirige Karim Younès, rencontre d’énormes difficultés à mener sa mission de dialogue. Face au pouvoir, qui s’en tient à la seule feuille de route qu’il a tracée à cette instance de médiation, limitée à la tenue d’une présidentielle dans les brefs délais, les dynamiques de la société civile tentent de renverser le rapport de force. Divisée, l’opposition, qui refuse dans sa majorité, de participer à ce dialogue, ne pèse rien. Ce n’est qu’à travers un large regroupement qu’elle pourra faire entendre sa voix. C’est ce qu’elle semble d’ailleurs avoir compris.